LIVRE SEPTIÈME. 3i
Monseigneur venait à peine de rendre cette Ordonnance, qu'une lettre de M. Rouland, ministre des Cultes, arriva à rEvêclié. Son Excellence conjurait Sa Grandeur d intervenir et d'arrêter le mouvement.
Pour bien comprendre les termes de cette lettre, il faut que nous retournions un peu en arrière.
Que la Police ou l'Administration eussent fomenté lesfoux visionnaires, ou qu'elles fussent les innocentes victimes du soupçon universel, c'est ce qu'il est impossible de savoir d'une façon exempte de doute ; c'est ce qu'il serait plus impossible encore d'établir sur des documents réguliers. En pareille matière, les preuves, quand il y en a, sont presque toujours détruites par des mains intéressées. 11 ne reste alors, pour parvenir à la vérité, que la physionomie générale des événements et le sentiment unanime du public contemporain, sentiment parfois très-juste assurément, mais souvent aussi empreint de passion et entaché d'erreur. En présence de ces éléments incomplets, de cette ombre mêlée de lumière, et de cette lumière mêlée d'ombre, l'historien n'a qu'à raconter les faits authentiques et avérés, à exprimer sur le reste ses doutes, ses inquiétudes, ses scrupules, et à laisser le lecteur trancher la question et se déterminer pour le plus probable.
Donc, quelle que f'nt la cause ou la main inconnue qui eût poussé deux ou trois gamins de la rue à foire les vi.iionnaires, M. Jacomet, M. Massy et leurs amis s'étaient empressés de grossir à tous les yeux et d'exploiter bruyamment ces enfantillages. Ils s'efforcèrent
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d'appeler de ce côté rattention des multitudes et de la détourner des graves événements, tels que les divines extases de Bernadette , le jaillissement de la Source, la guérison des malades, qui avaient captivé la fui populaire. Quand la bataille est perdue sur un point, les grands stratégistes essayent, par quelque démonstration simulée, d'attirer l'ennemi sur un terrain plein d'embûches et mine à l'avance. C'est ce qu'on appelle « opérer une diversion. »
La brusque disparition des fausses visions et des faux visionnaires devant l'attention en éveil et le^ clairvoyantes menaces de l'abbé Peyramale, déjoua, dès les premiers jours, les espérances conçues par les profonds tacticiens de la Libre Pensée.
Le bon sens public demeura ferme sur le vrai terrain de la question et ne se laissa pas tromper. Il n'en fut pas de même de la haute raison de iM. le ministre Rouland. Voici commant il advint que ce ferme esprit fut égaré :
Tentant contre la triomphante et irrésistible force des choses un effort désespéré, employant les dernières ressources de leur génie à faire sortir à tout prix de ces minimes incidents une suprême chance de résister enfin à la déroute et de reprendre l'offensive, MM. Jacomet et Massy avaient adressé au Ministre des Cultes le plus hyperbolique et le plus fautas tique tableau de ces scènes enfantines.
Or, par une illusion assez peu concevable de la par d'un homme d'État ayant passé par la pi'atique contemporaine, M. Roule nd avait une conliance aveugle dans les rapports officiels. La foi ne se perd pas, quoi qu'on dise, mais elle se déplace. Le philosophe Hou-