‹ Notre-Dame de LourdesChapitre 213 sur 238 · LIVRE DIXIÈME. l · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIÈME. l

ffiiérissez-moi. Et vous, Mère de miséricorde, venez au recours de votre malheureux eufant ! »

Et, m'étant ainsi réconforté par la prière, j'osai ouvrir la petite caisse dont j'ai parlé. Elle contenait une bouteille pleine d'eau.

J'enlevai le bouchon, je versai de l'eau dans une tasse et je pris dans ma commode une serviette. Ces vulgaires préparatifs, que j'accomplissais avec un soin minutieux, étaient empreints, je m'en souviens encore, d'une secrète solennité qui me frappait moi-mémo, tandis que j'allais et venais dans ma chambre. Dans cette chambre je n'étais pas seul : il était manifeste qu'il y a\ait Dieu. La sainte Vierge, invoquée par moi, y était aussi sans doute.

La foi, une foi ardente et chaude, était venue emliraser mon âme.

Quand tout fut achevé, je m'agenouillai de nouveau.

« -- 0 sainte Vierge Marie, dis-je à haute voix, ayez pitié de moi et guérissez mon aveuglement physique et Tfioral ! »

Et, en disant ces paroles, le cœur plein de confiance,

<i me frottai successivement les deux yeux et le front

avec ma serviette, que je venais de tremper dans

l'eau de Lourdes. Ce geste que je viens de décrire ne

dura pas trente secondes.

Qu'on juge de mon saisissement, j'allais presque dire de mon épouvante! A peine avais-je tcuclié de cette eau miraculeuse mes yeux et mon front, que je me sentis guéri tout à coup, brusque ;iient, sans transition, avec une soudaineté que, dans mon langj»ge imparfait, je ne puis comparer qu'à celle de la foudre.

Étrange contradiction de la nature humaine! Un instant auparavant, j'en croyais ma foi qui me promettait ma guérison; et maintenant, je n'en pouvoir

croire mes sens qui m'assuraient que cette guérison était accomplie !

Non! je n'en croyais point mes sens. Tellement que, malgré cet effet en quelque sorte foudroyant, je commis la faute de iMoïse et je frappai deux fois le rocher. Je veux dire que. pendant un certain temps encore, je continuai de prier et de mouiller mes yeux et mon front, n'osant point vérilier ma guérison.

Au bout de dix minutes pourtant, la force que je sentais toujours dans mes yeux et l'absence compl'ète de lourdeur dans la vue ne pouvaient plus me laisser aucun doute.

— Je suis guéri ! m'écriai-je.

Et je courus pour prendre un livre quelconque et lire.... Je m'arrêtai tout à coup. — Non ! non! me disje en moi-même, ce n'est pas un livre quelconque que je puis prendre en ce moment.

Et j'allai chercher alors sur ma cheminée la Notice sur les Apparitions. Certes, ce n'était que justice.

Je lus cent quatre pages sans m'interrompre et sans éprouver la moindre fatigue! Vingt minutes auparavant, je n'aurais pas pu lire trois lignes.

Et si je m'arrêtai à la page 1 04, c'est qu'il était cinq heures trente-cinq minutes du soir, et qu'à cette heure-là, le 10 octobre, il fait à peu près nuit à Paris. Lorsque je quittai le livre, on allumait déjà le gaz dans les magasins de la rue que j'habite.

Le soir je me confessai et je fis part à l'abbé Ferrandde la grande grâce que la sainte Vierge venait de me faire. Quoique je ne me fusse nullement préparé, ainsi queje l'ai dit, il voulut bien me permettre de communier le lendemain, pour remercier Dieu d'un bienfait si spécial et si extraordinaire et pour fortifier les résolutions qu'un tel événement devait faire naître en mon cœur.

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