LIVRE HUITIÈME
foule et vint se placer contre les barrières. Un tumulte vague, un sourd murmure, quelques cris isolés, sortaient de la multitude, le Commissaire monta sur un fragment de rocher, et fit signe qu'il voulait parler. Tout le monde écouta : « Mes amis, » se serait, dit-on, écrié Jacomet, « les barrières que voilà, et que, à mon grand regret, la Municipalité avait reçu l'ordre de claire élever, vont tomber. Qui plus que moi a souffert le cet obstacle, dressé à rencontre de votre piété ? Je mis religieux, moi aussi, mes amis» et je partage vos îroyances. Mais le fonctionnaire, comme le soldat, n'a [qu'une consigne : c'est le devoir, souvent bien cruel, l'obi ir. La responsabilité n'en pèse pas sur lui. Eh )ien ! mes amis, lorsque j'ai été témoin de votre calme idmirable, de votre respect du Pouvoir, de votre foi persévérante, j'en ai instruit les autorités supérieures. ■J ai plaidé votre cause, mes amis. J'ai dit : « Pourquoi « veut-on les empêcher de prier à la Grotte, de boire « à la Source ? Ce peuple est inoffensif. » Et c'est ainsi, mes amis, que toute défense a été levée ; et c'est ainsi que M. le Préfet et moi nous avons résolu de renverser à jamais ces barrières, qui vous étaient si pénibles, et qui me l'étaient bien plus encore. »
La foule garda un froid silence. Quelquesj'euncs gens chuchot:iient et riaient. Jacomet était visiblement troublé par son insuccès. 11 donna ordre uses agents d'enlever Itîs clôtures. Ce fut fait assez promptement. On fit un tas de ces planches et de ces débris au bord de la Grotte, et la Police les vint chercher plus tard, au commencement de la nuit.
Une émotion immense remplissait la ville de Lourdes. Uurant cette après-midi, la multitude allait et venait sur le chemin de la Grotte. Devant les Roches
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Massabielle, d'innombrables fidèles étaient à genoux. On chantait des cantiques, on récitait les litanies delà Vierge. Virgo potens, orapro iiobis. On se désaltérait à la Source Les croyants- étaient libres. Dieu avail vaincu.