LIVRE DEUXIÈME
paroles iininortelles destinées à consoler et à conforter l'innocent et le faible en présence des persécutions : «Dieu t'a confié au soin de ses Anges, pour qu'ils te gardent en ton chemin. Ils te porteront en leurs mains, de peur que tes pieds ne se heurtent et ne se blessent contre les pierres de la route... Espère en lui : il te protégera à l'ombre de ses ailes. Sa Vertu toute -puissante t'entourera en quelque sorte comme d'un invincible bouclier. Ya en toute confiance I tu écraseras sous tes pieds l'aspic et le serpent ; le lion et le dragon seront abattus par toi... Parce qu'il a espéré en moi, dit le Seigneur, je le délivrerai. Je le protégerai, parce qu'il a confessé mon nom. Il m'invoquera, et je l'exaucerai. Je suis avec lui dans la tribulation *. »
L'Évangile du jour racontait comment le Sauveur des hommes, type éternel des justes sur la terre, avait, à l'origine de sa mission divine , eu à subir sa Tentation ; et il donnait tous les détails de sa lutte illustre et de sa victoire contre l'Esprit mauvais dans la solitude du désert : Ductus est Jésus in desertum^ ut t^ntaretur a diabolo ^...
Tels étaient les textes, si consolants pour la faiblesse innocente et persécutée , que l'Église avait fait entendre; tels étaient les grands souvenirs qu'elle avait évoqués et dont elle célébrait la mémoire en ce jour où, au fond d'une obscure ville de la montagne, un agent de la Force publique venait de saisir, au nom de la Loi, une petite fille ignorante, pour la conduire auprès du plus adroit et du plus retors des représentants de l'Autorité.
\ . Missel et Paroissien romains. I^"" Dimanche de Carême, latroït. Graduel et Trait de la Messe, Répons des Vêpres.
La multitude émue et troublée avait suivi Bernadette , emmenée par l'agent ofliciel. Le Commissariat de police n'était pas loin. Le Sergent entra avec l'enfant, et, la laissant seule dans le corridor, se retourna pour fermer la porte à la clef et au verrou.
Un instant après, Bernadette se trouvait en face d. M. Jacomet.
Une foule immense stationnait au dehors.
L'homme très-intelligent qui allait interroger Bernadette se sentait assuré d'un facile triomphe, et il s'en était à l'avance hautement réjoui.
Il était de ceux qui repoussaient obstinément l'explication des savants du pays. Il ne croyait ni à la catalepsie, ni à l'hallucination, ni aux diverses illusions d'une extase maladive. La précision des récits qu'on attribuait à l'enfant , les remarques faites par le docteur Dozous et par plusieurs autres témoins des scènes de la Grotte, lui paraissaient inconciliables avec une telle hypothèse. Quant au fait même des Apparitions, il ne croyait point, dit-on, à la possibilité de ces visions ultramontaines ; et son génie policier, très-apte à dépister des fripons derrière un fait illégal, n'allait peut-être pas jusqu'à découvrir Dieu derrière un fait surnaturel. Aussi, convaincu en lui-même qu'il ne pouvait y avoir que de fausses apparitions, avait-il résolu de trouver, par ruse ou par force, le point de l'erreur, et de rendre aux libres penseurs du Pouvoir ou d'ailleurs le service signalé de saisir une manifestation surnaturelle , une croyance populaire, en flagrant délit d'imposture. Il avait là une admi-