CHAPITRE II
es origines du temple de Notre- Dame-de-Montaigu se perdent dans la legende, comme celles de tous les sanctuaires illustres. La legende n'est pas Thistoire : en un sens, elle lui est superi-eure, comme la poesie est au-dessus de la realite, reflet affaibli de 1'ideal. II faut voir dans la conception legendaire 1'expression de ce qu'il y a de plus intime dans les croyances, de plus caracteristique dans le fond des faits, de plus imperieux dans les aspirations du cceur. Sous la trame exterieure des choses, le genie de rhomme plonge jusqu'a leurs causes cachees, et, par
1'audace de 1'imagination, il prete a celles-ci la vie, le mouvement. Cette ame des idees et des evenements, revelee a 1'intuition de 1'esprit et incarnee dans un recit, c'est la legende.
Que raconte celle-ci des origines du fameux Sanctuaire?
Un pretre brabangon, Louis van Velthem, chantre et chapelain de I'eglise de la Sainte Vierge de Sichem, nous a renseigne a cet egard. Dans sa chronique rimee, le Miroir historique (Spiegel historiaal) allant de 1258 a 1316 et qui fait suite aux narrations du celebre Jacques van Maerlant, voici ce que rapporte le chroniqueur.
Vers cette derniere epoque, entre Sichem et Diest. au pays de Brabant, dans le voisinage d'une source, se trouvait un chene dont le feuillage, de forme transversale, imitait assez bien une croix. La accouraient une foule de malades et d'estropies, dans 1'espoir d'y trouver la guerison de leurs infirmites. Les branches de 1'arbre etaient chargees de cein-
tures (scherpe) abandonnees par ces malheureux. Dans sa credulit6 naive, le peuple entourait ce lieu de traditions bizarres. Le pretre brabangon, ayec une liberte toute flamande, tance assez vertement tous ces recits (i).
On sait le role que le gui de chene jouait dans la religion des anciens Gaulois. Des historiens serieux crurent demeler, dans la veneration pour 1'arbre de Sichem, un reste de croyance druidique! Presque toujours les coutumes du culte national survivent a la conversion des races infideles. Indifferents en soi, ces rites furent sagement toleres par les missionnaires, impuissants d'ailleurs a les extirper. Us s'etaient incarnes dans les moeurs des peuples, et transmis a travers les ages avec les chants de combats et le souvenir des ancetres. Lldee chretienne donnait a ces coutumes un sens plus eleve :
elle les consacrait par quelque pratique du
(i) Voir E. van Even, Oogslag op het steedje Scherpenheuvel , page 14 suiv. Diest, Havermans, 1845.
culte, et leur faisait perdre le vice de leur origine.
Nous nous garderons de nous attarder sur ces conjectures des annalistes. Louis van Velthem lui-meme nous apprend que la confiance des malades dans le chene de Sichem ne dura qu'une demi-annee. Pour justifier la celebrite qu'il devait bientot acquerir, il a done fallu des motifs plus puissants que le culte du gui! II n'est pas difficile de les pressentir.
En parcourant la colline ou s'elevait 1'arbre des infirmes, quelque pelerin, peut-etre quelque pretre de retour d'un voyage aux Lieux Saints, aura songe a ce que raconte la Genese de .la ville de Sichem, en Palestine ?
Lorsque sur 1'ordre de Dieu, le patriarche Abraham sortit du sein de son peuple, il passa par ce point de la terre de Chanaan, et s'arreta au pied du mont Ephrai'm, dans la plaine d'Esdrelon, sous un chene eleve qui s'appela depuis Ela de Sichem (le chene de Sichem). L'arbre, d'apres les geographes, se
serait trouve entre Sichem et la Vallee illustre. C'etait une terre historique. Par le Nord elle confinait a la montagne d'Ebal, Tun des plateaux les plus desoles de la Palestine. Au Sud, elle touchait le mont Garizim. 'avait ete en ce lieu que, sous le terebinthe de Moreh, Abraham entendit les promesses de Jehova, et qu'il erigea un autel au Seigneur. La Jacob acheta un champ a Hemor le Chananeen, et y fit creuser un puits. Dans les environs , Joseph arrive d'Hebron fut envoye vers ses freres, et vendu par eux a des marchands Ismaelites. On y montre encore son tombeau.
Saint Jerome et le Venerable Bede assurent qu'autour du chene de Jacob et de la fontaine fut construite une eglise chretienne.
Plus tard, a proximite de Sichem, s'eleva la florissante ville de Naplouse, la plus pittoresque des cites palestiniennes.
L'arbre et la source du pays brabancon ont pu evoquer le souvenir du chene et du puits bibliques. La ressemblance des noms etait certes assez lointaine, puisque la petite
ville flamande est appelee dans les vieux documents Sichene ou Sicken. Mais par ces temps, on ne s'arretait pas a pareil scrupule. Peut-etre, aussi, la presence d'une eau vive, dans ces landes incultes et arides, aura attire aupres du chene de Sichern les malades des environs. Facilement, la croix grossierement figuree par les branches sera devenue un embleme venere.
Sans doute, pour accroitre la renommee du lieu, une image de la Vierge aura bientot orne le tronc seculaire. C'etait rimmemoriale coutume de nos peres de susrjendre aux arbres le simulacre des saints intercesseurs, comme leurs ancetres germains y placaient les statuettes de leurs dieux. Vraisemblablement toutes ces causes se seraient reunies, pour creer au chene de Sichem une popularite qui ne fit que grandir, sous la benediction du ciel.
Quoi qu'il en soit de ces hypotheses a jamais obscures, le recit de Louis van Velthem nous a livre, au jugement des philologues,
1'etymologie de Montaigu. Le chroniqueur signalant les ceintures de panetieres appendues aux branches du chene par les malades nomme celles-ci, en son idiome brabancon : scherpe. Q'aura ete a 1'occasion de ces hommages de 1^ reconnaissance que 1'endroit aura pris le nom de Scherpenheuvel.
C'est ce qu'a etabli, dans un travail plein de sag-ace erudition, un jesuite beige, le R. P. F. Kieckens (i).
Au temoignage de Philippe Numan, greffier de la ville de Bruxelles, vers 1400 deja, le chene aurait abrite une petite statue de la Mere de Dieu (2).
A quelle date precise 1'arbre regut-il cette premiere et publique consecration a .la Mere du Sauveur ? Quelle main pieuse avait ap-
(1) Pr&is historiques, 1875; 15 aout, i er article.
(2) historic van de mirakelen van O. L. V. van Scherpmheuvel) Brussel 1606, p. 28, 29. Abrlgi des miracles, des graces et merveilles, avenues a 1'intercession de la glorieuse Vierge Marie honoree a Montaigu, par un pretre de la congregation du dit lieu (Oratoriens) Louvain, Denique 1706, p. II suiv.
porte, dans ce lieu solitaire, 1'image de la douce consolatrice des affliges? Les documents sont muets la-dessus. Le nom de ce Chretien fervent n'a pas survecu dans la memoire des hommcs. Mais quelle qu'ait ete sa condition ici-bas, honneur a cette ame simple et confiante ! Dans 1'humble hommage de sa foi, elle a fonde pour ses freres un foyer de salut, une source toujours vive de graces et d'esperance.
Un siecle plus tard, a peu pres, un berger passant aupres de 1'arbre avec son troupeau trouva la statuette par terre, et semit en devoir de 1'emporter dans sa maison Soudain, assure la legende, une force inconnue le cloua au sol. Son maitre, apres 1'avoir cherche longtemps, le retrouve enfin, presque hors de lui, et comme rive a sa place.
Le patre raconte 1'evenement. Par un secret pressentiment, on remet 1'image sur le chene ; aussitot, le captif se sent delivre de 1'invincible entrave. Le peuple comprit que, desormais, la Vierge voulait etre invoquee . en
ce lieu, visite par tant d'infortunes. Bient6t les foules y affluerent de tous cotes, les malades surtout.
L'antiquite de ce recit fut confirmee, sous la foi du serment, par quatre vieillards des notables de Sichem : Arnold Van den Eynde, Jean Monboers, Jean Swinnen et Alart Van den Bogaerde. Ce qui, du moins, est incontestable, c'est que la renommee de la sainte statue croissait chaque jour.
En 1578, raconte Famien Strada, I'elegant historien des guerres des Pays-Bas, Alexandre Farnese, prince de Parme, sur le point de commencer le siege de Sichem, tombe au pouvoir des gueux, vint publiquement offrir ses hommages a la Dame du Chene. Spectacle qui peint bien cette epoque! L'homme de la guerre venerant, dans sa fierte stoi'que et dans sa foi castillane, la Reine aimable de la Paix!
Un autre contemporain, Philippe Numan, ecrrvait, en 1606, que depuis une epoque impossible a fixer, de tous les endroits d'alentour, on venait implorer la Vierge puissante,
dans les peines de Tame et pour toutes les necessites de la vie.
Godefroid van Thienwinckel, historien du sac de Sichem, ajoute que lui-meme, fort malade de la fievre, fut mene par ses parents au celebre pelerinage, et qu'il y obtint sa guerison.
Soudain la nouvelle courut que la statuette du chene avait disparu ! Elle avait ete renversee, sans doute, par quelque ouragan, ou plutot enlevee par les Gueux, qui devasterent nos contrees depuis 1578 jusqu'en 1586. Un echevin de Sichem apprit qu'une pieuse veuve de Diest, Agnes Fredericx, sacristine de 1'eglise suburbaine de Tons les Saints (Allerheyligen), possedait une image de Marie, dont elle faisait grand cas. II obtint que cette modeste ebauche de bois fut replacee sur le chene. Les nouveaux prodiges, dont le pelerinage devint 1'occasion, firent juger qu'on avait retrouve rembleme venere. L'e zele d'Agnes a racheter les objets de devotion
tombes aux mains des gueux autorise cette conjecture.
Ce n'est toutefois qu'une conjecture; nous n'avons garde de le dissimuler. En 1622, Andre Streithaagen,lepoete de la Vierge deMontaigu, deplorait la perte de I'image primitive , et se consolait a la pensee que les prodiges saints n'avaient pas diminue dans le sanctuaire (i).
Certes, il eut ete doux a la piete populaire de venerer, avec une assurance certaine, 1'antique statue du chene ! Mais elle n'etait que 1'humble symbole de la toute puissante Mediatrice. C'est la foi qui attire le secours d'en
(i) Hinc in honore locus : sedenim periisse fatendum est
Hancstatuam : periit, vine dolove, latet...
Spectari populis illic Nazarieia Virgo
Desiit, at cultus qui fuit ante, manet.
Non minus ad solitum veniunt loculumque locumque ;
Nee minus et solitam Diva ministrat opem !
En ego, si nescis, fateor semperque fatebor,
In statua proprie numinis esse nihil !
De Virgins Aspricolli, Libri IV. Colonise Agrippinse,
apud J. Kinckium, 1622.
haut ; celui-ci demeura la recompense des fervents visiteurs du sanctuaire predestine.
La zelee sacristine de Ter Heyligen avait, peut-etre, remis a 1'echevin de Sichem, pour la placer sur 1'arbre beni, quelque image arrachee par elle aux eglises de Diest, avant le pillage des gueux (1580). On a pense, sans preuves toutefois, que ce pouvait etre la celebre Dame des miracles tant honoree dans 1'eglise de S. Sulpice et richement dotee par les Diestois (i). Qu'importent ces incertitudes de detail ? Montaigu resta le centre privilegie des faveurs celestes.
Deja, a cette epoque, Arnould Van Inde, habitant de Sichem, assurait avoir vu de ses yeux plus de deux cents guerisons extraordinaires operees a 1'intercession de Marie.
Les soldats en garnison a Diest avaient recours a Notre-Dame du Chene, dans les fievres si communes en Belgique au xvi e et au xvn e siecles. Le conseil municipal de Si-
(i) Voir Raeymaekers, Kerkelyk Diest. Leuven, Karel Peeters, 1870, p. 36, 116.
chem temoigna plus d'une fois de ce concours (i).
Vers 1587, le jesuite Thomas Sailly, confesseur d'Alexandre Farnese et aum6nier des armees espagnoles en Belgique, conduisait au pelerinage de Montaigu les soldats infirmes des lazarets de Sichem et de Diest. Son confrere, Walter Talbot, y menait frequemment les recrues iiiandaises, au recit de Numan. La foi de ces fideles serviteurs de Dieu et du roi obtint plus d'une fois des graces manifestes.
Un courant d'irresistible ferveur entrainait les populations vers le lieu appele a une si eclatante celebrite.
Pendant le careme de 1602, Godefroid Van Thienwinckel, cure de Saint-Eustache de Sichem depuis 1576, fit clever aupres du chene un petit sanctuaire de planches, ou il plaga la statue reveree (2).
(1) Van Even, ouv. cite p. 27.
(2) Godefroid mourut en 1616. Selon M. van Even, on conservait au presbytere de Sichem une histoire manuscrite de Sichem, faite par le venerable pasteur, et pleine de details curieux sur cette epoque orageuse.
L'archeologue Antoine Sanderus nous a conserve la forme de cet edicule (i) : il avait six pieds de long sur cinq de large, et sa modeste facade etait percee de quatre ouvertures etroites en guise de fenetres, separees par des pilastres de bois plat. Le toit en soupente etait surmonte d'une croix de bois, de la forme la plus rustique.
Rien n'est melancolique comme la planche sur cuivre, representant, dans le bel ouvrage de Sanderus, la petite chapelle du pelerinage. Celle-ci occupe le fond de la scene. Par endroits, quelques arbres rabougris, de hautes ronces, un sol inegal ; au-dessus, le ciel nuageux et mobile de Campine. Mais on ne contemple pas sans attendrissement ce site sauvage. Son aprete attire, sa tristesse captive ; il y a je ne sais quel charme sur cette solitude en desolation.
Donnons, en passant, un souvenir emu aux hommes de bien qui furent les premiers promoteurs de la devotion envers Notre-Dame du
(i) Chorographia Sacra Brab. Tome III.
Chene. Lorsque, il y a une vingtaine d'annees, il plut au Seigneur de provoquer dans la vieille Europe et jusque dans les lointaines AmefiqueSj un mouvement soudain de ferveur religieuse, ce fut a une pauvre enfant des montagnes pyreneennes qu'il manifesta ses desseins. N'est-ce pas' le conseil d'en haut " d'exalter les humbles, et de porter par eux les conseils de la misericorde celeste aux generations ?
Le zele de Godefroid Van Thienwinckel regut sa recompense. Des 1603, lors de la fete de la Nativite de Marie, la maisonnette de bois vit se prosterner sur son seuil jusqu'a vingt mille pelerins, accourus de tous les points des Pays-Bas. Notre-Dame du Chene devint la patronne de la contree. Les princes de ' 1'aristocratie se confondaient dans la petite chapelle avec les desherites de la terre (i).
Cinq mois apres la construction du sanctuaire de bois, Numan put compter jusqu'a cent trente-cinq bequilles offertes a la Vierge.
(i) Numan. Ouv. cit.
On citait des guerisons surprenantes. Au mois de mai 1602, Petronille de Riddere, femme de Lambert Baudewyns, cuirassier du ban de Grobbendonck, recouvra la vue aupres de 1'arbre de Marie, dans des circonstances veritablement merveilleuses. Cette femme, an temoignage de ses contemporains, avait epuise tous les remedes de Tart ; sa cecite, survenue a la suite de douleurs nevralgiques, ne faisait qu'augmenter. Une amie s'offrit a la conduire a Montaigu, lui racontant les prodiges qui s'y operaient. Petronille accepta. Elle entreprit le rude pelerinage, et comme elle montait la colline, elle sentit ses douleurs diminuer : confusement les broussailles et les arbres du coteau commencerent a lui apparaitre. Arrivee au pied de la chapelle, elle aper^ut d'une facon tres nette la petite statuette. Quittant le bras de sa compagne, elle alia d'un pas assure jusqu'a la source voisine. La elle lava ses yeux, puis fit a loisir ses devotions dans le sanctuaire et retourna completement retablie a Diest.
Elle y demeure encore presentement (1606), en parfaite sante, ajoute le greffier Numan, et devant les membres du conseil de Bruxelles, elle a affirme sous serment ce que je viens de rapporter.
La gratitude des fideles eclatait, des cette epoque, dans les presents dont ils se plaisaient a enrichir le nouveau sanctuaire.
En 1602, le magistrat de Bruxelles envoya a Montaigu une belle couronne d'argent, pour obtenir la cessation d'une epidemie annuelle. Le bandeau du diademe portait ces mots : A la Reine des cieux, a la Tres-Sainte Mere de Dieu, la Vierge Marie, Bruxelles afflige de la contagion, 1'annee 1602. Peu de jours apres, la maladie arretait ses ravages, suivant des temoins contemporains cites par Philippe Numan. Le 8 decembre de 1'annee suivante, la religieuse cite d'Anvers offrit a son tour deux beaux lampadaires d'argent, pour les offices solennels de la Vierge.
La gloire de Notre-Dame de Montaigu franchissait nos frontieres. Le 8 octobre de cette
meme annee, Dorothee de Lorraine, veuve du due de Brunswick, fit don a la chapelle d'un riche devant d'autel. Eleonore de Gusman, premiere dame, d'honneur de 1'infante Isabelle, y ajouta un calice precieux. Nombre de fondations et de presents, ecrit Numan, vinrent enrichir le tresor de Montaigu.
La piete des pelerins leur faisait desirer d'emporter quelques parcelles du chene seculaire, au pied duquel s'accomplissaient tant de merveilles. Bientot 1'arbre en fut reduit a un etat fort precaire. Sur 1'avis du magistrat, on finit par le deraciner : une partie considerable fut offerte a nos archiducs Albert et Isabelle, et du bois qui resta on sculpta un grand nombre de statuettes de Marie, qu'aimaient a acheter les pelerins, en souvenir de leur excursion. Des abus, parait-il, se glisserent assez tot dans cette industrie. La race venale qui vit de 1'exploitation des choses saintes reva d'escompter la piete du peuple, et de vendre a bon prix les eraflures du chene!
Sur la demande du prev6t de la chapelie,
Josse Bouckaert, les archiducs reserverent a un certain Jean Petit le monopole de ce debit (i).
- (i) Voir Placaerten van Brabandt, I deel, p. 64. Ces statuettes, taillees dansle bois de chene de Montaigu, se repandirent bientot de lous cotes. L'eve'que d'Anvers, Jean le Mire, avait donne une de ces images a Robert, abbe de la celebre abbaye de Villers. Elle fut placee dans un oratoire de pierre, sur une montagne voisine de 1 'abbaye, sous le vocable de Notre-Dame de Montaigu. Dans les eglises de St-Gommaire de Lierre, de Saint-Charles d'Anvers, de St-Jeari de Malines, et chez un certain nombre d'habitants de Montaigu, 1'on conserve encore de ces pieux objets. La France en possedait une assez grande quantite. A Douai, notamment, il s'en trouvait dans les eglises de la Vierge, de Saint-Pierre et des PP. Jesuites; aLyon, chez les PP. Jesuites; a Belfontaine, en Bourgogne ; a Dole, a Chambery, a Besancon. La paroisse de Bargemen, au diocese de Frejus, honorait une de ces images de la vierge de Montaigu, qui devint 1'objet d'une devotion extraordinaire. Le concours des pelerins persista jusqu'a la fin du dernier siecle ; le couvent ou la Vierge veneree etait exposee fut malheureusement detruit, a cette epoque. Grace auxsoinsdu zele pasteur actuel,M. 1'abbe Dupui, la veneration pour Notre- Dame de Montaigu se reprend a fleurir. Le plus connu des pelerinages frangais de la Vierge de Montaigu etait celui de Tournon, dans le Languedoc ; une de ces images y fut envoyee, dans la residence des Peres Jesuites, en 1614, et placee surun reposoir somptueux : on lui attribue un grand nombre de miracles. Un Peve de la maison de Tournon ecrivit une histoire des miracles de N.-D. du Chene de Montaigu en Brabant . Bien avant que la sainte grotte de Lourdes se vit en quelque sorte multipliee sous toutes les latitudes, par la piete des
Numan ajoute que 1'image, deja fort delabree, fut peinte pour la premiere fois en
La renommee de Notre-Dame de Montaigu etait parverme jusqu a la cour des archiducs Albert et Isabelle, gouverneurs des Beiges pour le roi catholique. Ces princes pieux deciderent d'elever a 1'auguste Vierge un edir fice moins indigne de la ferveur des pelerins.
peuples, 1'on vit, en divers lieux de la Belgique et de 1'etranger, s'elever des chapelles en 1'honneur de la douce Vierge de Montaigu. Citons, avec le sanctuaire de Notre-Dame de 1'abbaye de Villers, 1'edicule de 1'allee des Princes dans le beau chateau d'Everberg, appartenant a 1'illustre maison de M erode ; la chapelle des Celestins d'Heverle, presLouvain; celles des couvents des Ursulines, et des Annonciades, dans la ineme ville. Andre Streithaagen parle dans les terines suivants des statuettes taillees dans le bois du cliene :
Quod superest Aspro rapitur de colle Sichemo, Etpartem a sacro robore quisque petit.
Pars Divse vultum sculpunt, simul sacraque parva Quaque coli fas est relligione colunt.
Pars tenues cyathis partes et frustula miscent Fert que salutiferam pluribus haustus opem.
(i) Dekkers. Wonderdadig Beeld van 0. L, V. van Scherfenheuvel. Loven. Fonteyn, 1859, p. 9.
Le 19 aout 1603, le comte Frederic Van den Berg, general des troupes de Boxmer et grand marechal des armees espagnoles, vint a Montaigu, pour y poser, au nom de ses maitres, la premiere pierre de la nouvelle chapelle.
Le 13 juin de 1'annee suivante, fete de la Sainte-Trinite, Mathias Hovius, docteur de Louvain et archeveque de Malines, en fit la dedicace. Sanderus nous a laisse une gravure du modeste monument. II etait construit sur le modele des sanctuaires de Tepoque, en style ogival de transition, si toutefois Ton peut caracteriser de la sorte les constructions beiges de ce temps. La fagade etait precedee d'un petit portail en saillie; au-dessus de celuici s'ouvrait une grande fenetre : quatre vitraux lanceoles eclairaient la nef qui etait assez considerable. Sur le toit se dressait un. gracieux clocheton. Trois autels ornaient le sanctuaire; celui du milieu, surtout, en bois de chene sculpte, etait d'un bon travail. Quatre confessionnaux y etaient disposes en faveur des pelerins. Les murs de la chapelle, ecrit Numan,
furent bient6t converts d'ex-voto, de grands cierges ornes de fleurs, d'emblemes, de rosaires d'or et d'argent.
A cette epoque, les gueux n'osaient plus precipiter sur nos cites leurs bandes furieuses, qui tant de fois avaient seme, sur leur passage, le pillage et la mort. En 1604, cependant, la veille de la Nativite de la Vierge, Montaigu fut, a Timproviste, surpris par une troupe de ces forcenes. La publication recente des indulgences avait exaspere les sectaires. Us reduisirent en cendres un certain nombre de maisons et les baraquements ou les pelerins avaient coutume de passer la nuit. Ne pouvant incendier facilement la chapelle, ils se contenterent de mettre le feu au maitre-autel(i). Alors perit le beau tableau de la Vierge, present de Guillaume de Nassau, seigneur de Diest : il avait coute onze cents florins. Par bonheur, les chapelains avaient pu sauver a temps Timage de Marie. A la demande de 1'arche-
(i) Voir Numan, ouv. cite, p . 48 et 24. Et la Kronijke van Nikolaus Valvekns, tiree des archives de la celebre abbaye de Pare, pres Louvain (1680).
veque, les jesuites aidaient le clerge a entendre les confessions, aux jours de fetes. On confia la statuette sainte aux soins du R. P. Bernard Olivier, provincial de 1'ordre, qui la porta dans un chateau voisin. Le celebre Cornelius a Lapide s'etait, de son c6te, cache avec 1'ostensoir sous un rideau de broussailles (i). Deux ans plus tard, le noble comte Frederic Van den Berg fit placer sur 1'autel restaure par ses soins un tableau de la Naissance du Sauveur, ceuvre de Henri de Clerck, de Bruxelles. C'est la toile que Ton voit encore dans la sacristie actuelle. L'autel qu'elle de-
core est celui de 1'ancien sanctuaire. Le petit trone qui surmonte le tableau portait la venerable statuette ; il est sculpte aux armes d'Espagne. Sur 1'autel se dresse un Christ d'ivoire d'un travail remarquable. Ces objets proviennent egalement de la chapelle de pierre -(2).
(1) Voir la Chroniqtie d'Averbode. Afbeelding van de eerste eeuwe der Spcietijt Jesu. Antwerpen, in de plantijnsche drukkery, p. 566. Dekkers, ouv. cit., p. 12. R. P. Kieckens, art. cite.
(2) Us ontete rafraichis en 1830 par un habile artiste de He"renthals, M. Willems.
Vers ce temps-la, Maurice de Nassau, successeur et fils de Guillaume, assiegeait s'Hertogenbosch. (Bois-le-Duc). La situation etait critique. Les pieux Archiducs promirent de faire un pelerinage a Montaigu, au cas ou le siege serait leve avec honneur. Quelques jours plus tard, le valeureux Ambroise Spinola donna la chasse a Tennemi. Avant de rentrer dans sa capitale, Albert voulut remercier dans le sanctuaire qu'il lui avait eleve sa puissante Protectrice, et il lui offrit a cette occasion de somptueux presents.
Le 20 novembre, les Archiducs retournerent a Montaigu accompagnes des gentilshommes et des dames de leur cour. Longtemps ils demeurerent prosternes devant 1'Image reveree. Sur le soir, ils se retirerent a Diest pour s'y preparer a la sainte Communion. Le lendemain, ils vinrent a pied dans le temple ou ils entendirent trois messes. Pendant la premiere, 1'Archiduc et 1'Archiduchesse s'approcherent seuls de la sainte Table. La maison noble communia sous la seconde messe; et du-
rant la derniere, les autres personnes de la suite firent a leur tour leurs devotions.
L'Archiduchesse revint trois jours consecutifs de Diest a Montaigu. A chaque fois, elle fit present a la Vierge d'une robe en travail d'or et d'argent, surchargee de diamants et de pierres precieuses. La Princesse avait confectionne elle-rneme ces riches vetements. Deux de ces parures existent encore, mais les diamants en ont ete enleves.
De fait, observe le savant archeologue de Louvain, M. Edward van Even, ce fut du temps des Archiducs espagnols que s'introduisit la mode de cacher sous des robes de soie ou de brocard les statues saintes. On sait ce qu'il en couta pour extirper cette disgracieuse coutume, si funeste a 1'art.
Ce fut encore en cette occurrence que les nobles Princes donnerent a 1'eglise un splen-
dide ornement d'autel en soie blanche, dont on se sert encore aujourd'hui. Albert, sur sa cassette privee, fit un legs important pour Tornementation et 1'achevement de la cha-
8o LA LEGENDE ET LES ORIGINES
pelle. On admira longtemps, dans le tresor de 1'eglise, le disque en argent, de forme ovale, sur lequel 1'Arcliiduc avait offert a la Vierge des bijoux qu'il avait recus de Mahomet III, empereur de Constantinople, et des joyaux de prix qu'il tenait de Mathias et de Rodolphe d'Autriche. Au milieu brillaient en repousse les saints Noms de Jesus , de Marie et de Joseph. A la partie superieure etait representee la scene de Jesus parlant du Royaume de Dieu a la femme de Samarie. L'autre cote figurait le bapteme du Christ. A droite se voyait Sainte Therese ; a gauche, Saint Jean de la Croix.
Le siege d'Ostende fut leve bient6t apres celui de Bois-le-Duc : il avait dure depuis le 5 juillet 1 60 1 jusqu'au 22 septembre 1604, et couta au pays sept millions de florins. Isabelle attribua le succes de ses armees a la Reine auguste dont la puissance s'etait deja revelee avec tant d'eclat. Dans sa foi reconnaissante, 1'Archiduchesse donna' au pays un touchant spectacle. Elle vint de Bruxelles a
Montaigu, et, quittan't sa chaussure, elle fit, a la maniere des suppliants, plusieurs milles de chemin, par des routes montueusesetpeusures encore. On reconnaissait bien la cette vaillante heroine qu'on avait vue a Gand, quatre annees auparavant, passer a cheval devant ses regiments anxieux de se voir prives de la paie militaire, et leur dire qu'aussi longtemps qu'elle possederait un bijou, il y aurait de 1'argent dans le tresor, pour ses braves soldats.
Les Archiducs avaient, par leur initiative et leur munificence, donne une vive impulsion a la devotion de Notre-Dame-de-Montaigu. Us avaient prepose a la nouvelle chapelle un recteur plein de zele et de vertus, Barthelemy Tichon, plus tard gardien du Tresor du Saint Sacrement de Miracle, a Bruxelles, et chanoine de la Collegiale de Sainte-Gudule. Us tenaient encore a trouver au celebre pelerinage un historiographe d'elite, L'Infante avait deja fait son choix dans cette entreprise.
Des le lendemain de leur inauguration
comme Dues de Brabant (1599), les gouverneurs avaient visite leur ancienne capitale de Louvain.
Cette cite etait moins fiere de sa grandeur passee que de son universite, alors a lapogee de sa gloire. Les Archiducs avaient assiste a une legon de Juste-Lipse, le grand humaniste qui tenait en ce moment, avec Jacques Casaubon et Joseph Scaliger, le sceptre des lettres savantes.
Devant un auditoire si nouveau, avec une delicatesse parfaite, le maitre avait commente les principales parties du traite de Seneque le stoi'cien sur la clemence. L'enthousiasme des auditeurs et de la Cour se trouva an niveau de 1'eloquence de 1'ingenieux interprete.
II devait etre facile de bien parler de clemence et de generosite devant Isabelle, devarit Albert, salues par la posterite du nom populaire de bons Archiducs. L'Infante n'avait pas oublie le brillant professeur. Elle savait que Juste-Lipse, revenu enfin de sa longue versabilite, joignait a la passion des hautes
etudes, une tendre devotion a Marie Immaculee, Patronne seculaire de 1'Ecole de Louvain. II se montrait aussi jaloux de la qualite de membre de la Sodalite que de son titre de Docteur : lui-meme se vantait de ne jamais manquer aux reunions de la Congregation, et il ne rougissait pas de demander a ses amis de 1'excuser pour quelques instants, lorsque 1'heure de se reunir a ses confreres les surprenait dans leurs doctes colloques.
Apres la levee du siege d'Ostende, avec cette grace qui, en elle, etait si charmante, la Princesse demanda au docteur d'ecrire les origines du cher sanctuaire de Montaigu et le fecit des prodiges qui s'y accomplissaient.
Juste-Lipse avait deja publie, en 1604, Thistoire de Notre-Dame-de-Hal (Diva Hallensis).
L'humaniste promit d'acquiescer au desir de 1'Infante: des 1'annee suivante (1605), sortit des presses des Plantins 1'opuscule qu'il intitula : la Vierge sainte de Sichem (^Diva Virgo Sichemensis) (i).
(i) C'est un livre in-4 de 75 pages.
Dans la latinite elegante mais affectee de son temps, Juste-Lipse decrivait les origines de la devotion a Notre-Dame-du-Chene, et les graces obtenues a son intervention. Dix-huit annees plus tard, au soir de sa vie, il voulut completer ce travail, en y ajoutant les derniers prodiges operes par la puissante Mediatrice de Montaigu (i). Henri van de Putte (Erycius Puteanus), le successeur de Lipse, dans la chaire des Lettres latines,devaitegalement,ala demande de l'Archiduchesse,reprendre le recit des miracles de Montaigu, au point ou 1'avait laisse son illustre devancier (2).
Une annee apres Juste-Lipse (1606), d'apres
(1) Diva Virgo Aspricollis: Nova ejus beneficia et admiranda, in ordinem selecta. Lovanii, apttd Henricum Hastenium, 1623.
(2) Diva Virgo Aspricollis^ Beneficia ejus et miracula novisstma, Lovanii. Apud Henricum Hastenium, 1622. A la fin de 1'epitre dedicatoire a Isabelle, Faustus, fils de Henri, adresse a son pere cette epigramme, a la mode de 1'^poque :
Magnum magna jubet scribendi ISABELLA laborem : Scribe, Pater ! poteris, namque Isabella jubet.
Diva jubet; poteris. Magnte hsec sunt au/xara div^. Illius hie fiet 0u/ta favore liber !
le desir de Mathias Hovius, archeveque de Malines, Philippe Numan, greflfier de la ville de Bruxelles, ecrivit, a son tour, en langue flamande la narration des prodiges dus a 1'intercession de Notre-Dame-du-Chene, et par lui verifies (i).
L'Archeveque, aide de Jean le Mire, Eveque d'Anvers et Docteur de Louvain, avait sounds a un examen severe ces graces extraordinaires, et reconnu leur verite.
L'esprit d'impiete ne pouvait manquer d'entraver Telan de la ferveur populaire. Un Calviniste, Antoine Laenen, chevauchant avec d'autres hommes de guerre pres du sanctuaire de Montaigu, s'etait repandu en moqueries centre la sainte Image. II montait un cheval borgne, et s'ecria en . sa plaisanterie pleine de sarcasme : O Dame de Montaigu! toi qui rends la vue aux aveugles, fais done que mon cheval voie ! Tout a coup le blasphemateur perd
(i) Brussel, bij Rutgeert Velpius, in den Gulden Arentby het Hof, in 't jaer 1606. Numan, note M. Van Even e'tait bon poete flamand et fut enterre a Bruxelles en 1607, dans 1'eglise des Freres-Mineurs.
1'usage de la vue, en presence de ses compagnons. Lui-meme, effraye et repentant, attesta le. prodige devant le conseil et le peuple de Weert : Philippe Numan emprunta aux archives de la commune le recit authentique de ce chatiment visible (i).
Des vagabonds de la contree se joignirent a ces ennemis du dehors. Les hauteurs et les landes de Montaigu etaient encore desertes :
des loups s'y montraient frequemment, avec des troupes de chiens en liberte, d'une grande ferocite. Les bruyeres avoisinantes etaient couvertes de bois et de broussailles, dont les fourres semblaient excellents pour un coup de main.
Des gens sans aveu y attendirent le passage des pelerins. Un certain nombre d'entre ceuxci furent devalises ; quelques-uns maltraites et mis a mort. Le bourgmestre de Sichem, Antoine van BoQchaut, parvint a s'emparer des coupables ; ils expierent leur forfait dans des
(i) Voir R.P Geraerd de Montenaeken, de 1'ordre des Freres- Mineurs. Historic -van 0. L. Vroitw -van Maestricht, Loven, by Jan Maes, 1 612, ap. Dekkers, p. 16.
supplice's conforrhes au terrible droit criminel de ce temps.
Mais des epreuves plus redoutables, peutetre, etaient reservees au culte de Notre- Dame de Montaigu. Pour des motifs inconmis,> un soldat italien appartenant a Tarmee espagnole Simula une maladie bizarre dont il pretendait guerir a Montaigu. II profitait de ses excursions pour se livrer a d'affreux blasphemes contre le Christ et sa sainte Mere. La supercherie fut decouverte, et le fantassin, apres un chatiment exemplaire, se vit banni du territoife de Sichem. II ne tarda pas a y revenir pour recommencer ses imprecations. Tombe aux mains du magistrat, il fut dirige sur Louvain, et condamne a une reclusion rigbureuse.
Ce ne fut pas la seule tentative de ce genre. Vers 1606, une femme se faisant appeler la Comtesse de Geneve arriva a Montaigu. Assurant que son fils age de cinq ans, jadis aveugle, sourd-muet et paralytique, avait ete gueri par Notre-Dame de Montaigu, elle demanda que
cet enfant de prodige fut baptise en 1'eglise de St.-Servais a Liege. On s'apercut a temps qu'on avait affaire a une bardie intrigante. Les infirmites aussi bien que la guerison de son fils etaient de pure invention ! Le Conseil de Brabant condamna 1'etrangere a une peine severe.
Le 6 novembre 1605, peu de temps apres la levee du siege d'Ostende, Albert avait accorde aux habitants de Montaigu les franchises qu'il avait octroyees a ceux d'Ostende. II songea en outre a rendre plus praticables les routes conduisant au Sanctuaire. Le prince fit planter la colline d'ormes et d'acacias. Sous les ombrages, il fit representer, par des bas-reliefs disposes en quatorze chapelles, les joies et les douleurs de Marie. Sept de ces petits temples seulement furent acheves. Albert accompagna cesliberalitesd'autres presents. Montaigu regut un devant d'autel et un ornement complet en tapisserie de haute lice, pour la celebration des offices solennels (i). Rome voulut s'as-
(i) Get ornement est actuellement hors d'usage. II est de couleur verte. On voit au Tresor le devant d'autel.
socier a la generosite du prince. Le Pape PaulV, parunbref du 16 septembre i6o6,conceda aux pelerins du renomme Sanctuaire le bienfait d'une indulgence pleniere, aux conditions ordinaires, et des indulgences partielles considerables. Sans doute, ces liberalites du chef de la chretiente, et aussi le continuel accroissement des pelerins inspirerent aux magnanimes Archiducs la pensee d'edifier sur rernplacement de la chapelle de pierre, desormais insuffisante, le temple royal qui aurait transmis a la posterite les noms d'Albert et d'Isabelle, si le souvenir de leur regne pouvait perir dans le coeur du peuple beige.
En 1609, les princes firent creuser les fondements de 1'eglise. La premiere pierre fut posee le 2 juillet par les Archiducs eux-memes, en presence de toute leur cour, et de Matthias Hovius, archeveque de Malines. La pierre portait ces mots : Albert et Isabelle, archiducs d'Autriche, Dues de Bourgogne, ont eleve ce temple a la Vierge Mere de Dieu honoree a
Montaigu, le 2 juillet de 1'annee 1609 (-1).
Dans le cours de 1'annee suivante, le sanctuaire fut declare independant de 1'eglise Saint- Eustache de Sichem, et constitue en paroisse. La devotion a la douce Reine du ciel etait devenue pour Montaigu une source de prosperite. Le hameau renfermait deja a cette epoque trois cent quatre-vingt et un bonniers de terre. 11 fut reconnu comme commune independante, et de nouveaux privileges furent assures aux habitants par Isabelle en 1630; le prince d'Orange les confirma en 1640.
En depit du zele des augustes fondateurs et de 1'habile direction de Wenceslas Koeberger, leur architecte, les travaux de construction n'avancaient qu'avec lenteur. Les guerres avaient epuise le tresor. On le sait : a la mort dellnfante Isabelle, sa cassette privee se trouva dans un complet desarroi. Pour payer les
(i) Albertus et Isabella, archiduces Austrise, Duces Burgundise, etc. Divi Virginse Matri, quse in Aspi icolle coli velle se portendit, hoc templum funditus extruxere. A. 1609, mensis julii, die 2. Sanderus, Chorographia Sacra Brabantia, 1659, t. in.
legs de la princesse, on se vit force de vendre ses joyaux. Curieux detail ! il fallut les degager du mont-de-piete de Bruxelles ou depuis longtemps ils avaient ete mis en gage.
En 1617, PhilippelH fit reprendre la batisse un moment entravee. Le monarque consacra a cette oeuvre le revenu de sa flotte des Indes. L'Archiduc ne devait pas assister a I'achevement du temple aime "de Montaigu. Ainsi que 1'ecrit Erycius Puteanus dans son Epitre dedicatoire a I'Archiduchesse, le Prince, atteint deja d'un mal sans remede, voulut une derniere fois visiter le temple de Celle qui, bientot, allait rendre avec usure ses liberalites filiales. II mourut a Bruxelles, le 13 juillet 1621, pleure du peuple beige, dont il s'etait sincerement fait aimer, malgre son origine espagnole. Les Archiducs n'avaient pas de posterite. A Philippe IV, successeur de Philippe III au trone d'Espagne, echut 1'administration de nos provinces. Le prince fit .presser activement la construction du sanctuaire. Ce fat grace a son appui que la partie superieure
du dome fut terminee. Ses armes, en forme de couronne, occupent le sommet du lanterneau.
En 1627, I'archeveque de Malines, Jacques Boonen, put inaugurer le temple consacre par son predecesseur, pres d'un quart de siecle auparavant. L'Archiduchesse assista a la ceremonie, accompagnee du generalissime Ambroise Spinola et de toute sa cour. Avec quelle emotion elle dut voir s'elever dans les airs la majestueuse coupole, imperissable monument de sa piete et de la foi de son noble Epoux, dont I'ombreglorieuse semblait planer sur toute cette fete ! Le nouveau temple avait coute trois cent mille florins, somme considerable pour 1'epoque (i).
L'image miraculeuse avait ete placee sur le maitre-autel a 1'endroit oia se trouvait jadis, suivant la tradition, le chene de Sichem.
L'autel lui-meme recouvrait 1'antique tronc.
mutile. La chapelle de pierre avait ete demolie en 1613. Ses materiaux furent acquis par les
(i) Voir A. Wauters. Dllices de la Bdgique. Bruxelles, P- i77. Croat Kerheeyk tooneel -van rabandt, p. 67.
marguilliers du sanctuaire de Tous les Saints de Diest. Us servirent a la reconstruction de ce temple, mine comme tant d'autres durant les perturbations duxvi 6 siecle (i). C'eut ete une bonne pensee de conserver dans leur forme primitive la petite chapelle de bois et le premier temple, et de restaurer leur enceinte, pour les preserver d'une complete destruction. L'artiste et le pelerin auraient aime a les retrouver, non loin du dome somptueux, sous les ombrages de la colline. Ces vestiges d'autrefois eussent redit les origines du pelerinage. A la gloire presente se fut mele le souvenir de Thumble passe. On aime a se figurer la chapelle de pierre en son pittoresque aspect : les murs colores de cette nuance indefinissable, dans laquelle semblent se petrifier sur les monuments le soleil et les frimas, les vents, la pluie et les orages dans 1'inegale succession des jours; les fenetres ogivales, maintenant
(l) On conserve, au Tresor, un petit tableau fort curieux, qu'on croit etre la representation du sanctuaire de pierre, bien que certains details ne soient pas conformes a la description et a la gravure de Sanderus .
abri de 1'oiseau des solitudes et des passereaux familiers ; 1'autel de pierre couronne de mousse et de parietaires; et, au fond, les pans du chevet, amoitie ecroules, ouvrant de vastes echappees de vue sur les vallees, les collines 'et les sapinieres lointaines.
Cependant la pieuse Archiduchesse voulut mettre le comble a ses bienfaits. Avec 1'agremerit du roi d'Espagne Philippe IV et 1'autorisation de I'archeveque de Malines, Jacques Boonen, elle pria le PapeUrbain VIII d'accorder a Montaigu. une maison de pretres de 1'Oratoire institues cinquante annees auparavant a Rome par S. Philippe de Neri. Le cure de la petite ville, Josse Bouckaert, et les membres du conseil appuyerent la supplique de leur souveraine. Le Pape 1'accueillit avec honneur. Mais il voulait qu'on ne recut a 1'Oratoire que douze pretres; plus tard ce nombre fut trouve insuffisant, et Rome retira cette prescription devenue inopportune.
Aux religieux devaientetre devolusle service de 1'eglise et la charge de confesser les pele-
rins, Ce fut le 12 mars 1624 que les Oratoriens arriverent dans leur nouvelle residence, la premiere qu'ils possederent en Belgique. Josse Bouckaert fut prepose a la congregation naissante qui fut approuvee le 13 septembre 1627, par Urbain VIII. Ce digne pretre, ne en 1588 a Isque, dans la Flandre Orientale, avait pris a Louvain le grade de licencie en theologie.
Depuis longtemps, il desirait mener avec ses collegues une vie commune et se vouer au ministere de la confession en faveur des pelerins.
Le pape Urbain VIII autorisa le venerable pretre a reunir la cure de Montaigu, avec tous ses droits et privileges, a la presidence du couvent, et lui accorda la faculte de transmettre cette faveur a ses successeurs. Josse Bouckaert passa trente-deux annees en qualite de cure a Montaigu ; il devint ensuite doyen rural du district de Diest, et mourut sur le siege episcopal d'Ypres, en la fete de tous les Saints 1646, a 1'age de 63 ans (i).
(i) Josse Bouckaert fut enterre dans sa cathedrale. Son tombeau porte entre autres ces mots : At nee sic latet quern
L'insigne fondatrice de Montaigu semblait n'avoir youlu survivre a son noble epoux que pour achever son oeuvre.
Les historiens du temps ont signale la tristesse d'Isabelle a la mort de TArchiduc. Elle ' songea a se retirer dans un cloitre, mais le bien de 1'Etat prevalut, dans sa grande ame, sur ses desirs personnels. On fit comprendre a la Princesse quel malheur ce serait pour la Belgique de retomber sous le regime arbitraire de quelque gouverneur : on rappela la tyrannic recente encore du due d'Albe, 1'incurie de Philippe II. L'Infante aimait trop les Beiges pour s'obstiner . Elle fonda peu de temps apres un couvent de capucins, dans le voisinage de Tervueren. Souvent elle se retirait au sein de cette solitude, dans I'appartement qu'elle s'y etait reserve. Elle venait mediter la sur la rapidite du temp's qui avait rompu tous les liens, sur 1'eternite approchant a grands pas.
fama vetat mori.Hujus enim industria erecta est Aspricollensis Ecclesia, urbs ipsa condita, et congregatio venerabilium Sacerdotum ibidem instituta. Sanderus, dans sa Flandria illustrata, T, n, p. 3ii,donne le portrait de 1'eveque d'Ypres.
Elle couchait sur des nattes de jonc, reposant sa tete sur un rouleau de bois, que le peuple venera longtemps. Le i er decembre 1633 fut la journee supreme d'une si npble vie. Jusqu'a ragonie,rinfantefutfideleasa chere Damede-Montaigu, dont le souvenir lui apportait a ce moment tant de courage. Elle mourut souriante et calme, consolant ses officiers et ses dames d'honneur par ces gracieuses paroles qui lui etaient familieres.
Le couvent des Oratoriens, complement du Sanctuaire bati par nos princes, etait situe derriere 1'eglise. On peut se faire une assez juste idee de I'edifice sur le plan grave de C. Lauwers, sous la date de 1660. C'etait un batiment quadrangulaire confinant a de vastes jardins. L'aile gauche etait occupee par les religieux ; celle de droite servait de residence aux Archiducs durant leurs voyages a Montaigu. A 1'extremite de chaque c6te se dressait un joli pavilion a horloge. On y logeait les soldats blesses ou malades, connes aux soins des Freres. Entre les deux ailes s'etendait la
chapelle de la maison, vaste et bien aeree.
Un clocheton de genre rustique, a la mode du temps, couronnait la toiture. A une certaine distance du couvent, sur la gauche du portail de I'eglise de Montaigu, Ton voyait le college ou les religieux enseignaient les humanites. II etait assez ample, et d'une architecture simple et commode. La chapelle et le . refectoire servent encore aujourd'hui au pensionnat des Dames Ursulines. Jusqu'a 1'epoque de la Revolution frangaise, les Oratoriens vecurent paisiblement dans la retraite qu'ils devaient a la generosite des Archiducs. Leur vie etait exemplaire, et le bien qu'ils produisirent dans les ames est incalculable.
Hommes simples et droits, qui avez seme dans rhumilite la bonne semence de la parole et de 1'exemple, la posterite, sans vous connaitre, benit vos noms modestes ! Vous avez recu du Dieu juste la recompense de vos oeuvres. Tant d'ames sauvees, tant d'infortunes consolees, vos prieres, vos austerites, vos devouements vous ont fait dans les coeurs la plus enviable
immortalite. Souffrez du moins que de la terre temoin de vos labeurs s'eleve vers vous une pensee de pieuse reconnaissance !
Vers 1790, presageant le contre-coup de la tourmente revolutionnaire, les religieux se retirerent d'abord a Wesel et a Munster-sur-le- Rhin, et plus tard a Nordstrand, ile danoise ou il y avait un couvent de leur ordre. Us avaient transporte avec eux les plus precieux ornements de 1'eglise de Montaigu. Par un irreparable desastre, le monastere de Nordstrand fut reduit en cendres, et toutes ces richesses, tous ces chefs-d'oeuvre de la piete et des arts devinrent la proie des flammes.
L'incendie devora du meme coup le tresor des Oratoriens de Kevelaar, qui avaient aussi demande un refuge a leurs confreres du Danemark. Apres les dures epreuves du serment civil, du culte de la deesse Raison, du serment de haine a la royaute ; apres la deuxieme invasion des armees de la Republique, dans notre pays, le couvent des Oratoriens se vit frappe, par le conseil des Cinq-Cents d'imp6ts one-
reux. C'etait, sous 1'apparence d'un devoir civique,un decret de mine. Pour satisfaire aux exigences de la Republique, les religieux durent vendre jusqu'aux vases consacres. Mais ce n'etait la que le prelude d'autres exces. Le jour de I'Epiphanie i797,les Oratoriens de Montaigu furent chasses de la chere maison ou ils avaient passe, dans la paix de Dieu, tant de jours feconds et fortunes. Quarante gendarmes de Diest, requis par le commissaire du pouvoir executif Van de Goor, s'emparerent de tout ce qui se trouvait dans le couvent. Ils firent monter dans une charrette le superieur, M. Van Baelen et ses confreres, MM. Vliegen, Van Hesewyck, De Noot, Kerkhofs, suivis des gendarmes et du juge de paix Delder. Lesproscrits furent diriges sur Aerschot : la, ils passerent la nuitdansThotellerie dite le <Maure(de fMoriaen). M. Van Baelen trouva moyen de s'echapper en traversant a la nage le Demer, d'ou il gagna la Campine a la- faveur dun deguisement. Ses infortunes compagnons furent incarceres a Louvain, a Bruxelles, a Valenciennes et enfin
DU PELERINAGE IOI
transferes a Cayenne, sur les pontons des formats. Dans cette ile insalubre, ces hommes de bien moururent de misere et de mauvais -traitements, martyrs de leur devouement aux lois de TEglise.
Apres 1'expulsibn des religieux, leur couvent fut vendu pour une somrne derisoire a un Louvaniste, du nom de Pyroles. Obere de dettes, peu beni dans sa bonne fortune, celui-ci dut ceder les batiments restes debout a d'autres acquereurs, et la fabrique de 1'eglise de Montaigu rentra en possession des debris informes du monastere.
Un pretre assermente du nom de Verbeke, dtait venu de Bruxelles s'installer dans le Sanctuaire de Notre-Dame. II celebrait le Dimanche une messe a laquelle n'assisterent jamais les habitants. Ceux-ci faisaient offrir le saint-sacrifice dans le couloir souterrain conduisant de 1'ancien couvent a reglise.
Le commissaire de la Republique, Bonnardel, profita de la vente du monastere, pour s'emparer des cloches. II fit-Jeter par les fenetres
de la tour celles qui etaient de moindre dimension : les grandes furent brisees a coups de marteau sur le clocher meme. Des habitants zeles cacherent la nuit une assez grande partie du metal. Celui-ci servit a fondre une nouvelle cloche, des que la tourmente revolutionnaire fut passee. On fit faire quatre autres cloches a Louvain ; leur poids varie de 800 a 5,600 livres. Mais, a 1'exception d'une seule timbale, le carillon etait perdu completement. C'etait une oeuvre importante, construite par Melchior de Hase, d'Anvers. La clochette qui echappa au pillage porte cette inscription :
Anno Domini 1659 Melchior T>e Hase me fecit Antverpice.
Le carillon lui-meme avait ete donne a Teglise de Montaigu, par le roi d'Espagne, Philippe IV, comme 1'attestent ces mots tailles dans une pierre de la tour : Dono Philippi regis. Auspiciis Doni Francisci Antonii d'Azurto, marchionis de I'Ord. d' Alcantara.
Thementes deste Esp.
Le concordat rouvrit au pelerinage Tere de
1'ancienne prosperite. Le dernier religieux de 1'Oratoire qui fut cure de Montaigu, P.-F.
Aertgeerts, de Meerhout, put saluer, dans la splendeur renaissante du temple bien-aime, le presage de 1'avenir et une compensation aux persecutions iniques dont ses freres avaient ete les martyrs.
Nous avons rapporte, d'apres les anciens historiens, les origines et les progres du pelerinage de Notre-Dame de Montaigu.
Jusqu'a quel point, la legende se mela-t-elle aux recits des premiers pelerins, visiteurs du chene predestine? Ou trouver, sur ce nebuleux domaine, la ligne qui separe la fiction de la realite? II serait impossible de le determiner; a quoi bon le tenter d'ailleurs ? Manifestement, en ces commencements obscurs se sera donne carriere 1'enthousiaste fantaisie, volontiers avide de prodiges.
A la ferveur de la foi, aux reves inconscients de 1'ardente esperance, se sera melee, avec des reminiscences de pratiques anciennes, la fascination d'evenements insolites. C'est a cettepe-
riode qu'on reporterait la fable du jeune homme enleve sous 1'arbrepar un vent d'orage, et pour toujours disparu. Peut-etre, 1'impuissance du berger a rentrer dans la maison de son maitre avec la statuette de Marie, ramassee. sous 1'ombrage tutelaire, recevrait la meme explication.
Celui qui, dans Tensemble complexe des croyances, ne sait pas separer le fond des choses des symboles accidentels n'entendra jamais rien ni a 1'histoire, ni a la critique, ni aux surnaturelles operations de Dieu dans les ames.
S'il plait au Seigneur de manifester sa puissance avec un plus lumineux eclat, ne choisirat-il pas d'ordinaire pour ce theatre priyilegie de sa gloire un endroit deja consacre par le concours des hommes, signale a leur attention par des souvenirs ou des rites qui le disposent a servir efficacement aux plans misericordieux du ciel ?
Les supplications et les larmes des ames pures et eprouvees avaient attire sur Montaigu
la benediction d'en haut. La, Dieu repandait ses graces dans une magnifique profusion; la, se sanctifiaient les ames dans le repentir, dans 1'amour, dans la filiale adoration.
A Nazareth, le voyageur descend, par 1'escalier de marbre du couvent latin, dans la salle predestinee ou la Vierge Marie recut le message de la Redemption. Quelles emotions se pressent dans Tame, en ce lieu ou vecut la Mediatrice de la bonne nouvelle, a 1'ombre de ces murs ou se prepara a son oeuvre le Fondateur du culte en esprit et en verite !
L'Immaculee et toute puissante Vierge est encore vivante, en quelque maniere, dans les temples surnaturels ou, chaque jour, eclate sa tendresse.
Dans le sanctuaire de Montaigu, Dieu nous a laisse un perpetuel monument de la promesse de Jesus : La oiideux, ou quelques-uns d'entre vous se seront reunis, je serai au milieu d'eux !
O Virgo Mater Virginum, ' Matrumque Virgo, quse Asperum Collem regis, non asperum; Te fusa gens mortalium Per abditos mundi sinus, Iber, Britannus, Sarmata, Civisque flavi Tybridis, Salutis indigens, adit.
Te proximo qui limite German us, aut Gallus premit Rheni latus, Mosse latus, Salutis indigens, adit.
Hie mentis, ille corporis ^Eger, petit solatium Et impetrat!
ERYCIUS PUTEANUS.
Marie, 6 Vierge ravissante, Tige feconde de Jesse, Marie, 6 Mere tres-puissante, Tendre appui du coeur oppress^.
O toi, dont le nom salutaire Embaume et rafrafchit la terre, Comme un dictame parfume', Fontaine dont 1'eau toujours vive Montre a I'&me encore captive Les divins traits du Bien-Aime' !
Nous t'en prions, Vierge fidele, Oh ! fais descendre jusqu'a nous, Cette force surnaturelle Qui nous rende 1'exil plus doux !
Calme nos tristesses ameres, Et sur ces rives etrangeres, Laisse apercevoir k nos yeux, A travers les maux de la vie, L'astre de la sainte patrie, Les pures visions des cieux.
Entoure 1'ardente jeunesse, Qui vient cele*brer tes hienfaits, De foi, d'amour et de sagesse, Et doniie-lui ta sainte paix 1 Sois-nous toujours douce Patronne, Sois comme un phare qui rayonne Sur les flots de cet ocean !
Et guide-nous, loin de 1'orage, Jusqu'a ce for tun e* rivage Qui ne connait point d'ouragan!
A. VAN WEDDINGEX.
Feuilles de lierre.