‹ Notre-Dame de LourdesChapitre 142 sur 238 · LIVRE SIXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIEME

méchants, un peu épris de son écliarpe. Il 11. fellait cependant devenir Tinstrument des violences préfectorales ou résigner les honneurs de la Mairie. Bien que, sans sourire un peu des humaines faiblesses, on ne puisse la qualilier de grave, l'alternative était embarrassante pour le premier magistrat de Lourdes. M. Lacadé espéra tout concilier en dem^andant, comme condition de sa signature, à M. le préfet Massy, d'insérer en tête de l'Arrêté et comme première phrase : Vu les instructions à lui adressées par l'Autorité supérieure.

— De la sorte, disait le Maire, ma responsabilité est entièrement dégagée vis-à-vis du public et vis-à-vis de moi-même. Je n'ai pris aucune initiative, je demeure neutre. Je ne commande pas, j'obéis. Je ne jdonne pas cet ordre, je le reçois. Je n'édicte pas cette lesure. je l'exécute. Tout pèse sur mon chef imméliat, le Préfet.

De la part d'un soldat et dans un régiment en ligne, m tel raisonnement eût été irréprochable.

Une fois rassuré de la sorte, M. Lacadé veilla à l'exé-

ïution de l'arrêté préfectoral. Il le fit publier à son

le trompe et afficher dans toute la Ville. En même

smps, sous la protection de la force armée et sous la

lirection de Jacomet, des barrières furent élevées au-

mr des Hoches Massabielle, de façon à empêcher

complètement, à moins d'effraction ou d'escalade

)ut accès à la Grotte et à la Source miraculeuse. Des

)teaux avec des indications furent plantés çà et là,

tous les points par où l'on pouvait pénétrer sur le

irrain communal qui entourait les Roches vénérées.

Ils portaient défense d'entrer sur ce terrain, sous peine

le poursuites devant les tribunaux. Des Sergents de

fille et des Gardes veillaient jour et nuit , se relevant

l'heure en heure , et dressant des procès-verbaux con-

tre quiconque franchissait les poteaux pour aller s'a^ genouiller aux environs de la Grotte.

Il y avait à Lourdes un Juge de Paix. Cet homme se nommait Duprat. 11 était aussi acharné contre la Superstition que les Jacomet, les Massy, les Dutour et autres autorités constituées. Ce juge, ne pouvant en de telles circonstances condamner les délinquants qu'à une amende minime, imagina un moyen détourné de rendre l'amende énorme et véritablement redoutable pour les pauvres gens qui, de tous côtés, venaient prier devant la Grotte et demander à la Vierge : celui-ci, le retour d'une santé perdue; celui-là, la guérison d'un enfant bien-aimé; un troisième, quelque grâce spirituelle, quelque consolation à une grande douleur.

M. Duprat, agissant au correctionnel, condamnait ces malfaiteurs à cinq francs d'amende. Mais, par une conception digne de son génie, il englobait en un seul jugement tous ceux qui avaient violé la défense préfectorale, soit en faisant partie de la même foule, soit même, paraît-il, en se rendant à la Grotte dans le cours de la même journée. Et il prononçait, contre eux tous, une condamnation solidaire aux dépens. De sorte que, pour peu que cent ou deux cents personnes se rendissent ainsi aux Roches Massabielle, chacune d'elles se trouvait exposée à payer non-seulement pour elle-même, mais pour les autres, c'est-à-dire à verser une somme de 500 à 1000 francs. Et cependant, comme la condamnation individuelle et i)rincipale n'était que de cinq francs, la décision de ce magistrat était sans appel devant un tribunal supérieur, et il n'y

Page 1