‹ Notre-Dame de LourdesChapitre 159 sur 238 · LIVRE SEPTlf^MR · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTlf^MR

land n'avait jias foi en Notre-Dame de Lourdes, s'affirniant par des guérisons et par des miracles, mais il avait foi en Massy et en Jacomet. Ces deux messieurs lui firent doînc accroire qu'à l'ombre des Roches Massabielle, les enfants en étaient venus à remplir l'office des prêtres; que le peuple, représenté par des créatures de mauvaise vie , les couronnait de lauriers et de fieurs, etc., etc. Ils ne lui dissimulèrent pas l'impuissance des mesures violentes contre le soulèvement des esprits. D'après eux, la force matérielle était vaincue, et l'Autorité civile aux abois. L'Autorité religieuse seule pouvait sauver la situation par un acte énergique contre les croyances populaires. Éperdus et peu au courant de ce que c'est que la dignité d'un Évêque chrétien , ils osèrent s'imaginer qu'une pression , venue des hauteurs du Pouvoir, pourrait déterminer Mgr Laurence à condamner les événements et à agir suivant leurs vues. Aussi indiquèrent-ils au Ministre, comme la solution de toutes les difficultés, une intervention directe auprès du Prélat.

C'était pousser Son Excellence du côté où elle penchait. S'immiscer dans les questions religieuses et se permettre de pouvoir tracer un programme aux Evéques était, en effet, dans les tendances bien connues de M. Houland.

Le Ministre, quoiqu ii eui jadis été Procureur général, ne songea pas à se demander comment, si les rapports qu'il recevait étaient exacts, le Parquet n'avait pas poursuivi, devant les tribunaux, les profanations qu'on lui signalait. L'abstention si étrange de la Magistrature, en présence de ces prétendus désordres, n'éveilla en rien sa défiance.

Acceptant donc avec une candeur plus que ministé rielle les romans de la Police et du Préfet, et s'ima-

ginant y voir clair; se croyant très-théologien et un peu plus qu'Archev«'qiie, parce qu'il était Ministre des Cultes, M. Rouland, du tond de son cabinet, jugea péremptoirement la situation et écrivit à Mgr Laurence une lettre, digne en tous points de celle qu'il avait, dès l'origine, adressée au Préfet, et que nous avons citée plus haut Elle était tout imprégnée de la rnôme piété officielle. En la relisant aujourd'hui, à la lumière de l'histoire vraie, on ne peut s'empêcher de sourire tristement de la façon, parfois si monstrueusement grossière, dont les Gouvernants sont quelquefois trompés, nous dirons même moqués impudemment et bernés, par les agents inférieurs de leur administration. Ce n'est point en effet sans une ironique mélancolie de l'esprit que l'on voit la lettre suivante, écrite par ce même Ministre, qui devait, dans un temps plus ou moins prochain, signer l'autorisation d'élever une grande église sur les Hoches Massabielle, en mémoire éternelle des Apparitions de la Très-Sainte Vierge Marie.

« Monseigneur, » disait M. Rouland. « les nouveaux (( renseignements que je reçois sur l'affaire de Lourdes {( meparaissent de nature à attrister profondément tous {( les hommes sincèrement religieux. Ces bénédictions « de chapelets par des enfants, ces manifestations dans « lesquelles on remarque , au premier rang, des femmes i( aux mœurs équivoques, ces couronnements de vi- « sionnaires, ces cérémonies grotesques, véritable pa- « rodie des cérémonies religieuses, ne manqueraient « pas de donner hbre carrière aux attaques des jour- (( naux protestants et de quelques autres feuilles, si t< l'Autorité centrale n'intervenait pour modérer l'ar- « deur de leur polémique. Ces scènes scandaleuses

Page 1