‹ Notre-Dame de LourdesChapitre 136 sur 238 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

.M. Diitour pousse un cri de triomplie et se prépare à sauver l'État. Trois Ijonnes femmes qui auraient, paraît-il, tenu ce propos, sont traînées devant la justice, et le Procureur demande qu'on leur applique toute la rigueur de la loi française. Malgré son ire et son éloquence, les juges en relaxèrent deux et ne condamnèrent l'autre qu'à cinq francs d'amende. Le Procureur crie à la fail3lesse, maintient son réquisitoire et fait un appel exaspéré ou désespéré devant la Cour impériale de Pau, laquelle, souriant de sa colère, non-seulement confirme l'acquittement des deux femmes, mais refuse de maintenir la très-laible condamnation prononcée contre la troisième et la renvoie de toute accusation. Ce petit fait, si infime en lui-même, ne ligure en cette liistoire que pour montrer jusqu'à quel point le Parquet était aux aguets, combien il cherchait des délits, des occasions quelconques de sévir, puisqu'il s'acharnait à de telles misères, et qu'il employait son temps à poursuivre jusqu'à de pauvres et simples femmes, dont la Cour impériale, peu de temps après, devait proclamer solennellement l'innocence.

La population restait calme. Le prétexte de faire de la rigueur au nom de l'ordre ne se présentait pas.

Une nuit, au milieu de ténèbres épaisses, des mains inconnues arrachèrent les tuyaux de la Source miraculeuse et firent se perdre les eaux sous des monceaux informes de pierres, de terre et de sable. Qui avait élevé ce monument ténébreux contre l'œuvre divine ? Quelles mains impies, et lâches dans leur impiété, avaient commis, en se cachant des hommes, une telle profanation? Nul ne le sait. Mais lorsque le jour se leva et que le sacrilège fut connu, une sourde indi-

gnation, comme on avait pu le prévoir, parcourut iec nombreuses foules accourues au lieu du scandale, et l'on vit ce jour-là se mouvoir sur les chemins et dans les rues tout un peuple agité, agité comme la mer qui moutonne, écume et gronde sous le soufOe des ouragans. La Police, la Magistrature, les Sergents de \ille, étaient en éveil, épiant, regardant, écoutant; mais ils ne purent constater ni une violence ni un cri séditieux. L'influence supérieure et divine qui maintenait dans l'ordre ces multitudes frémissantes, était évidemment invincible.

Qui donc, encore une fois, avait commis cet acte nocturne? Le Parquet et la Police, malgré leurs actives et bruyantes recherches, ne purent jamais parvenir à le découvrir. Et il advint que quelques esprits injustes osèrent soupçonner la Police et le Parquet, bien à tort évidemment, d'avoir, par un tel acte, voulu provoquer des désordres pour avoir l'occasion de sévir.

L'autorité munici|iale se défendit vivement de toute connivence dans cette indignité. Le soir même ou le lendemain, le Maire donna ordre de rétablir les tuyaux et de déblayer le sol de la Grotte de tous les amas dont on avait obstrué la Source nouvelle. Lapohtiquc du Maire était de se dégager personnellement de toute attitude tranchée et de maintenir les choses en état. Il était prêt à agir, mais seulement comme subordonné, sur l'injonc+ion expresse du Préfet, sous la responsabilité de ce dernier.

Quelquefois les populations , craignant de ne pas être maîtresses de leurs sentiments tumultueux, prenaient des précautions contre elles-mêmes. L'Association des tailleurs de pierres, au nombre de quatre ou cinq cents, avait résolu de faire à la Grotte une grande

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manifestation pacinque , et de s'y rendre processionnellement en chantant des cantiqnes , à l'occasion de leur i'o\e patronale, qui se célébrait le jour de l'Ascension et qui tombait cette année-là le 13 mai. Toutefois, sentant leurs cœurs s'indigner et leurs mains frémir en présence des actes de l'Autorité, ils se redoutèrent eux-mêmes et renoncèrent à leur projet. Ils se bornèrent à supprimer ce jour-là, en l'honneur de la Vierge apparue à Lourdes , le bal qu'ils donnaient tous les ans pour clôturer leur fête.

— Nous voulons, dirent-ils, qu'aucun désorJre, même involontaire, qu'aucune réjouissance mal vue par l'Église n'afflige les yeux de la Vierge qui nous a visités.

Le Préfet sentait de plus en plus tout moyen coercitif lui échapper par suite de cette tranquillité surprenante, de cette paix aussi irritante que merveilleuse, qui régnait d'elle-même parmi ces foules innombrables. Pas même un accident matériel. Rien. 11 fallait retourner sur ses pas dans la voie suivie jusqu'alors et laisser franchement les populations libres, ou bien en venir purement et simplement à la \ iolence et à la persécution, et élever devant ces multitudes, en inventant un prétexte quelconque, des barrières arbitraires. 11 fallait reculer ou aller plus avant.

D'autre part, la variété et la soudaineté des guérirons opérées paraissaient à beaucoup de bons es|irits -sez niai expliquées par les propriétés thérapeutiques et minérales de la Source nouvelle. On contestait la rigueur de la décision scientiliqne porte e par

M. Latour de Trie. Un chimiste du pays, M. Thomas Pujo, prétendait que cette eau n'était que de l'eau ordinaire, et qu'elle n'avait par elle-même aucune propriété médicale. Plusieurs professeurs très-compétents de ces contrées confirmaient ces assertions. La Science commençait à déclarer entièrement erronée l'analyse de Trie. Ces rumeurs avaient pris une telle consistance que le Conseil municipal de Lourdes s'en émut. Le Maire ne put, devant le vœu unanime, se refuser à faire faire une seconde étude des eaux de la Source. Sans consulter le Préfet, ce qui lui sembla inutile (tant il était personnellement convaincu de l'exactitude des recherches de M. Latour), il fit rendre par le Conseil municipal une délibération l'autorisant à charger un des grands chimistes de notre époque, M. le professeur Filhol, d'une nouvelle et définitive analyse. Le Conseil vota en même temps les fonds nécessaires pour les honoraires du célèbre savant ' .

M. Filhol était un homme autorisé dans la science moderne, et son verdict devait évidemment être sans appel.

1 . L'an \ 8^8 et le 3 juin, le Conseil municipal de la ville de Lourdes s'est réuni au lieu ordinaire de ses séances, sous la présidence de M. A. Lacadé, maire.

Étaient présents : MM, Normande, Capdevicille, adjoints; Claverie, Latapie, Cousté, Duprat, Dupot, Uuuy, Rives (Jean) Labayle, Gesta, Lapeyre, Pages.

M. le Maire, après avoir ouvert la séance, a exposé au Conseil les faits suivants :

« On adérouvert à Lourdes, sur la rive gauche du Gave, wiej (( eau que l'on du avoir des vertus curafives spéciales.

c( Celte eau a été succinctement analysée par M. Latour, clii-l » mistu distingué de ce déparlement, qui lai a reconnu des prO'

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