LIVRE NEUVIÈME
deux chrétiennes qui avaient été l'objet de la faveur céleste fussent inconnues l'une à l'autre, un lien mystérieux semblait unir ces événements. Racontons -les successivement, tels que nous les avons nous-mème étudi'S et écrits sous l'impression des vivants témoignasses que nous avons entendus.
Dans cette même ville de Nay où avait été guéri miraculeusement, quelques mois auparavant, le jeune Henri Busquet, une femtiie déjà parvenue à la vieillesse, Mme veuve Madeleine Uizan, était sur le point de mourir. Sa vie, du moins depuis vingt-quatre ou vingt-cinq ans, n'avait été qu'une longue suite de douleurs. Frappée en 1832 par le choléra, elle était demeurée à peu près paralysre de tout le côté gauche : elle boitait et ne parvenait à foire quelques pas dans l'intérieur de la maison, qu'en s'appuyant contre les murs ou contre les meubles. Rarement, deux ou trois fois par an, au plus fort de l'été, pouvait-elle, aidée et presque portée par des bras étrangers, se rendre à l'église de Nay, assez voisine de sa maison, et y entendre la sainte Messe. Il lui était impossible, sans le secours d'autrui, soit de se mettre à genoux, soit de se relever. L'une de ses mains était entièrement atrophiée. Son tempérament général ne s'était guère moins ressenti que ses membres des suites du terrible fléau. Elle était en proie à de continuels vomissements de sang, (.'estomac était hors d'état de supporter les aliments solides D" jus de viande, des purées, du café, avaient àuffi cependant à soutenir en elle, dans ces déplorables conditions, la flamme vacillante de la vie. Flamme
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chétive toutefois, toujours prête à s'éteindre en son foyer mystérieux, et impuissante à réchauffer ce malheureux corps, qu'agitait souvent un tremblement glacé. La pauvre femme avait toujours froid. Même au milieu des ardeurs de juillet ou d'août, elle demandait sans cesse à voir le feu pétiller dans l'âtre et faisait approcher de la cheminée son vieux fauteuil de malade.
Depuis seize ou dix-huit mois son état s'était aggravé : la paralysie du côté gauche était devenue complète; la même infirmité commençait à envahir la jambe droite. Les membres atrophiés étaient tuméfiés outre mesure, comme le sont parfois ceux des hydropiques.
Mme Rizan avait quitté le vieux fauteuil pour le lit. Elle ne pouvait y faire un seul mouvement, tant elle était infirme, et on était obligé de la retourner de temps en temps et de la changer de position. Elle n'était plus qu'une masse inerte. La sensibilité était perdue tout aussi bien que le mouvement. — « Où sont mes jambes ? » disait-elle quelquefois quand on venait de la déplacer un peu.
Ses membres s'étaient pour ainsi dire ramassés et repUés sur eux-mêmes. Elle se tenait constamment couchée sur le côté, en forme de Z.
Deux médecins l'avaient successivement soignée. M. le docteur Talamon l'avait depuis longtemps jugée incurable, et, s'il continuait de la voir fréquemment, c'était seulement à titre d'ami. Il refusait de lui ordonner des remèdes, disant que tout traitement, quel qu'il fût, serait fatalement nuisible, et que la pharmacie et les médicaments ne pouvaient qu'affaiblir la malade et user encore davantage son organisme, déjà, si profondément atteint. M. le docteur Subervîélle,