LIVRE DIXIÈME
M. et Mme de **% comme on le pense bien, furent singulièrement remués par cet événement, auquel la Providence leur avait fait prendre une part si directe. Quelles réflexions firent-ils? quelles pensées vinrent les visiter? que se passa-t-ii dans le fond de ces deux Ames? C'est leur secret et le secret de Dieu. Ce que j'en pus savoir, je n'ai point reçu le droit de le dire.
Quoi qu'il en soit, je connaissais la nature de mon ami. Je le laissai réfléchir, mais je ne le pressai point de conclure. Je savais et je sais encore que Dieu a son heure et qu'il connaît ses voies. Son action était trop visible dans tout ce qui venait d'arriver pour que je ne redoutasse point d'intervenir moi-même, malgré le désir que j'avais et que mes amis n'ignoraient point, de les voir entrer dans la seule Église qui contienne Dieu tout entier.
Je regrette de ne pouvoir m'arrcter ici pour contempler un instant dans mon souvenir ces deux êtres qui me sont chers, recevant par le contre-coup du Miracle dont j'avais été l'objet, les premières secousses que donne la Vérité à ceux qu'elle veut conquérir. . .
Sept années se sont écoulées depuis ma miraculeuse guérison. Ma vue est excellente. Ni la lecture, ni le travail ardu, ni les longues veilles ne la fatiguent. Dieu me fasse la grâce de ne la jamais employer qu'au service du bien !
Autre épisode.
îl y a, dans la vie civile, des hommes clont le type
ricceiitué ressemble à s'y méprendre à celui du soldat. Bien qu'ils n'aient jamais vécu dans les camps, tous ceux qui les voient passer et qui ne les connaissent pas les prennent immanquablement pour d'anciens militaires. Ils en ont le port un peu roide, l'allure Terme, l'aspect enrégimenté et aussi la bonhomie cachée. On les rencontre surtout dans ces administrations mixtes comme les douanes, les eaux et forêts, qui, tout en étant purement civiles, empruntent leurs formes hiérarchiques et leur fonctionnement au système adopté pour l'armée. D'un côté, ils ont, comme les hommes de la vie privée, une famille, un intérieur, une existence domestique; de l'autre, ils sont plies par mille côtés aux multiples exigences d'une règle toute militaire. 11 en résulte ces physionomies singulières dont je parle et que tout le monde connaît.
Donc, si vous avez jamais vu un brave officier de cavalerie vêtu en bourgeois , les cheveux courts, la moustache coupée en brosse et bientôt grisonnante ; si vous avez remarqué, parmi ses énergiques traits, ces plis verticaux et rectilignes qui ne sont pas encore des rides et qui semblent particuliers à ces visages soldatesques; si vous avez arrêté votre regard sur ces fronts rebelles au chapeau , qui paraissent faits exprès pour le képi ou le tricorne aux galons d'argent, sur ces yeux fermes et doux qui, le jour, sont habitués il braver le péril et qui, le soir, aiment à s'adoucir dans l'intimité du foyer et à se reposer sur des têtes d'enfants; si vous vous souvenez de ce type caractéristique, je n'ai pas besoin de vous peindre M. Roger Lacassagne, employé aux douanes de Bordeaux : voii% le connaissez comme moi.
Lorsque, il y a bientôt deux ans, j'eus l'honneur de le visiter chez lui, rue du Chai-des-Farines, n° e>, à