LIVRE NEUVILME
siir rinsistance de Mme Rizan, avait prescrit quelques ordonnances, rapidement reconnues inutiles, et avait également renoncé à toute espérance.
Si les membres paralysés étaient devenus insensibles, les souffrances que cette infortunée ressentait ailleurs, tantôt à l'estomac ou au ventre, tantôt à la tête, étaient atroces. La position constante que son malheureux corps était obligé de garder avait fini par produire une double plaie, l'une au creux de la poitrine, l'autre à l'aine. Sur le côté, en plusieurs endroits, sa peau était usée par le long frottement du lit, et laissait voir la chair toute dénudée et sanglante. La mort approchait.
Mme Uizan avait deux enfants. Sa fille, nommée Lubine, demeurait avec elle et la soignait avec un dévouement de toutes les heures. Son fils, M. Romain Rizan, était placé à Bordeaux dans une maison de commerce.
Lorsque le dernier espoir fut perdu et que le docteur Subervielle eut déclaré que la malade avait à peine quelques jours à vivre, on manda en toute hâte M. Romain Rizan. 11 vint, embrassa sa mère, reçut sa bénédiction et ses suprêmes adieux. Puis, obligé de repartir par suite d'un ordre qui le rappelait, arraché du pied de ce lit de mort par la cruelle tyrannie des affaires, il quitta sa mère avec la poignante certitude de ne plus la revoir.
La mourante avait reçu l'extréme-onction. Son agonie se prolongeait au milieu de souffrances intolérables. — Mon Dieul s'écriait-elle souvent, mettez un terme à tant de douleurs. Accordez-moi, Seigneur, ou de guérir ou de mourir I
Elle fit prier les Sœurs de la Croix, à Igon, dont sa belle-sœur était Supérieure, de faire à la très-sainte
Vierge une neuvaine pour obtenir de sa puissance ou la guérison ou la mort. La uialade témoigna aussi le désir de boire de l'eau de la Grotte. Une voisine, Mme Nessans, qui se rendait à Lourdes, [iromit de lui en rapporter à son retour.
Depuis quelque temps on la veillait jour et nuit. Le samedi Kî octobre, une crise violente annonça l'approche délinitive du dernier moment. Les crachements de sang furent presque continuels. Une teinte livide se répandit sur ce visage amaigri. Les yeux devinrent vitreux. La malade ne parlait presque plus, sinon pour se plaindre de douleurs aiguës. — « iSeigneur, » répétait-elle souvent, « Seigneur, que je souffre! Ne pourrai-je donc pas mourir? ;>
-- Son vœu sera bientôt exaucé, dit le docteur Subervielle en la quittant. Llle mourra dans la nuit ou au plus tard à la naissance du jour, il n'y a plus d'huile dans la lamjio.
De temps en temps la porte s'ouvrait. Des amis, des voisins, des prêtres, M. labbé Dupont, M. l'abbé Sanarens, vicaire de Nay, entraient silencieusement, et demandaient à voix basse si la mourante vi\ait encore.
Le soir, en la quittant, M. l'abbé André Dupont, son consolateur et son ami, ne put retenir ses larmes.
— Avant le jour elle sera morte, dit-il, et je no h reverrai qu'en Paradis.
La nuit était venue. La solitude s'était faite pou à peu dans la maison. Agenouillée devant une statue de la \ierge, Lubine priait, sans espérance terrestre. Le silence était profond, et n'était interrompu que par la respiration pénible de la malade. 11 était près de minuit,
— Ma fille ! dit l'agonisante.