LIVRE NEUVIÈME
<( avec une ingénuité touchante ; et, aux nombreuses « questions qu'on lui adresse, elle fait, sans hésiter, «des réponses nettes, précises, pleines d'à-propos, « empreintes d'une forte conviction. Soumise à ùq (( rudes épreuves, elle n'a jamais été ébranlée par les « menaces; aux offres les plus généreuses, elle a ré- « pondu par un noble désintéressement. Toujours d'ac- « cord avec elle-même, elle a, dans les différents in- « terrogatoires qu'on lui a fait subir, constamment « maintenu ce qu'elle avait déjà dit, sans y rien ajou- « ter, sans en rien retrancher. La sincérité de Berna- « dette est donc incontestable. Ajoutons qu'elle est « incontestée. Ses contradicteurs, quand elle en a eu, (( lui ont eux-mêmes rendu cet hommage.
« Mais, si Bernadette n'a pas voulu tromper, ne « s'est-elle pas trompée elle-même? N'a-t-elle pas cru « voir et entendre ce qu'elle n'a point vu ni entendu? « N'a-t-elle pas été victime d'une hallucination? — « Comment pourrions-nous le croire? La sagesse de ses « réponses révèle dans cette enfant un esprit droit, « une imagination calme, un bon sens au dessus de « son âge. Le sentiment religieux n'a jamais présenté « en elle un caractère d'exaltation ; on n'a constaté « dans la jeune fille ni désordre intellectuel, ni altéra- « tion de sens, ni bizarrerie de caractère, ni affection « morbide, qui ait pu la disposer à des créations ima- « ginaires. Elle a vu, non pas une fois seulement, mais «dix-huit fois; elle a vu d'abord subitement, alors « que rien ne pouvait la préparer à l'événement qui « s'est accompli; et durant la Quinzaine, lorsqu'elle (î s'attendait à voir tous les jours, elle n'a rien vu pen- « dant deux jours, quoiqu'elle se trouvât dans le même <i milieu et dans des circonstances identiques. Et puis, « que se passait-il pendant les Apparitons? Il s'opérait
(( une transformation dans Bernadette : sa physiono- « mie prenait une expression nouvelle , son regard « s'enflammait, elle voyait des choses qu'elle n'rtVc»it « plus vues, elle entendait un langage qu'elle n'avait « plus entendu, dont elle ne comprenait pas toujours '( le sens, et dont cependant elle conservait le souvenir. « Ces circonstances réunies ne permettent pas de croire a à une hallucination : la jeune fille a donc réellement « vu et entendu un être se disant l'Immaculée Concep- « tion; et, ce phénomène ne pouvant s'expliquer na- « turellement, nous sommes fondé à croire que l'Ap- <( parition est surnaturelle.
u Le témoignage de Bernadette, déjà important par « lui-même, emprunte une force toute nouvelle, nous (( dirons même son complément, des faits merveilleux (( qui se sont accomplis depuis le premier événement. <( Si l'on doit juger l'arbre par ses fruits, nous pouvons « dire que l'Apparition racontée par la jeune fille est (( surnaturelle et divine, car elle a produit des effets (( surnaturels et divins. Que s' est-il passé. Nos Très- « Chers Frères? L'Apparition était à peine connue, que ({ la nouvelle s'en répandit avec la rapidité de l'éclair ; « on savait que Bernadette devait aller pendant quinze (( jours à la Grotte : et voilà que toute la contrée s'é- « branle ; des flots de peuple se précipitent vers le lieu M de l'Apparition; on attend avec une religieuse impa- (( tience l'heure solennelle ; et pendant que la jeune « fille, ravie, hors d'elle-même, est absorbée par l'objet « qu'elle contemple, les témoins de ce prodige, émus, V attendris, se confondent dans un même sentiment « d'«3dmiration et de prière.
(( Les Apparitions ont cessé; mais le concours con- « linue : les pèlerins venus des contrées lointaines, a comme des pays voisins, accourent à la Grotte : on