LIVRE NEUVIEME
changements de cœur soient parfois plus étonnants et plus merveilleux que le redressement d'un membre ou la cessation d'une maladie physique, la Commission jugea avec raison qu'elle ne devait point les 'comprendre dans la solennelle et publique enquête dont elle avait été chargée par l'Évêque.
IJans son Rapport à Sa Grandeur, la Commission, d'accord avec les médecins, divisait en trois catégories les guérisons qu'elle avait étudiées et dont elle avait relaté soigneusement tous les détails dans ses procèsverbaux, tous signés par les personnes guéries et par de nombreux témoins.
La première catégorie comprenait les cures, quelque frappantes qu'elles fussent, qui étaient susceptibles d'une explication naturelle. Elles étaient au nombre de six: c'étaient celles de Jeanne-Marie Arqué, veuve Crozat, de Biaise Maumus, de l'enfant Laffite, tous trois de Lourdes; de l'enfant Lasbareilles, de Gex; de Jeanne Crassus, d'Arcizan- Avant; de Jeanne Pomiès, de Loubajac.
La deuxième catégorie se composait des guérisons au sujet desquelles la Commission inclinait à admettre le Surnaturel. De ce nombre, Jean-Pierre Malou, Jeanne-Marie Daube, épouse Vendôme; Bernarde Soubie et Pauline Bordeaux, de Lourdes; Jean-Marie Amaré, de Beaucens; Marcelle Peyrègue, d'Agos; Jeanne-Marie Massot-Bordenave , d'Arras ; Jeanne Gezma et Auguste Bordes , de Pontacq.
(i La plupart de ces faits, » disait l'enquête médicale, (( présentent toutes les conditions vouUies pour « être admis dans Tordre surnaturel. On trouvera
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« peut-être qu'en les excluant nous agissons avec une (( trop grande réserve, et que nous montrons une (( conscience trop sévère. Mais, loin de nous plaindre « de ce reproche, nous nous en félicitons, parce que « nous sommes convaincus qu'en pareille matière la (i sévérité est commandée par la prudence. »
En ces circonstances, il suffisait à la Commission qu'une explication naturelle, même entièrement invraisemblable, fût à la rigueur possible, pour que le Miracle ne fût pas déclaré. Elle rangeait alors le fait dans la catégorie que nous venons d'indiquer.
La troisième classe comprenait les guérisons qui présentaient d'une façon évidente et indéniable le caractère surnaturel. Seize, celles de Blaisette Soupenne, de Benoîte Cazeaux, de Jeanne Crassus, épouse Grozat, de Louis Bourriette, de l'enfant Justin Bouhohorts, de Fabien et Suzanne Baron, de Lourdes; celles de Mme veuve Rizan et de Henri Busquet, de Nay; de Catherine Latapie, de Loubajac; de Mme veuve Lanou, de Bordères; de Marianne Garrot et de Denys Bouchot, de Lamarque; de Jean-Marie Tambourné, de Saint-Justin; de Mlle Marie Moreau de Sazenay, de Tartas; de Paschaline Abbadie, de Rabasteins, furent reconnues comme incontestablement miraculeuses.
« Les maladies dont les sujets , favorisés de gac- « risons si subites et si frappantes, subissaient lej « atteintes, étaient la plupart de nature différente, » hsons-nous dans le Rapport de la Gommission. « Elles « affectaient des caractères variés : elles apparte- « naient, les unes, à la pathologie interne; les autres, « à la pathologie externe.
« Cependant, ces affections si diverses ont été gué-
« ries par l'emploi d'un seul et môme élément, tantôt « en lotion, tantôt en boisson, et sur quelques sujets « des deux manières à la fois.
« Or, dans l'ordre naturel et scientifique, outre que « chaque remède n'est mis en usage que d'une ma- « nière déterminée , il est constant qu'il n'a qu'une « vertu spéciale appropriée à telle ou telle maladie , (( mais inefficace, sinon nuisible, dans tous les autres (( cas. Ce n'est donc point par une propriété propre , « inhérente à sa composition, que l'eau de Massabielle « a pu produire des guérisons si nombreuses, si ex- « traordinaires, si diverses , et éteindre soudainement ({ tant de maladies de genre si différent et parfois « même si opposé.
« Alors surtout, » ajoutait-on, « que la Science a « déclaré avec autorité, par l'analyse des maîtres, que (( cette eau n'avait par elle-même aucun caractère « minéral et thérapeutique, et que, chimiquement, « elle n'est autre chose que de l'eau pure. »
La Médecine, consultée, n'était point, après le mûr et consciencieux examen de ces guérisons extraordinaires, moins décisive en ses conclusions :
'i En jetant un coup d'œil d'ensemble sur ces gué- « risons, » disait le Rapport médical, « on est frappé « tout d'abord de la facilité, de la promptitude, de « l'instantanéité avec lesquelles elles sortent du sein M de leur cause productrice ; de la violation, du bou- « leversement complet de toutes les méthodes théra- « peutiques qui régnent dans leur accomplissement; (( des contradictions que reçoivent les préceptes et les « prévisions de la Science ; de cette espèce de dédain « qui se joue de l'ancienneté, de la profondeur et de « la résistance du mal; du soin caché, mais réel •( néanmoins, avec lequel toutes les circonstances
(( sont arrangées et combinées, pour montrer qu'il y « a, dans la guérison qui s'opère, un événement tout (( à fait en dehors de l'ordre habituel de la nature. « De tels phénomènes dépassent la portée de l'esprit « humain. Comment comprendrait-il, en effet, l'op- :< position qui existe :
« Entre la simplicité du moyen et la grandeur du <t résultat?
(i Entre l'unité du remède et la diversité des ma- ({ ladies?
« Entre la courte durée de l'application de l'agent « curatif et la longueur des traitements indiqués par « l'art ou la science ?
(( Entre l'efficacité soudaine du premier et la longue « inutilité des seconds ?
(( Entre la chronicité du mal et l'instantanéité de M la guérison?
« 11 y a là certainement une Force contingente, « supérieure à celles qui ont été départies à la nature, « étrangère par conséquent à l'eau dont elle se sert « pour les manifestations de sa puissance. »
Devant tant de faits éclatants, si soigneusement et si publiquement avérés; en présence de l'enquête si consciencieuse, si complète, si approfondie, de la Commission ; en regard des déclarations et des conclusions si formelles de la Chimie et de la Médecine réunies, l'Évêque ne pouvait qu'être convaincu. 11 le fut pleinement.
Toutefois, par cet esprit de prudence extrême que nous avons eu plusieurs fois l'occasion de remarquer dans le courant de ce récit, Mgr Laurence, avant de - prononcer solennellement le ve':'dict épiscopal sur cette grande question, demanda une sanction
nouvelle à ces guérisons miraculeuses : la sanction du temps.
Il laissa s'écouler trois années.
Une seconde enquête fut faite alors. Les guérisons que nous avons signalées plus haut comme surnaturelles subsistaient. Nul ne vint ni retirer son premier témoignage ni contester les faits. Les œuvres de Celui qui règne dans l'éternité n'ont rien à craindre de l'épreuve du temps.
Ce fut après cette surabondante série de démonstrations, de preuves et de certitudes, que Mgr Laurence rendit enfin le jugement qu'on attendait de lui. Le voici dans ses principales dispositions ;
Mandement de Mgr l'Évêque de Tarbes, portant jugement sur l'Apparition qui a eu lieu à la grotte de Lourdes.
« Bertrand-Sévère Laurence , par la Miséricorde i( Divine et la grâce du Saint-Siège Apostolique, Évé- (i que de Tarbes, Assistant au Trône Pontitical, etc.
« Au Clergé et aux Fidèles de notre diocèse, salut " et bénédiction en Notrc-Seigneur Jésus-Christ.
« A toutes les époques de l'humanité, Nos Bien- « Aimés Coopérateurs et Nos Très-Ghers Frères, de « merveilleuses communications se sont établies entre < le ciel et la terre. Dès l'origine du monde, le Sei- « gneur apparut à nos premiers parents pour leur « reprocher le crime de leur désobéissance. Dès les
(( siècles suivants, nous le voyons converser avec les « Patriarches et les Prophètes; et l'Ancien Testamen". « est souvent l'histoire des célestes Apparitions dont « furent favorisés les enfants d'Israël.
(i Ces divines faveurs ne devaient pas cesser avec la « loi mosaïque; au contraire, elles devaient être, sous « la loi de grâce, et plus nombreuses et [)lus Mii- « tantes.
(i Dès le berceau de l'Église, dans ces temps de (c persécution sanglante , les chrétiens recevaient la «visite de Jésus-Christ ou des Anges, qui venaient, « tantôt leur révéler les secrets de l'avenir, tantôt les 0 délivrer de leurs chaînes, tantôt les fortifier dans les «combats. C'est ainsi, selon la pensée d'un judicieux (( écrivain, que Dieu encourageait ces illustres confes- «seurs de la foi, alors que les puissants de la terre « réunissaient tous leurs efforts pour étouffer dans « son germe la doctrine qui devait sauver le monde.
« Ces manifestations surnaturelles ne furent pas le « partage exclusif des premiers siècles du Christia- « nisme. L'histoire atteste qu'elles se sont perpétuées « d'âge en âge pour la gloire de la Religion et l'édifi- « cation des Fidèles.
« Parmi les célestes Apparitions, celles de la Très- « Sainte Vierge occupent une large place, et elles ont « été pour le monde une source abondante de béné- « dictions. En parcourant l'univers catholique , le « voyageur rencontre, placés de distance en distance, «des Temples consacrés à la Mère de Dieu; et plu- « sieurs de ces monuments doivent leur origine à « l'Apparition de la Reine du Ciel. Nous possédons « déjà un de ces sanctuaires bénis, fondé, il y a quatre « siècles, à la suite d'une révélation faite à une jeune « bergère, et où des miUiers de pèlerins vont tous les