LIVRE PREMIER
lequel , après s'être brisé, en Tenant du Midi, contre le roc énorme qui sert de piédestal au Château fort, fait aussitôt un coude à angle droit et prend brusquement la direction de l'Ouest.
Un Tieux pont, bâti en amont, à quelque distance des premières maisons de la ville, ouvre une communication avec la campagne, les prairies, les forêts et les montagnes de la rive gauche.
Sur cette dernière rive , un peu au-dessous du pont et en face du Château, une prise d'eau pratiquée dans le Gave donne naissance à un très-fort canal. Ce canal va rejoindre le Gave à un kilomètre en aval, après avoir dépassé de quelques mètres seulement les Roches Massabielle, dont il baigne la base.
L'île très-allongée qui est formée par le Gave et par ce courant est une vaste et verdoyante prairie. Dans le pays on l'appelle Vîle du Chalet^ ou plus brièvement, le Chalet.
Le moulin de Sâvy, le seul qui se trouve sur la rive gauche, est bâti à cheval sur le canal et sert de pont entre la prairie et la terre ferme. Ce moulin, de même que le Chalet, appartient à un habitant de Lourdes, nommé M. de Laffitte.
Or, en 1858, il n'était guère, aux environs de la petite ville très-vivante que nous avons décrite, d'endroit plus solitaire, plus sauvage et plus désert que ces Roches Massabielle, au pied desquelles se rejoignaient le Gave et le canal du moulin.
A quelques pas au-dessus de ce confluent, sur le bord du ruisseau, le roc abrupt était percé à sa base par trois excavations irrégulières, assez bizarrement superposées, et communiquant entre elles, comme
pourraient le faire les trous d'une éponge gigantesque.
La singularité de ces excavations les rend assez difficiles à décrire.
La première et la plus grande était au niveau du sol. Elle avait à peu près l'aspect d'une tente de marchand ou d'un four très-informe et très-haut qui serait verticalement coupé vers le milieu, et qui , au lieu de former une voûte entière , ne formerait plus qu'une demi-voûte.
L'entrée , en arc de cercle très-contourné , avait environ quatre mètres de haut à son point le plus élevé. La largeur de la Grotte, à peu près égale à sa profondeur, était de douze à quinze mètres.
A partir de cette entrée, le rocher allait en s'abaissant, à la façon d'un toit de grenier vu en dessous, et en se rétrécissant des deux côtés.
Au dessus , un peu sur la droite du spectateur, se trouvaient, dans le rocher, les deux autres ouvertures superposées , lesquelles étaient comme les annexes et les dépendances de cette première cavité.
Vue du dehors, la principale de ces deux ouvertures avait, sous une forme ovale , la hauteur et la largeur d'une fenêtre de maison ou d'une niche d'église. Elle s'enfonçait de bas en haut dans le roc; puis, arrivée à une profondeur de deux mètres environ , elle se bifurquait, descendant, d'un côté, à l'in térieur de la grotte d'en bas, et remontant, de l'autre, en revenant sur elle-même , jusqu'à l'extérieur du rocher, où son orifice formait cette deuxième ouverture supérieure dont nous venons de parler, et qui n'avait d'importance qu'en ce qu'elle contribuait à