‹ Notre-Dame de LourdesChapitre 34 sur 238 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

C'est toujours de cette façon que la Libre Pensée a écrit riiistoire. Après cette loyale action, qui témoignait clairement de son bon vouloir et de son admirable équité, le rédacteur du Lavedan faisait, sans de trop grosses inexactitudes, le récit des faits mêmes qui se passaient aux Roches Massabielle. Ils étaient trop notoires, ils avaient trop de témoins pour être niés.

« Nous ne raconterons pas, » ajoutait-il, « les mille « versions qui ont été faites à ce sujet; nous dirons u seulement que la jeune fille va chaque matin prier « à l'entrée de la Grotte, un cierge à la main, escortée <( de plus de cinq cents personnes. Là, on la voit pas- (i ser du plus grand recueillement à un doux sourire (( et retomber ensuite dans un état extatique des plus (( prononcés ; des larmes s'échappent de ses yeux im- {( mobiles, qui restent constamment fixés sur l'endroit (( de la Grotte où elle croit voir la. sainte Vierge. — (( Nous tiendrons nos lecteurs au courant de cette aven- (( ture, qui trouve chaque jour de noaveaux adeptes.»

De comédie, de jonglerie, pas un mot. On sentait que, de ce côté, tout s'écroulait au premier entretien avec l'enfant, au premier regard jeté sur Bernadette en extase, sur les larmes qui par moments inondaient ses joues. L'excellent rédacteur, pour mieux faire croire qu'elle était malade, affectait de la plaindre. 11 ne parlait d'elle qu'en la nommant avec une douce commisération : « la pauvre visionnaire. » « Tout, » disait-il dès les premiers mots, « fait supposer que « cette jeune fille est atteinte de catalepsie. »

(i L'hallucination , la catalepsie » étaient les deux grands mots des savants de Lourdes. — « Sachez bien, n répétaient-ils souvent, « qu'il n'y a pas de surnaturel, que la Science en a fait pleine justice. La Science ex-

plique tout, la Science seule est certaine. Elle compare, elle juge, elle ne voit que les faits. Le Surnaturel était bon dans ces siècles d'ignorance ou le monde était abruti dans la superstition, où l'on ne savait pas observer ; mais maintenant nous le défions de se produire : nous sommes là. Voilà bien la stupidité du peuple ! Parce qu'une petite fille est malade ; parce que, dans sa fièvre, elle a des lubies, tous ces imbéciles crient au miracle. Il faut que la bêtise humaine dépasse toute mesure, pour voir une Apparition dans ce qui ne paraît pas, et une Voix dans ce que personne n'entend. Que la prétendue Apparition arrête le soleil comme Josué ; qu'elle frappe le rocher comme Moïse et qu'elle en fasse jaillir de l'eau ; qu'elle guérisse des incurables ; que, d'une façon quelconque, elle commande à la Nature : alors, nous croirons. Mais qui ne sait que de pareilles choses n'arrivent jamais et ne sont jamais arrivées? »

Tels étaient, en ces termes ou en d'autres, les propos qui s'échangeaient du matin au soir, entre les sagaces intelligences qui représentaient à Lourdes la Médecine et la Philosophie.

La plupart de ces penseurs avaient assez vu Bernadette pour constater qu'elle ne jouait pas la comédie. Cela suffisait à leur esprit d'examen. De ce qu'elle était manifestement de bonne foi, ils concluaient qu'elle ne pouvait être que folle ou cataleptique. La possibilité de toute autre explication n'était pas môme admise par leur ferme génie. Quand on leur proposait d'étudier le fait, de revoir l'enfant, d'aller ou de retourner à la Grotte, de suivre dans tous leurs détails ces surprenants phénomènes, ils haussaient les épaules, riaient philosophiquement et disaient : «Nous savons tout cela par cœur. Ces crises sont connues. Avant un mois

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