SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE DE BIENFAISANCE
Au mois d'octobre 1872, les Canadiens français de Malone fon- Aaient une société Saint-Jean-Baptiste de Bienfaisance.
Remarquez, s'il vous plaît, le mot de bienfaisance; il en vaut .
la peine. Sans doute, les Canadiens de Malone, en établissant leur nouvelle société, visaient à l'union qui fait la force, à cette union étroite et constante qui doit exister entre les membres d'une même famille à l'étranger comme au pays, et plus encore peut-être à l'étranger qu’au pays ; ils visaient bien aussi à l'intérêt, à l'honneur national, qui relève un peuple à ses propres yeux comme aux yeux des autres races; mais, au fond, ce qui
dorminait dans leur esprit, c'était une pensée de charité et de religion.
D'abord, une pensée de charité
—Îl y aura, dit la constitution, un comité de Visite, qui se composera du président, du trésorier et des cinq directeurs. Ce comité devra visiter les membres malades, examinera s'ils ont droit aux secours, et fera rapport à la société. Il devra procurer aux malades toute l’assistance que leur position pourra exiger—Tout membre malade et incapable de travailler par suite de maladie ou d’accident, recevra de la société trois piastres par semaine, tant que le comité de Visite le jugera incapable de vaquer à aucune occupation.—Au décès d'un membre, la société accordera vingt-cinq piastres à la famille du défunt pour frais d’enterrement.—Le pyésident se chargera des funérailles de tout membre qui n’aura pas de parents capables de s’en occuper.—A la mort d’un confrère, les membres de la société donneront chacun une piastre à sa veuve ou à ses enfants. A la mort d’un membre non marié qui était le soutien de ses parents, ils feront
le même don à ces derniers, »
Puis, une pensée de religion.
— “Les fonds appartenant à la société seront déposés dans la caisse de l’église Notre-Dame de Malone, moyennant les garanties légales. Lorsque la somme déposée sera assez importante, la société pourra exiger une hypothèque sur les biens de la congrégation; cette hypothèque sera garantie par la police d'assurance. Les fonds ne seront prêlés à aucun individu, membre ou non de la société, ni hasardés dans des spéculations, bals, banquets, séances littéraires, etc. »
Certes, quiconque aura lu ces dispositions convicrilra facilement avec nous que la société Saint-Jean-Baptisi: de Mulone est un modèle de charité et de religion, en même temps qu’un chefd'œuvre d'économie sociale. Quelle charité plus touchante que celle de visiter les malades, les assister, les nourrir, eux et leur famille, de veiller aux funérailles de ses frères, de les enterrer at2C bonneur, et de venir au secours de la veuve, des orphl': uv es parents laissés sans ressources ? Quel acte de
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religion plus utile et plus méritoire, surtout dans un pays nù l'église ne peut compter que sur la générosité de ses enfants, que celui de prêter à Dieu, ou à son église—ce qui est tout un— le surplus du trésor que la charité fraternelle n’a pas réclamé ? Les membres de la société Saint-Jean-Baptiste de Malona ont voulu donner sans reper tance. Quand ils ont rempli leurs obligations de justice envers leurs confrères malades ou défunts, ils prennent leur trésor et vont, corme des enfants dévoués, le déposer entre les mains de l'église, de Notre-Dame, de leur mère bien aimée, afin qu’elle en use à son gré, et dispose librement, au nom de la religion, des épargnes qu’à pu faire la charité ia plus généreuse. s
Rien d'étonnant, si Dieu a béni la société Saint-Jean: Baptiste de Malone, qui compte aujourd’hui trois cents membres, et qui, malgré la multiplicité de ses dons, a pu confier à l'église la jolie somme de $2,800.00.
Dans ce cas-ci, comme dans tous les autres, l'inspiration chrétienne se trouve parfaitement d'accord avec les vrais principes de l'économie sociale, c’est-à-dire que la charité et la religion, loin de nuire aux intérêts matériels, généraux ou particuliers, les fovorise au contraire tous les deux. Voilà un homme, en effet, qui devient membre de la société; qu'aura-til à débourser ? Trois piastres d'entrée, 95 cents de cotisation régulière par mois, soit trois piastres par année ; puis, une piastre au décès d’un des confrères. Au fond, c’est très peu de chose, surtout si l’on considère la modicité des versements et l'intervalle qui les sépare. On s'accoutume vite à ces petites économies, que l’on ne ferait pas si elles n'étaient devenues obligatoires. Et s’il tombe malade, qu'aura-til en retour? Trois piastres par semaine, c'est-à-dire assez pour vivre, lui et sa famille ; de plus, s’il meurt, vingt-cinq piastres pour ses funérailles, et trois cents piastres,—car la société compte trois cents membres qui donnent chacun une piastre,—pour sa femme et ses enfents, ou les parenis dont il était le soutien.
Vraiment, il est difficile de spéculer plus avantageusement. Admettons que les circonstances ne permettent pas à tous les membres d’avoir une égale part aux distributions,—et c’est en cela que la société mérite le nom de bienfaisante ;—cependant ne suffit-il pas que le secours vienne quand on en à besoin ?
Mais. ce qui montre mieux encore l'intelligence de la société
Saint-Jean-Baptiste de Malone, et ce qui ia distingue le mieux de toutes les autres du même nom qr'i existent au Canada ou aux Etats-Unis, c’est l'heureuse pensée qu’elle a eue de mettre le surplus de ses épargnes entre les mains et à l'usage de l'église. Qu'arrive-t-il, en effet ? C’est que tout en assurant le sort de ses membres contre les épreuves de l'avenir, elle pourvoit, presque sans s’en apercevoir, à l’entretien de cette église, à l'honneur du culte sacré, de telle sorte qu'il n’est jamais nécessaire, à Notre- Dame, de recourir, pour cet objet, aux souscriptions ordinaires ou extraordinaires, qui sans cela seraient inévitables.
Les membres de la société Saint-Jean-Baptiste de Malone ont donc, sans avoir rien à perdre, tôut à gagner, et devant Dieu, et devant l'église, et devant la paroisse tout entière, qui profite de son industrieuse générosité.
Honneur à la société Saint-Jean-Baptiste de Malone !
IL n’est que juste de donner ici les noms des fondateurs et des premiers officiers de cette société.
Les voici :
Membres fondateurs.— M. l'abbé J. B. Legrand.
MM. J. B. Asselin, MM. Moïse Jubault, Julien Achins, Joachim Laberge, Thomas Aubry, Moïse Longtin, David Aubry, Joseph Lebœuf, Samuel Aubry, Jacques Lebrun, Joseph Beauvais, Eusèbe Lalime, Augustin Bruyère, Louis Langlois, Edouard Gherrier, Joseph Langlois, Adolphe Condon, Joseph Lamitié, Euchère Chauvin, Louis Lamitié, Joseph Crète, J. B. Mallet,
Joseph Dumas, ir, Joseph Ménard, Alexandre Dumas, Théophile Paquin, Joseph 3. Dumas, Narcisse Poisson, Louis Desnoyers, Jacques Peyrat, Charles Desnoyers, Sen. Eugène Surprenant, Charles Desnoyers, jr, Edouard Saint-Denis, Joseph Desnoyers, Narcisse Truchon, Frédéric Fillion. Augénard Viau.
Dosithée Hogue,