NOTRE
n'avait pu vaincre. Malgré les somT"T7îTair(3S d'un médecin du pays, M. Pejrus, l'enfant touchait à son heure dernière. La mort étendait ses teintes livides sur ce visage que de si longues souffrances avaient rendu d'une maigreur effrayante.
Le père, calme dans sa douleur, la mère au désespoir le regardaient mourir.
Une voisine, Françonnette Gozos, s'occupait déjà de préparer des linges pour ensevelir le corps, et, en même temps, elle s'efforçait de faire entendre à la mère des paroles de consolation.
Celle-ci était éperdue de douleur. Elle suivait avec anxiété les progrès de l'agonie.
L'œil était devenu vitreux, les membres étaient dans une immobilité absolue, la respiration avait cessé d'être sensible.
— Il est mort, dit le père.
— S'il n'est pas mort, dit la voisine, il va mourir, ma pauvre amie. Allez pleurer auprès du feu pendant que, tout à l'heure, je le pUerai dans ce linceul.
Croisine Ducouts (c'était le nom de la mère) semblait ne pas entendre. Une idée soudaine venait de s'emparer de son âme, et ses larmes s'étaient arrêtées.
— Il n'est pas mort ! s'écria-t-elle, et la sainte Vierge de la Grotte va me le guérir.
— La douleur la rend folle ! dit tristement Bouhohorts.
La voisine et lui essayèrent vainement de détourner la mère de son projet. Celle-ci venait de tirer du berceau le corps déjà immobile de l'enfant et l'avait enveloppé dans son tablier.
— Je cours à la Vierge, s'écria-t-elle en se dirigeant vers la porte.
— Mais, ma bonne Croisine, lui disaient son mari et Françonnette, si notre Justin n'est pas entièrement mort, tu vas le tuer tout à-fait.
La Mère, comme hors d'elle-même, ne voulut rien entendre.
— Qu'il meure ici ou qu'il meure à la Grotte, qu'importe ! Laissez moi implorer la Mère de Dieu.
Et elle sortit, emportant son enfant.
Comme elle l'avait dit, " elle courait à la Vierge." Elle marchait avec rapidité, priant à haute voix, invoquant Marie, et ayant, aux yeux de ceux qui la voyaient passer, les allures d'une insensée.
Il était près de cinq heures- Quelques centaines de personnes se tenaient devant les Roches Massabielle.
Chargée de son précieux fardeau, la pauvre mère perça la foule. A l'entrée de la Grotte, elle se prosterna et pria. Puis elle se traîna à genoux vers la Source miraculeuse. Sa figure était ardente, ses yeux animés et pleins de larmes, toute sa personne en un certain désordre occasionné par l'extrême douleur.
NOTin>DAMi: Di: loudres.
Elle dtait arrivée près du bassin creusé par les carriers. Le froid était glacial.
— Que va-t elle faire ? se disait-on.
Croisine tire de son tablier le corps tout nu de son enfant à Tajonie. Elle fait sur elle-mt'me et sur lui le signe de la croix. Et puis, sans hésiter, d'un mouvement rapide et déterminé, elle le plongea tout entier, sauf la tête, dans Teau glacée de h Source.
Un cri d'eifroi, un murmure d'indignation sort de la foule.
— Cette femme est folle ! s'écrie- t-on de toutes parts, et on se presse autour d'elle pour rem[»êcher.
— Vous voulez donc tuer votre enfant, lui dit brutalement quelqu'un.
Il semblait qu'elle fût sourde. Elle demeurait comme une statue, la statue de la Douleur, de la Prière et de la Foi.
L'un des assistants lui toucha l'épaule. La mère se retourna alors, tenant toujours son enfant dans l'eau du bassin.
— Laissez-moi, laissez-moi ! dit-elle d'une voix à la fois énergique et suppliante. Je veux faire ce que je pourrai: le bon Dieu et la Sainte Vierge feront le reste.
Plusieurs remarquèrent la complète immobilité de l'enfant et sa physionomie cadavérique.
— L'enfant est déjà mort, dirent-ils. Laissons-la faire : c'est une mère que la douleur égare.
Non î sa douleur ne l'égarait point. Elle la conduisait au contraire dans le chemin de la foi la plus haute, de cette foi absolue, sans hésitation et sans défaillance à laquelle Dieu a promis solennellement de ne jamais résister. La mère de la terre sentait au fond d'elle-même qu'elle s'adressait au cœur de la Mère qui est au ciel. De là, cette confiance sans bornes, dominant la terrible réalité de ce corps moribond quelle tenait en ses mains. Sans doute, tout aussi bien que la multitude, elle voyait qu'une eau glaciale comme celle où elle plongeait son enfant était faite, suivant les lois ordinaires, pour tuer infailliblement ce pauvre petit être bien-aimé et achever soudainement cette agonie par le coup de la mort. N'importe î son bras demeurait ferme et sa Foi ne faillissait point. Pendant un long quart-d'heure, aux yeux stupéfaits de la multitude, au milieu des cris, des objurgations et des injures que la foule groupée autour d'elle ne cessait de lui adresser, elle tint son enfant dans cette eau mystérieuse, jaillie naguère sur un geste de la Mère toute-puissante du Dieu mort et ressuscité.
Spectacle sublime de la foi catholique ! Cette femme précipitait son fils agonisant dans le plus imminent des périls terrestres, pour y chercher, au nom de la Vierge Marie, la guérison venant du ciel. Elle le poussait naturellement vers la mort pour le conduire surnaturellement à la vie ! — Jésus loua la foi du centenier. En vérité, celle de cette Mère nous paraît plus admirable encore.
L'enfant, durant cette longue immersion, avait gardé l'immobilité du cadavre. La mère le replia dans son tablier et rentra chez elle en toute lifite.
Le corps était glacé.
— Tu VOIS bien qu'il est mort ! dit le père.
— Non, dit Croisine, il n'est pas mort ! La Sainte Vierge le guérira.
Et la pauvre femme coucha l'enfant dans son berceau.
Il y était à peine depuis quelques instants que l'oreille attentive de la mère s'étant penché sur lui :
— Il respire ! s'écria-t-elle.
Bouhohorts se précipita et écouta à son tour. Le petit Justin respirait
en effet. Ses yeux étaient fermés, et il dormait d'un profond et paisible sommeil.
La mère, elle, ne dormit point. Le soir et pendant la nuit, elle venait à tout instant écouter cette respiration de plus en plus forte et régulière, et elle attendait avec anxiété le moment du réveil. Il eut Heu à la naissance du jour.
La maigreur de l'enfant n'avait point disparu, mai? son teint était coloré, et ses traits reposés. Dans ses yeux souriants, tournés vers sa mère, brillaient les doux rayons de la vie.
Pendant ce sommeil, profond comme celui que Dieu avait envoyé à Adam, la main mystérieuse et toute-puissante de qui tout bien découle avait ranimé et réparé, nous n'osons dire ressuscité, ce corps naguère encore immobile et glacé.
L'enfant demanda le sein de sa mère, et il but à long traits. Lui qui n'avpit jamais marché, il voulut se lever et se promener par la chambre. Mais Croisine, si courageuse la veille et si pleine de foi n'osait croire à la guérison et tremblait à la pensée du danger disparu. Elle résista aux sollicitations réitérées de l'enfant et se refusa à le tirer de sa couche.
Le jour se passa ainsi. A tout instant, l'enfant demandait le sein maternel. La nuit vint et fut paisible comme la précédente.
Le père et la mère sortirent dès l'aube pour aller au travail. Leur Justin dormait encore dans son berceau.
Quand la mère en rentrant ouvrit la porte, un spectacle se présenta tout à coup à elle, qui manqua la faire défaillir.
Le berceau était vide. Justin s'était levé tout seul de sa couche : il était debout et il allait çà et là, touchant les meubles et dérangeant les chaises.
Le petit paralytique marchait.
Quel cri de joie poussa Croisine à cette vue, le coeur des mères peut seul le deviner. Elle voulut s'avancer, mais ne le put tant elle était saisie. Ses jambes tremblaient Elle était sans force contre son bonheur, elle s'appuya contre la porte.
Une vague terreur se mêlait toutefois, malgré elle, i\ sa rayonnante .allégresse.
— Prends trarde î tu va tomber, cria-telle avec anxiété.
Il ne tomba point ; sa marche était assurée et il courut se jeter dans les bras de sa mûre ([ui Tembrassa en pleurant.
" Il était guéri depuis hier, pensait-elle puisqu'il voulait se lever et marcher, et moi, comme une impie, dans mon man(iue de fois, je l'ai empêché."
— Tu vois bien qn'il n'était pas mort et que la sainte Vierge l'a sauvé, dit-elle i\ son mari lorsqu'il rentra.
Ainsi parlait cette mère bienheureuse.
Françonnette Gozos, celle qui avait assisté l'avant-veille à l'agonie et préparé le linceul pour l'ensevelissement du petit Justin était survenue et en croyait à peine ses yeux. Elle ne pouvait se lasser de regarder Tenfant comme si elb ^ût voulu s'assurer de son identité.
— C'est bien lui : . écriait-elle. C'est pourtant lui ! pauvre petit Justin î
Us se mirent à genoux.
La mère joignit, pour les tourner vers le ciel, les deux mains de son. enfant ; et tous ensemble, ils remercièrent la Mère des miséricordes.
La maladie ne revint pas. Justin grandit et n'eut point de rechute. Voilà de cela onze ans. Celui qui écrit ces pages a voulu le voir ces jours derniers. Il est fort, il est bien portant ; seulement sa mère se désole de ce qu'il fait parfois l'école buissonnière et lui reproche d'aimer trop à courir.
M. Peyrus, le médecin qui avait soigné l'enfant, convint avec la plus entière bonne foi de l'impuissance radicale de la Médecine à expliquer l'événement extraordinaire qui venait de s'accomplir.
MM. les docteurs Vergez et Dozous examinèrent séparément ce fait d'un si haut intérêt pour la science et pour la. vérité, et, pas plus que M. Peyrus, ils n'y purent voir autre chose que l'action toute-puissante de Dieu. Les uns et les autres constatèrent trois circonstances remarquables qui donnaient manifestement à cette guérison le caractère surnaturel : — la durée de l'immersion ; — son efifet immédiat ; — et la faculté de marcher manifestée dès que l'enfant fut sorti du berceau.
Les conclusions du rapport de M. Vergez étaient formelles à cet égard D'autres guérisons continuaient de se produire de tous côtés. Il serait impossible de les rapporter en détail, tant à cause de leur nombre que parce que l'auteur de ce hvre s'est imposé la loi de ne rien raconter dans cet ordre de faits, dont il n'ait contrôlé lui-même l'exactitude, non-seulement par la déposition des témoins directs de l'événement, mais encore par celle des personnes favorisées de grâces si merveilleuses. Quel que soit d'ailleurs l'intérêt de toute action surnaturelle, nous avons été forcé de nous restreindre. Nous avons dû, non sans regret, écarter de notre
r(icit beaucoup de ces admirables prodiges parfaitement constat(js, même par nous, et nous borner à présenter l'iiistoire circonstanci(3e des miracles 1-es plus frappants. Indiquons cependant au hasard, dans les procès-verbaux de la Commission nommée plus tard pour examiner ces (3V<inement3 quelques-unes des gudrisons qui eurent lieu vers cette époque, qui furent authcntiquement vérifiées et dont la renommée se répandit par conséquent, dès l'origine, dans tout le pays. Le restaurateur Biaise Maumus avait vu disparaître et se fondre, en plongeant la main dans la Source, une loupe énorme qu'il avait à l'articulation du poignet. La veuve Orozat, sourde depuis vingt années à ne pas entendre les offices, avait soudainement recouvré l'ouïe en faisant usage de cette eau. Par un semblable prodige, Auguste Bordes, boiteux depuis longtemps à la suite d'un accident, avait vu sa jambe se redresser, reprendre sa force et sa forme naturelles. Tous les gens que nous venons de nommer étaient de Lourdes, et chacun pouvait se rendre compte de ces faits extraordinaires.
Le Surnaturel quittait l'invisible : il devenait matériel et palpable. Dans la personne des malades rendus à la santé, des paralytiques qui marchaient et qui se mouvaient, il disait à tous comme Jésus-Christ à l'apôtre Thomas : " Voyez mes pieds, voyez mes mains. Voyez ces yeux éteints qui ont retrouvé la lumière. Regardez ces moribonds revenus à la vie, ces sourds qui entendent, ces boiteux qui courent avec l'agilité de la santé et de la force." Le Surnaturel s'était pour ainsi dire incarné en tous ces incurables guéris soudainement, et, s'attestant publiquement lui-même, il provoquait les enquêtes, les examens, les poursuites. Il devenait possible, qu'on nous permette cette expression, de le saisir corps à corps et de l'appréhender au collet.
Durant la période des Apparitions, un temps magnifique avait favorisé le mouvement populaire. Il y avait eu une série non interrompue de beaux jours comme on n'avait pas vu depuis plusieurs années. A partir du 5 mars, le temps changea et il tomba une neige épaisse. Les rigueurs de la saison ralentirent naturellement pendant quelques jours le concours de la Grotte.
Les guérisons miraculeuses continuaient d'ailleurs à se produire.
La dame Benoîte Cazeaux, de Lourdes, retenue depuis trois ans dans son lit par une fièvre lente qui se compliquait de point de côté et de douleurs, avait eu vainement recours à la science médicale. Tout avait échoué. Les eaux de Gazost, où elle avait en dernier lieu fait une station thermale avaient été impuissantes.
Ces insuccès répétés, ces échecs continus avaient déconcerté les médecins qui, la considérant comme incurable, avaient cessé de voir la malade. Dans cette situation désespérée, la pauvre femme avait eu recours à Notre-Dame de Lourdes, et voilà que son mal incurable avait soudainement disparu à la suite d'un ou deux verres d'eau de la Grotte t de quelques lotions.
Une autre fommo, Blaisctto Soupcimc, do Lourdes, â^^de d'environ cinquante ans, était atteinte, de])uis i)lusieurs années, d'une maladie chronicjue des yeux, et son état était des plus «graves. C'était, pour employer les termes techniijues, une blépharite comi)li(juée d'atro})liic. Larmoiement continuel des yeux, cuissons aiguës, tantôt simultanées, tantôt alternatives ; paupières éraillécs, complètement renversées en dehors et dépouillées de cils, les deux inférieures couvertes d'une multitude d'excroissances" charnues : tel était le désastreux état de cette malheureuse. Vainement se faisait-elle plusieurs fois par jour des lotions d'eau froide sur les yeux, vainement avait-elle employé tous les médicaments indiqués par la Science, vainement avait-elle demandé un soulagement quelconque aux sources de Barègcs, de Cautère ts et de Gazost, rien n'avait réussi. Abandonnée des hommes, elle s'était alors tournée vers la Divine Bonté qui s'était manifestée à la Grotte. Déclarée incurable par la Science, elle s'était adressée à la Foi, et elle avait demandé à la Dame miraculeuse de lui enlever cette cruelle maladie, contre laquelle avaient été impuissants le savoir deshommes et les agents de la nature. Dès la première lotion elle avait éprouvé nn grand soulagement. A la seconde, qui eut lieu le lendemain, la guérison avait été complète. Les yeux avaient cessé d'être larmoyants, les paupières s'étaient redressées, les excroissances charnues avaient disparu. A partir de ce jour les cils revinrent.
D'après les médecins appelés à examiner ce cas, l'eifct surnaturel était d'autant plus manifeste, dans cette merveilleuse guérison, " que la lésion ** matérielle, disaient-ils, était plus frappante, et que, au rétablissement " rapide des tissus dans leurs conditions organiques et vitales normales, " est venu s'ajouter le redressement des paupières. La portée de ce fait " est d'autant plus considérable que la maladie dont il s'agit est des plus " rebelles, et qu'au point où elle était parvenue chez la dame Soupenne, " elle réclamait impérieusement l'intervention de la chirurgie agissante, la " rescision de la muqueuse palpébrale, ou tout au moins la cautérisation " énergique des boursoufflements et des bourgeons charnus de cette mem- " brane."
Les faits merveilleux se multipliaient. Dieu faisait son œuvre. La sainte Vierge montrait sa toute-pussance.
Depuis le dernier jour de la Quinzaine, Bernadette était retournée plusieurs fois à la Grotte, mais un peu comme tout le monde, c'est-à-dire sans ouïr en elle-même cette voix intérieure qui l'appelait irrésistiblement.
Cette voix, elle l'entendit de nouveau le 25 mars dans la matinée, et prit aussitôt le chemin des Roches Massabielle. Son visage rayonnait d'espérance. Elle sentait en elle-même qu'elle allait revoir l'Apparition, et que, devant ses yeux charmés, le Paradis allait entr'ouvrir un instant ses portes éternelles.
Comme on le pense bien, elle était devenue dans la ville de Lourdes
l'objet (le l'attention g^îndralc et clic ne pouvait pas faire un pas sans être le centre de tous les regards.
— Bernadette va à la Grotte î s'dcria-t-on de l'un à l'autre en la voyant passer.
Et en un instant, sortant de toutes les maisons, accourant par tous les sentiers, la foule se précipita dans la même direction et arriva en même temps que l'enfant.
Le pressentiment joyeux qu'avait (éprouvé Bernadette ne l'avait point trompée. La voix qui l'avait appelée 6tait la voix de la Vierge fidèle.
Dès que l'enfant fut tombée à genoux, l'Apparition se manifesta. Comme toujours rayonnait autour d'Elle une auréole ineffable, dont la splendeur était sans limites, dont la douceur était infinie ; c'était comme la gloire éternelle de la paix absolue. Comme toujours son voile et sa robe aux chastes plis avaient la blancher des neiges éclatantes. Les deux roses qui fleurissaient sur ses pieds avaient la teinte jaune qu'a la base du ciel aux premières lueurs de l'aube virginale. Sa ceinture était bleue comme le firmament. ^
Bernadette en extase avait oublié la terre devant la Beauté sans tache. — 0 ma Dame, lui, dit-elle, veuillez avoir la bonté de me dire qui vous êtes et quel est votre nom ?
La royale Apparition sourit et ne répondit point. Devant le silence de la Vision, elle insista et reprit :
— 0 ma Dame, veuillez avoir la bonté de me dire qui vous êtes et quel est votre nom ?
L'Apparition parut rayonner d'avantage, comme si sa joie allait grandissant, et Elle ne répondit point encore à la demande de l'enfant.
Bernadette redoubla ses instances et prononça pour la troisième fois ces paroles :
— 0 ma Dame, veuillez avoir la bonté de me dire qui vous êtes et quel est votre nom ?
L'Apparition semblait entrer de plus en plus dans la gloire bienheureuse ; et. comme concentrée en sa félicité. Elle continua de ne point répondre. Bernadette fit entendre encore une fois ces suppliantes paroles : — 0 ma Dame, je vous en prie, veuillez avoir la bonté de me dire qui vous êtes et quel est votre nom ?
L'Apparition avait les mains jointes avec ferveur et le visage dans le rayonnement splendide de la béatitude infini. C'était l'Humilité dans la Gloire.
A la dernière question de l'enfant. Elle disjoignit les mains, faisant glisser sur son bras droit le chapelet au fil d'or et aux grains d'albâtre. Elle ouvrit alors ses deux bras et les inclina vers le sol, comme pour montrer à la Terre ses mains virginales, pleines de bénédictions. Puis, les ^élevant vers l'éternelle région d'oii descendit, à pareil jour, le divin Messa-
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ger de rAnnonciation, Eli les rejoignit avec ferveur, et, regardant le Ciel avec le sentiment d'une indicible gratitude, Elle prononça ces paroles :
— Je suis rimmacul(^*e-Conception.
Ayant dit ces mots, Elle disparut, et l'enfant se trouva comme la multitude, en face d'un rocher d(:îsert.
A cut(^' d'elle, la miraculeuse Fontaine tombant par une rigole de bois dans son bassin rustitiuo, faisait entendre le murmure paisible de ces flots.
La Mère de Notre Seigneur Jésus-Christ n'avait j)oint dit : " Je suis Marie immaculée." Elle avait dit : " Je suis rimmaculée-Conception,' comme pour marquer le carectère absolu, le caractère en quelque sorte substantiel du divin privilège qu'elle a eu seule depuis qu'Adam et Eve turent créés de Dieu. C'est comme si elle eût dit, non pas, " Je suis pure," mais " Je suis la Pureté même," non pas " Je suis vierge" mais je suis la Virginité incarnée et vivante ;" non pas '' Je suis blanche " mais *' Je suis la Blancheur.'
Une chose blanche peut cesser de l'être ; mais la Blancheur est toujours blanche. C'est son essence même et non sa quahté.
La Vierge, en ce moment, avait voulu attester par sa présence et par ses miracles le dernier dogme qu'a défini lEgUse, et qu'a proclamé saint Pierre parlant par la voix de Pie IX.
La petite bergère, à laquelle la Vierge divine venait d'apparaître, entendait pour la première fois ces mots : " l'Immaculée-Conception." Et, ne les comprenant point, elle faisait, en retournant à Lourdes, tous ses efforts pour les retenir. " Je les répétais en moi-même tout le long du chemin pour ne les point, oublier" nous racontait-elle un joui-, " et, jusqu'au pres- "by tère oii j'allais, je disais : Immaculée Conception^ Immaculée Concep- " tion à chaque pas que je faisais, parce que je voulais porter à M. le •' Curé les paroles de la Vision, afin que la chapelle se bâtit."