LIVRE PREMIER
à nos sociétés de secours mutuels. De telles sociétés existent à Lourdes et fonctionnent depuis des siècles : elles datent du Moyen Age ; elles ont traversé victorieusement la Révolution, et les philanthropes les eussent depuis longtemps rendues célèbres, si elles ne tiraient leur vitalité du principe religieux et si elles ne s'appelaient encore , comme au quinzième siècle, des « confréries. »
u Presque tout le peuple, dit M. de Lagrèze, entre dans ces associations , aussi philanthropiques que pieuses. Les ouvriers, qu'unit le nom de confrères , placent leur travail sous un céleste patronage, et font échange réciproque de secours et de charité chrétienne. La caisse commune reçoit l'offrande hebdomadaire de l'ouvrier plein de force et de santé, pour la rendre un jour à l'ouvrier souffrant de maladie et de misère; à l'ouvrier mort, dont l'association paye les funérailles et qu'elle accompagne à sa dernière demeure. Chaque confrérie , à l'exception de deux, qui se partagent le maître-autel , a une chapelle particulière, dont elle prend le nom et qu'elle entretient par la quête du dimanche. La confrérie de Notre- Dame-des-Grâces se compose de laboureurs ; celle de Notre-Dame-du-Mont-Carmel , d'ardoisiers; celle de Notre-Dame-de-Monsarrat, de maçons; celle de Sainte- Anne, de menuisiers ; celle de Sainte-Luce, de tailleurs d'habits et de couturières ; celle de l'Ascension, de carriers; celle du Saint-Sacrement, des marguilliers ; celles de Saint-Jean et de Saint-Jacques, de tous ceux qui ont reçu l'un ou l'autre de ces noms en baptême. »
Les femmes font également partie de semblables associations religieuses. L'une d'elles, « la Congrégation des Enfants de Marie, » a un caractère particu-
lier. C'est aussi, mais dans l'ordre des choses spirituelles, une société de secours mutuels. Pour entrer dans cette congrégation, laquelle est laïque bien entendu, il faut être déjà d'une sagesse éprouvée. Les enfants y pensent longtemps avant d'être jeunes filles. Les Gongréganistes s'engagent à ne jamais se mettre sur la pente mauvaise par la fréquentation des fêtes mondaines où se perd l'esprit religieux, à ne pas suivre les modes excentriques, à être exactes aux réunions et aux instructions qui ont lieu tous les dimanches. C'est un honneur d'y entrer; c'est une honte d'en être exclue. Ce que cette association a fait de bien, ce qu'elle a maintenu de moralité dans le pays , ce qu'elle a préparé de bonnes mères de famille, est incalculable. Aussi, dans un grand nombre de diocèses, beaucoup de confréries se sont-elles fondées sur le modèle de cette Congrégation-mère.
Le pays a une dévotion particulière à la Vierge. Les sanctuaires qui lui sont consacrés sont nombreux dans les Pyrénées, depuis Piétat ou Garaison jusqu'à Bétharram. Tous les autels de l'église de Lourdes sont dédiés à la Mère de Dieu.
Telle était Lourdes il y a dix ans.
Le chemin de fer n'y passait pas encore et il n'était pas même question qu'il y en eût jamais. Un tracé beaucoup plus direct paraissait indiqué d'avance pour la ligne des Pyrénées.
La cité tout entière et la forteresse sont situées, comme nous l'avons dit , sur la rive droite du Gave,