‹ Notre-Dame de LourdesChapitre 187 sur 238 · LIVRE NEUVIEME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIEME

Par suite des événements que nous avons racontés, M. Massy était devenu impossinle djins le pays. L'Empereur ne tarda i-as à l'envoyer à la première préfecture qui se trouva vacante aaiis l'Empire. Par une singularité digne de remarque, cette préfecture fut celle de Grenoble. Le baron Massy ne s'éloigna de Notre- Dame de Lourdes que pour aller à Notre-Dame de la Salette.

Jacomet quitta également la contrée. On le nomma commissaire de police dans un autre département. Replacé sur son terrain véritable, il contribua à découvrir avec une rare sagacité les ruses de quelques coquins dangereux qui avaient déjoué les efforts de son prédécesseur et les recherches les plus actives du Parquet. 11 s'agissait d'un vol considérable, un vol de deux ou trois cent mille francs, commis au préjudice d'une Compagnie de chemin de fer. Ce fut le point de départ de sa fortune dans la Police, qui était sa véritable vocation. Ses aptitudes remarquables, très-justement appréciées par se.? chefs, devaient le

conduire à un poste fort élevé. Le Procureur impérial, M. Dutour, ne tarda point non plus à être appelé à d'autres fonctions. M. Lacadé demeura Maire, et l'on doit apercevoir encore une l'ois ou deux sa vague silhouette dans les dernières pages de ce récit.

Bien qu'il eût institué un Tribunal d'enquête dès la fin de juillet, Mgr Laurence, avant de permettre qu'il entrât en fonctions, avait voulu qu'un certain apaisement se fit de lui-même dans les esiu'its. « At- « tendre, » pensait-il, « ne saurait jamais rien compromettre, quand il s'agit des œusres de Dieu, qui tient le temps dans sa main. » L'événement lui avait donné raison. Après les tumultueux débals de la presse française et les mesures violentes du baron Massy, la Grotte était devenue libre, et l'on n'avait plus à redouter le scandale de voir un agent de la police arrêter, sur le chemin des Roches Massabielle, la Commission épiscopale allant accomplir son œuvre et étudier, au lieu même de l'Apparition, les traces de la main de Dieu.

Le 1 7 novembre, la Commission se rendit à Lourdes. Elle interrogea la Voyante. « Bernadette, » dit le procès-verbal du secrétaire, « se présenta à nous avec une grande modestie, et cependant avec une assurance remarquable. Elle se montra calme, sans embarras, au milieu de cette nombreuse assemblée, en présence d'ecclésiastiques respectables qu'elle n'avait jamais vus, mais dont on lui avait dit la mission. »

La jeune fille raconta les Apparitions, les paroles

de la Vierge, l'ordre donné par Marie de construire en ce lieu une chapelle à son culte, la naissance soudaine de la Source, le nom de « l'Immaculée Conception» que la Vision s'était donné à elle-même. Elle exposa, avec la grave certitude d'un témoin assuré de luimême et l'humble candeur d'une enfant, tout ce qui lui était personnel dans ce drame surnaturel, dont les péripéties se déroulaient depuis une année. Elle répondit à toutes les questions, et ne laissa aucune obscurité dans l'esprit de ceux qui l'interrogeaient, non plus au nom des hommes, comme Jacomet, le Procureur ou tant d'autres, mais au nom de l'Église catholique, réternelle Épouse de Dieu. Tout ce dont elle rendit témoignage, nos lecteurs le connaissent Nous avons exposé nous même ces événements, à leur date, en diverses pages de ce récit.

La Commission visita les Roches Massabielle. Elle vit de ses yeux l'énorme jaillissement de la Source divine. Elle constata, par l'unanime déclaration des hommes de ce pays, que la Source n'existait |ias avant d'avoir surgi miraculeusement aux yeux de la multitude, sous la main de la Voyante en extase.

A Lourdes et hors de Lourdes, elle fit une enquête approfondie sur les guçrisons extraordinaires accomplies par l'eau de la Grotte.

Il y avait, en cette délicate étude, deux parts bien distinctes : les faits eux-mêmes et leurs circonstances relevaient du témoignage humain ; l'examen du caractère naturel ou surnaturel de ces faits relevait, en grande partie du moins, de la médecine. La méthode du Tribunal d'enquête s'inspira de cette double | cnsée.

Parcourant les diocèses de Tarbes, d'Auch et de Bayoïine , la Commission appelait devant elle ceux qu'on lui signalait comme ayant été l'objet de ces guérisons singulières. Elle les interrogeait avec un soin minutieux sur tous les détails de leur maladie et de leur retour, subit ou graduel, à la santé. Elle leur faisait poser, par les hommes de la science humaine, des questions techniques auxquelles les théologiens n'eussent peut-être pas pensé. Elle convoquait, pour contrôler ces déclarations, les parents, les amis, les voisins, tous les témoins des diverses phases de l'événement, ceux qui avaient vu le malade, ceux qui avaient assisté à la guérison, etc., etc.

Une fois parvenue de la sorte à une certitude absolue de l'ensemble et du détail des faits, elle en soumettait l'appréciation à des médecins éminents et autorisés qu'elle s'était adjoints. Ces médecins étaient M. le docteur Vergés, médecin des eaux de Baréges, professeur agrégé de la Faculté de Montpellier, et M. le docteur Dozous, qui avait déjà étudié pour son propre compte plusieurs de ces étranges incidents.

Chaque médecin consignait dans un rapport à part son appréciation sur la nature de la guérison : tantôt repoussant le Miracle pour attribuer à des causes naturelles la cessation de la maladie ; tantôt déclarant le fait entièrement inexplicable autrement que par une action surnaturelle de la puissance divine; tantôt enfin ne concluant pas et restant dans le doute, doute plus ou moins incliné vers l'une ou vers l'autre de ces solutions.

Sur ce double élément, — la pleine connaissance des faits d'un côté, et les conclusions de la Science de l'autre, — la Commission délibérait et proposait son jugement à l'Évéque avec toutes les jjièces du procès.

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