‹ Notre-Dame de LourdesChapitre 137 sur 238 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

Qu'allait être son analyse? M. le Préfet n'était point assez chimiste pour le Seavoir. Mais nous croyons, sans grande crainte de nous tromper, qu'il devait être inquiet. Le verdict de l'éminent professeur de chimie à la Faculté de Toulouse pouvait déranger en effet les combinaisons et les plans de M. Massy. 11 était urgent de se presser. Là encore, il fallait reculer ou aller plus ivant.

Au milieu de ces passions si diverses et de ces multiples calculs, on n'avait point manqué de tenter sur

« priétés telles que la science médicale pourrait peut-être la classer « au nombre des eaux qui font la richesse de ce pays.

« La Ville a un grand intérêt à connaître les principes qui la « constituent, ainsi que ses propriétés.

« Dans ces circonstances , je viens vous demander l'autori- « sation de la soumettre de nouveau à une analyse. »

Le Conseil , considérant que la proposition faite par M. le Maire doit être accueillie ,

Considérant que l'analyse à laquelle M. Latour s'est livré constate que celte eau paraît avoir des princi[ies minéraux;

Considérant qu'ayant déjà l'opinion de M. Latour, l'intérêt bien entendu de la commune est de la faire analyser de nou- %eau par un autre chimiste aussi distingué, afin d'avoir l'opinion de deux hommes spéciaux :

A délibéré que M, W. Maire était autorisé à faire faire l'analyse de cette eau par M. Filliol , chimiste à Toulouse, et lui payer ses honoraires au moyt^n des fonds libres,...

N'ayant plus rien à soumettre au Conseil, M. le Maire a levé la séance, et les délibérants ont signé. [Suivent les signatures.)

« Monsieur Filhol, conformément au désii- du Conseil mutii- « cipal, qui a tonte conliance dans vos lumières, j'ai l'iionn» ur « de vons prier de voidnir bien analyser une ♦•au provenant « (Y xnwSunwcki dPcQuxerte depuis peu diin^ cette ville .... » (Lettre •le M. Lacadé, maire, à M. Fiihol. Arr.lnvas de la Mairie de Lourdes, n" i-^O.)

Bernadette de nouveiles épreuves aussi inutiles que Jes précédentes.

Elle se préparait à faire sa première communion, et elle la lit le 3 juin Jeudi de la Fète-lJieu. C'était le jour même où le Conseil municipal de Lourdes chargeait M. Filliol d'analyser la Source mystérieuse, jaillie naguère sous la main de la V^oyante en extase. Dieu entrant dans ce cœur d'enfant et de jeune lille faisait aussi l'analyse d'une onde pure; et nous imaginons qu'il dut admirer et bénir, dans cette âme virginale, la source la plus fraîche et le plus limpide cristal.

Malgré la retraite où elle eût aimé à se cacher et à se recueillir, on continuait à la visiter. Elle était toujours l'enfant innocente et simple dont nous avons essayé de tracer le portrait. Par sa candeur, par son éclatante bonne foi, par son parfum délicat de sainteté paisible, elle charmait tous ceux qui l'approchaient

Un jour, une dame , après s'être entretenue avec elle, voulut, dans un mouvement de vénération enthousiaste assez concevable pour ceux qui ont connu Bernadette, échanger son chapelet de pierres précieuses contre celui de l'enfant :

— Gardez le vôtre, Madame, répondit-elle en montrant son modeste instrument de prière. Voici le mien, et je ne veux point le changer. 11 est pauvre comme moi et convient mieux à mon indigence.

Un ecclésiastique essaye de lui faire accepter uiia pièce d'argent. Elle refuse, il insiste. Nouveau refus, si formel, qu'une plus longue insistance semble inutile. Le prêtre pourtant ne se tient pas pour battu :

— Prenez, dit-il : ce ne sera point pour vous; ce sera pour les pauvres , et vous aurez le plaisir de faire l'aumône .

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