‹ Notre-Dame de Montaigu [microform] monographie religieuseChapitre 5 sur 10 · LE PELERINAGE. LES PROCESSIONS · texte numérisé non relu

LE PELERINAGE. LES PROCESSIONS

a piete est 1'hommage du cceur a la croyance de 1'esprit. La croyance est imimiable en ses dogmes essentiels. Pas plus que ceux-ci, le principe de la piete chretienne, la foi etl'amour du Seigneur Jesus, fils de Dieu et Sauveur des hommes, ne saurait changer. Mais les formes de la devotion varient avec les multiples circonstances de la vie des individus et des peuples. Dans ces mutations de detail, la regie . fondamentale demeure inebranlee : la

gloire du divin Redempteur et le salut des ames rachetees de son sang provoquent et regissent les pratiques du culte, dans leur riche diversite.

Rien de libre, d'ailleurs, comme 1'expression de la foi, dans la celeste religion de Jesus. La conviction sincere y a droit a toutes les manifestations raisonnables. Certes, ces pratiques, pour rester dignes du Christ, doivent s'inspirer du sentiment interieur. La rectitude de la conscience, 1'ardent amour des hommes, 1'humble gratitude envers Dieu, voila Tame du culte, dans 1'figlise de celui qui voulait etre servi en esprit et en verite.

A rorigine de 1'Eglise, le culte fut bien simple. La discipline du Catechumenat et la.

preparation au saint Bapteme, a la Confirmation et a la Penitence; 1'oblation du S. Sacrifice de 1'autel; la celebration du Dimanche, anniversaire de la resurrection de Jesus ; les jeunes du mercredi et du vendredi consacres par le souvenir de sa Passion; les abstinences quadragesimales ; les fetes de Paques et de

Pentec6te, et celle des Saints-Innocents constituaient tout le cycle des fetes en ces premiers ages.

La lecture de 1'Ecriture inspiree, le chant des psaumes et des hymnes, les divers rites de la priere publique, les Agapes ou festins eucharistiques se partageaient les reunions des croyants. D'assez bonne heure, on solennisa les fetes des Machabees, de SS. Pierre et Paul, des Chaires de S. Pierre a Rome et a Antioche. Ce furent les premiers anniversaires des chretiens.

Des la fin du I er siecle commencent a apparaitre sur les mursdes catacombes de SS. Callixte, de Domitille de Priscille, de pieuses images. La crainte de livrer a la risee des payens le secret des mysteres engagea les Chretiens a representer le Christ sous les emblemes d'un poisson, d'un agneau, d'une colombe, d'un lion. D'autres fois il est figure sous les traits d'un olivier, d'un figuier, d'un lys, d'un calice accompagne de pain, d'un vaisseau.

Vers le milieu du ni e siecle, Ton commence a depeindre le Sauveur sous la forme du bon Pasteur. C'est a cette date aussi qu'on fait remonter la statue du Seigneur conservee au Musee de Latran, ainsi que le medaillon de bronze de SS. Pierre et Paul du Musee chretien du Vatican.

Le culte de Marie, consequence de la dignite sans rivale de 1'auguste Mere de Dieu, devint public des le n e siecle. Dans leurs ecrits, les docteurs illustres, SS. Justin, Irenee, Tertullien, opposent la Vierge sainte a Eve, comme ils mettent le Christ en regard d'Adam. Le celebre explorateur des Catacombes, le comte B. de Rossi, a exhume des images- de Marie dans les catacombes de S. Domitille, dans la catacombe de S. Priscille : les deux premieres de ces peintufes remontent au ni e siecle; la derniere semble dater du premier ou du deuxieme siecle.

Des le debut de 1'heresie de Nestorius, contempteur de la maternite de Marie, eclate avec une energie nouvelle la veneration des chre-

tiens pour celle que deja S. Irenee nommait la grande Mediatrice.

Apres la terreur des persecutions, les chretiens celebrent le souvenir de 1'Annonciation et de la Purification par des hommagessolennels. Les plus doctes Peres des Eglises d'Orient et d'Occident, SS. Cyrille de Jerusalem, Basile, Gregoire de Nazianze, Jer6me, Augustin exaltent 1'exeellence de la devotion envers la Vierge et les Saints, et en particulier le culte des reliques. Avec sa doctrine accoutumee, rimmortel pontife d'Hippone venge ces pratiques saintes des attaques de 1'heretique Vigilance. II rappelle a cette occasion les prodiges operes sous ses yeux, lors de la translation solennelle des cendres de SS. Gervais et Protais. Parlant d'un aveugle connu de la cite de Milan touteentiere,etgueri au contact des vetements des martyrs, Augustin s'ecrie : Le miracle a ete soudain, public : il sest passe devant 1'empereur, devant la cour, devant toute la population de la ville, il s'est passe devant nos propres yeux, et 1'aveugle vit encore

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dans le palais a 1'heure ou nous ecrivons. Le grand eveque exalte aussi le culte de la reliqu'e de S. Etienne, le premier des martyrs, dont Hippone possedait des ossements, et il assure

que les recompenses surnaturelles de cette devotion peuvent a grand'peine etre comptees : parmi elles, il signale plusieurs resurrections de morts (i).

A son tour S. Jer6me, ce scrupuleux explorateur des coutumes chretiennes, mentionne le pelerinage des Lieux-Saints, en honneur parmi les fideles, depuis 1'ascension du Sauveur. Le curieux livre le Pelerin de Bordeaux, ecrit vraisemblablement en 333, temoigne de 1'antique coutume de visiter les sepulcres des saints et la terre qui fut temoin de la redemption des homines.

Les pelerinages, familiers aux peuples de 1'Orient, devinrent une des formes preferees de la piete, depuis 1'etablissement definitif des tribus germaines dans les contrees du Nord de 1'Europe. Rome avec son tombeau des

(i) Citldt Dieu, L. XXII,'C. 8. Sermo de diversis, 31, 32.

saints Apotres et ses catacombes des martyrs ; Tours et son sepulcre de saint Martin ; S. Jacques de Compostelle furent de bonne heure des pelerinages fameux. Les ecrivains les plus en renom de savoir et de saintete approuvent, recommandent ces pratiques traditionnelles, tout en signalant les abus qu'y melait souvent la credulite de ces temps barbares.

Le rite des Processions sacrees fut, comme le pelerinage lui-meme, une des pratiques les plus honorees du christianisme. L'homme, ne pour se developper en societe, recherche

d'instinct les manifestations collectives de ses pensees, de ses emotions. La, surtout,

sa croyance s'amrme d'une maniere proportionnee a sa nature, dans la communaute des esprits, dans Tassociation de toutes les forces vives, au senrvice d'une meme idee et d'un but commun.

En grande faveur dans les mysteres antiques et dans la Synagogue (i), les Processions con-

(i) II Rois, 6 ; III Rois, 8 ; II Esdr. 12.

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stituent 1'une des ceremonies les plus emou- I

vantes et les plus aimables du culte. Des qu'elle

fut mise par 1'empereur Constantin en possession du droit commun, 1'Eglise consacra cette expression de la piete populaire. Les corteges funeraires et les pompes nuptiales 1'avaient introduite dans la societe chretienne. S. Jean Chrysostome (i) et S, Basile (2), dans 1'Eglise grecque; SS. Ambroise (3), Augustin (4), Rufin (5), Sidoine. Apollinaire (6), dans TEglise latine, en attestent la coutume generalement repandue.

Sous le titre d'Osanna les processions se melerent a 1'intronisation des Pontifes, a la consecration des Temples. Decrivant la procession de la nuit de Paques, S. Gregoire de Nazianze (7) rappelle que tous les ordres de Tem-

(1) Orat. contra ludos et theatra.

(2) Ep. 40, ad. Theodos.

(3) Sermo VIII, Epist. XXIX.

(4) De civit. Dei, L. XXII, C. 33.

(5) ffist.eccl.-L. II, C. 33.

(6) Lib. II, Epist. XXVII.

(7) Orat, XLIV, ad. pop id. Constantinopolitan.

pire y prenaient part, et que les plus illustres dignitaires se faisaient honneur d'y porter des flambeaux allumes. Au milieu du v e siecle, S. Mamert de Vienne, et plus tar d le Pape Gregoire-le-Grand, instituerent les trois processions dites des Rogations. Lors des supplications solennelles qu'il fit faire dans Rome, pour obtenir de Dieu la cessation d'une peste implacable, le vieux Pontife convoqua les clercs, les communautes des hommes, des moines, des femmes consacrees a Dieu, les femmes mariees, les veuves, les pauvres, les enfants. Le Pape voulut qu'une image de Marie accompagnat la marche des suppliants (i). Celle-ci sortait de sept eglises differentes : apres s'etre formee en cortege, elle entrait dans le temple de Notre- Dame, au recit de S. Gregoire de Tours (2).

Deja, vers ce merne temps, a Beryte, ville d'Asie-Mineure,'une eflfigie du Christ attirait un grand concours de fideles. L'historien

(1) Baron AnnaL ad. aim. 590.

(2) Hist, Franc, L. X, C. I.

Sozomene (i), et le biographe de S. Cesaire (2), parlent des cierges allumes et des croix portees par les suppliants. S. Gregoire de Tours raconte que des bannieres rehaussaient les processions. On y voyait figurer tres-souvent des reliques insignes ; et le concile espagnol de Braga (572) vante 1'antiquite de cet usage. Le savant archeologue beige, Christian Lupus, a essaye de prouver, en s'appuyant sur la liturgie de S. Jacques et sur les ecrits de Tertullien, que la coutume des Processions remonte jusqu'aux Apotres, et que ceux-ci en prirent 1'usage aux anciens Hebreux (3).

Les deux siecles qui suivirent furent temoins des pelerinages nombreux des peuples septentrionaux a la ville eternelle. Alors, dit un historien celebre, un flot de pelerins affluait vers Rome, venant du cote du Nord, pour recevoir le bapteme au tombeau de l'Ap6tre. Des rois de cette Angleterre ou Gregoire avait envoye

(i; Hist. Eccl. L. VIII. C. 8.

(2) Sarius^ 27 Aug.

(3) De Sacris Processionibu3 t C. I.

les premiers missionnaires, porterent leurs couronnes et leurs longues chevelures en offrande a S. Pierre, et sur les degres du Vatican, ils regurent uh blanc vetement de catechumene, comme la plus grande recompense de leur vie (i). L'on vit, en cette epoque de foi ardente, Charlemagne, le dur vainqueur des Saxons, arriver un jour dans la cite des Papes qu'il avait faits chefs des Etats Chretiens d'Occident, et gravir a genoux, en les baisant 1'un apres Tautre, chacun des trente degres de Tancienne basilique de S. Pierre.

De bonne heure, les processions et les pelerinages etaient entres dans les moeurs de notre religieuse patrie. D'une extremite du pays a Tautre, sur le sommet des montagnes, dans les pittoresques vallees, au bord des rivieres et dans les bruyeres incultes s'elevaient des oratoires renommes, qu'aimaient a visiter nos peres. Plusieurs de nos grandes

(i) Gregorovius. Tombeaux des Papes remains , Trad. Sabatier, p. 68.

cites, un grand nombre de villages florissants sont nes de ce concours des pieux fideles.

Vraisemblablement, la chapelle de Notre- Dame de Tournai, le premier foyer de Tadmirable cathedrale, remonte a la seconde moitie du Y e siecle. Longtemps avant les incursions des Normands, les hommes du bourg d'Anvers veneraient la statue de Marie qui devint le centre de 1'opulente cite. La Godefroid de Bouillon venait recommander a Notre-Dame de la Souche toutes ses entreprises, et ce fut la florissante confrerie de la Sainte Image qui fit don a la metropole de la grande statue qu on admire dans la niche de I'Hotel-de-ville.

Notre-Dame de Walcourt, pres Namur, remonterait a une antiquite plus reculee encore. Les cathedrales de Malines et de Liege se rattachent par bien des liens aux modestes edicules eleves en 1'honneur de Marie par S. Lambert, mort vers 709. L'autel de Notre-Dame de Wasmes, pres Mons, etait fort frequente en 1183. Deja, a cette epoque, la chapelle de Crammont s'elevait aux lieux ou le comte

Gerard de Viane avait tue son frere pour s'emparer de ses biens, suivant la legende.

Des 1099, d'apres Rosweyde, Bruges, la Venise du Nord, vantait les graces obtenues a 1'intercession de Notre-Dame de la Poterie, qui devint la protectrice de la cite dans les guerres de 1 504 centre Philippe de France, et aux pieds de laquelle se prosternerent des Papes et une foule de princes, de prelats et de nobles dames: Sur les abruptes rochers de Chevremont se dressait une chapelle en 1'honneur de Marie, que le terrible Notger, apres avoir chasse le seigneur de ce repaire, ordonna de respecter, et que vient de rendre au culte de Marie Mgr Theodore de Montpellier. En ngSavaient ete fondes a Malines, pour le rachat des esclaves Chretiens, le pelerinage et la confrerie de Notre- Dame de Misere, approuves par quarante-huit Souverains-Pontifes. La statue de la Vierge de Hal, donnee par Elizabeth de Hongrie a Sophie de Thuringe, femme de Henri le Magnanime, due de Brabant, attirait deja en 1267, dans sa grac^euse chapelle, d'unanimes hommages.

Philippe-le-Bon, due de Bourgogne ; le chevaleresque Charles-le-Temeraire ; 1'empereur Maximilien ; Charles-Quint ; Jean-Casimir de Pologne honorerent de leur presence ce sanctuaire celebre. Aux jours de sa ferveur, Henri VIII le visita ; et Louis XI, cet hypocrite de genie qui crea le royaume de France, y vint faire ses oraisons, apres les dues de Bourgogne qu'il avait ruines. Dans le Brabant encore, Notre-Dame de Basse-Wavre, florissante toujours, etait connue de la Belgique entiere, des le xi e siecle. Quand se termina, dans les plaines de Ransbeek, pres Vilvorde, la longue guerre de Berthoud de Malines contre les dues de Brabant (1143), on mit le traite de paix tant desiree sous les auspices de

Notre-Dame de Wavre. Le Broodhuys, situe vis-a-vis de I'Hotel-de-ville de Bruxelles, atteste que, du temps de 1'archiduchesse Isabelle, 1'image miraculeuse fut portee en procession dans la capitale, ou la peste qui faisait des victimes sans nombre, arreta des lors ses ravages. Notre-Dame de Bonne -Esperance,

pres Binche, ancienne abbaye norbertine ; la Vierge d'Afflighem, ou la traditition veut que S. Bernard ajouta au Salve ^egina les paroles : clemens, o pia, o dulcis Virgo ZMaria! les sanctuaires de. Notre-Dame du Lac a Tirlemont, du Secours, a Louvain ; de la Paix, du Chant des Oiseaux, des Suffrages, de la Grace, des Victoires, de S. Gudule, a Bruxelles, etaient insignes entre les pelerinages beiges, des le xn e siecle.

Sous le regne des archiducs Albert et Isabelle, la devotion a Marie devint plus florissante que jamais dans nos provinces. Partout s'eleverent des chapelles sans nombre en Thonneur de la Vierge. La capitale se distingua parmi toutes nos cites, dans ce service d'honneur et de filiale piete. Les antiques eglises du Sablon, de S. Gery, de S. Nicolas, du Suffrage virent de nouveau affluer sous leurs murs les multitudes suppliantes, plus d'une fois conduites par des princes du sang. Le pelerinage de Notre-Dame de la Chapelle ou de misericorde jouit, entre tous, d'une celebrite a part. Les

annees n'ont rien enleve au renom de nos temples seculaires. Parmi tant de souvenirs illustres, rattachant le present au passe, les Bruxellois se rappelleront a jamais les grandioses solennites du 25 mars 1843, ou fat couronnee la statue miraculeuse de Notre-Dame de misericorde, par S. E. le Cardinal Sterckx, de chere memoire, en presence de nos augustes souverains et du nonce apostolique, Monseigneur Pecci, aujourd'hui le savant et bienaime Leon XIII, deux fois le Pere des Beiges. Mais les processions les plus populaires furent, sans contredit, celles des pelerins qui, chaque annee, se rendaient en corps a Notre- Dame de Montaigu. A peine la chapelle de pierre, elevee par les Archiducs, fut-elle terminee que les fideles y accoururent en foule. Deux siecles et demi se sont ecoules depuis : et le temps n'a rien ote a cette ferveur.

Chaque annee, plus de trente mille pelerins viennent venerer 1'image seculaire, et participer dans le sanctuaire de Marie aux sacrements regenerateurs.

Le livre d'or des pelerinages porte les noms de presque toutes nos villes, d'un tres-grand nombre de^ communes et de plusieurs cites de Hollande et d'Allemagne. Les processions d'Anvers, de Bruxelles, de Diest, de Louvain, de Malines, d'Herenthals, de Turnhout sont entre toutes celebres.

Durant les annees nefastes, en 1603, en 1629, et, tout pres de nous, en 1849, en 1866, lorsque le cholera decimait nos cites, les pelerins se signalerent par leur nombre et par leur ferveur. Chaque fois Marie entendit ce cri d'angoisse, et le fleau diminua ses ravages.

Nous 1'avons rappele plus haut : en 1602, la ville de Bruxelles, delivree de la contagion, offrit a Notre-Dame de Montaigu une couronne de vermeil en signe de reconnaissance.

Le 8 decembre de 1'annee 1603, fete de 1'Immaculee Conception de Marie, la riche metropole d'Anvers temoigna de son amour envers la grande liberatrice par 1'envoi de deux splendides candelabres d'argent. On les admire encore aujourd'hui sur le Maitre-autel de

1'eglise. Peu de temps apres, la ville de Ruremonde, comme gage de sa gratitude pour la protection de Marie, fit present a 1'eglise de Montaigu d'un crucifix d'argent et d'une autre croix du meme metal, portant d'un cote la vision de Jacob et de 1'autre, une image de Marie en cristal, avec les emblemes des quatre Evangelistes.

Des actions de graces annuelles continuent d'attester la clemence de la puissante Souveraine. La plus pompeuse se celebre lors de la fete du Patronage de Marie. Ce jour-la, les habitants de Montaigu font la procession dite des cierges (de Kerskensprocessie), en souvenir de la cessation de la peste terrible de 1659. L'image miraculeuse est portee en triomphe par les pretres. Les pelerins, portant des flambeaux allumes, chantent d : es cantiques de louange en 1'honneur de Marie.

Trois siecles se sont passes depuis 1'erectipn de la petite chapelle de bois et tous les jours grandit, dans notre religieuse patrie, la devotion des pelerins de Notre-Dame de Montaigu.

Des que le souffle printanier se reveille dans les prairies, c'est par milliers qu'ils affluent. De tous les points de la patrie beige, de la Hollande, de 1'Allemagne, les vapeurs rapides envoient a Notre-Dame du Chene ses serviteurs accoutumes. La se revoient les costumes pittoresques des femmes frisonnes avec leurs plaques d'or sur le front et dans les cheveux, les hauts bonnets a guimpes des villa geoises zelandaises, les coiffures campinoises a grandes ailes, aux riches dentelles brodees. Sur toutes les routes voisines, sur les chaussees et les chemins d'Aerschot, de Diest, de Louvain, de Tirlemont, d'Herenthals, dans les sentiers creux des villages, les omnibus champetres, les chars-a-bancs, les attelages coquets en bois vert et a tente blanche, les dernieres diligences, jaunes et noires, cond'uisent les families, les congregations, les pensipnnats avec leurs drapeaux, leiir orchestre, leurs offrandes. Sur les harnais des coursiers rustiques, au sommet des voitures, flottent les.petites banderoiles estampees.cheres aux

pelerins. II n'est presque pas une chaumiere, dans nos campagnes flamandes, ou Ton n'apercoive ces populaires oriflammes, autour de quelque humble image de Marie, tout pres des couronnes dorees des premiers-nes ou du bouquet nuptial, depuis longtemps fanes sous leur cloche de verre.

Dans la belle saison, durant le mois de mai surtout, le service regulier des chemins de fer ne suffit pas au transport des pelerins : des trains supplementaires sont requis plusieurs fois le jour, et 1'affluence des etrangers donne a la petite cite 1'aspect d'une perpetuelle fete.

Pour qui les considere des yeux de la foi, quoi de plus touchant que ces corteges pieux!

Avant 1'aurore, ou la nuit peut-etre, sous un ciel resplendissant de mille feux, Ton est parti pour Montaigu, en compagnie des freres.

Bientot retentit le chant des hymnes et des suaves litanies de la Vierge, le chant, ce superflu des impressions dans une ame trop pleine , comme dit Lamartine. Les prieres du rosaire entrecoupees par le tintement de

la cloche se melent aux concerts de 1'alouette, aux balancements des brises dans les sapins, a la plainte eternelle de quelque source, a ces mille tressaillements de la nature , plus charmants a distance. Les aromes de la bruyere, les senteurs des aubepines symbolisent le parfum qu'exhalent devant Dieu tous ces coeurs unis dans son amour. Les psaumes des pretres, la commune ferveur rendent la lassitude moins dure et le voyage joyeux. A mesure qu'on avance, on sent le- coeur penetre d'une allegresse attendrie, dans 1'attente du sanctuaire aime. Cependant le soleil levant frappe de ses rayons les etoiles dorees de la coupole. Deja arrive a 1'oreille 1'appel de la grande cloche. Les pelerins se prosternent; ils saluent de loin, dans un cantique, les parvis tutelaires. Ainsi les fideles Hebreux, venant chaque annee de tous les points de la Judee adorer a Jerusalem, veneraient de la cime des montagnes de Sichem les terrasses de marbre etincelant du Saint des Saints. De loin en loin, la rencontre d'une autre procession, une halte rapide dans quel-

que hotellerie de village ou sous les pommiers cTun verger, une priere recitee en commun devant une de ces chapelles rustiques dont nos campagnes sont parsemees, rompent 1'uniformite des chemins, accelerent le vol des heures. La tranquillite des plaines, des vallons, des collines; 1'aspect pittoresque du plateau que couronne le temple ; tant de prieres tombees des coeurs les plus fervents, la pensee de tant de conversions et de retours, les graces visisibles obtenues ou .esperees ; tout cela arrache le croyant a la sphere du monde banal ; tout cela transporte Tame, et lui apporte comme un avant-gout de la pure felicite des elus!

Mais combien ces impressions augmentent dans le Sanctuaire lui-meme ! Aux rayons naissants de 1'aurore, vers les heures paisibles ou semble s'arreter le jour, ou sous les premiers crepuscules du soir, plus calmes encore ; devant les autels etincelants de lumieres et d'ornements somptueux ; dans la communaute des fideles ou dans le recueillement solitaire, quel appel vers la purete, quel pres-

sentiment des choses eternelles, quels avertissements de I'universelle instabilite! Ou sont maintenant les generations d'hommes qui, depuis cinq siecles, ont prie devant 1'Image sainte? Que sont devenus Teclat et le faste de tant de princes et de hauts seigneurs dont 1'escorte a rempli ce temple? Ou sont alles les rois de Teloquence etdusavoir, les maitres de Tart, naguere visiteurs honores de I'lmage sainte? Us ont passe comme passent sous ces murs leflot des pelerins iiiconnus. Le meilleur de leur gloire, la plus consolante esperance planant sur leurs tombes, n'est-ce pas 1'exemple de leur vertu et le souvenir de cette foi qui les amenait aux pieds de la Vierge clemente ? C'est dans ces reunions de freres qu'apparait surtout le triomphe de 1'amour de Dieu sur les choses d'ici-bas. On a reproche aux pelerinages populaires de presenter parfois des elements vulgaires, et je ne sais quel exces de simplicite deplaisante, capable de porter ombrage a la majeste du culte et aux exigences severes du sentiment religieux.

Nous ne nions pas qu'en certaines circonstances le defaut de culture, un empressement maladroit, 1'exuberance meme des effusions de Tame ne puissent causer une impression etrange aux esprits froids et positifs de ce temps.

Une piete si vive inspire les suppliants de Marie que les spectateurs de. leur devotion s'en trouvent eux-memes emus et penetres.

Mais cette ferveur, insoucieuse de la coutume, absorbee dans 1'invocation et dans 1'esperance, semble echapper aux conventions. Elle impose le respect par son absolue sincerite, comme Magdeleine repentante, brisant sur les pieds de Jesus le vase de nard precieux. C'est ici le comble de ce que peut oser la foi profonde, et le puissant temoignage de la suprematie de 1'idee sur la realite. On a vant la beaute des ceremonies de 1'Athenes antique, ou les sacrificateurs, les jeunes hommes et les vierges, les musiciens et les poetes, en robes de lin et couronnes d'olivier et de chene, composaient au maitre des dieux une pompe dont la grace

et le rhythme se mariaient merveilleusement a la blancheur des marbres du Parthenon, a 1'enchantement de ces statues si belles qu'elles semblaient respire r, au charme d'un paysage incomparable, sous le ciel le plus transparent du monde ! Jamais 1'art humain ne dut atteindre plus haut ! Mais la devotion des peuples Chretiens, na'ive, humble, sans pretentions a la noblesse d'aucune sorte, a vaincu toute cette esthetique sublime ! La folie de la croix, dans les pauvres etrude&campagnards, dans ces artisans sans lettres, deconcerte la nature, et, a travers les surprises de la raison, ne laisse parvenir a l'homme que le sentiment nu et vivace de la grace, de la penitence, de Tamendement spirituel. Celui qui ne sent pas cela ; celui qui, a cote des aspirations silencieuses et des pompes grandioses, n'accorde pas une place d'elite aux hommages d'un amour sans art, n'a qu'une vue amoindrie et egoi'ste des choses. Rien de necessaire, certes, comme 1'ordonnance majestueuse de nos solennites. Mais rien de touchant devant Dieu,

comme les manifestations spontanees de la ferveur populaire,quand elle se garde d'alterer, par des passions humaines et de superstitieux exces, la sphere sereine de la croyance et de 1'amour ! Qui 1'a mieux compris que lEglise catholique? Sans pruderie et sans empressement, les conciles et les pontifes ont pris constamment a tache de proscrire du culte les vaines pratiques. Les particuliers n'ont pas toujours tenu compte de ces admonestations paternelles. II y a des epoques ou la raison publique baisse; alors la divine simplicite de la devotion devient inopportune, et un fetichisme inconscient envahit les pures regions de la piete. II faut blamer ces manies et les hommes frivoles qui 1'encouragent. Mais il serait injuste de rendre 1'Eglis.e complice d'aberrations qu'elle a condamnees la premiere (i).

Je me souviens d'avoir assiste dans mon en-

(i) Voir 1'excellent travail du D r Fehr sur la superstition, dans le culte. (Der Aber glaube und die Katholische Kirche. Stuttgart, 1857.)

fance a Tune des processions de Montaigu.

Les pelerins de Turnhout ou, pour mieux dire, de toute la Campine, faisaient leur entree dans 1'enceinte du sanctuaire. Le voyage, la lassitude d'une longue journee, torride a travers la bruyere, avaient fatigue leurs traits, alter e leurs voix, couvert leurs vetements d'une poussiere glorieuse. Mais des yeux des jeunes gens, des humbles femmes, des hommes robustes des landes, quels eclairs de joyeuse assurance jaillissaient ! Quelle voix male vibrait dans leurs supplications ! Comme leurs regards se portaient confiants et tranquilles vers 1'image de Marie emportee par leurs pretres, du sanctuaire. natal, ainsi qu'un cher tresor! Quelquesuns venaient la pour la soixantieme fois ! Un

pretre presque nonagenaire guidait leur phalange.

Au retour, quand on fut parvenu dans la magnifique avenue de chenes de 1'abbaye d'Averbode, les pelerins se retournerent une derniere fois vers la coupole de Montaigu dont les etoiles d'or jetaient des gerbes de lumiere

rougeatre dans le ciel du soir ou s'amassaient les nuees violettes, pareilles a de gigantesques draperies mouvantes. Avec un enthousiasme indicible, les litanies de la Vierge monterent dans le silence des plaines. Puis, les larmes aux yeux, et tendant les mains dans la direction du sanctuaire, le pasteur, en des mots entrecoupes, salua la douce Reine qu'il etait venu visiter si souvent, avec ses paroissiens aimes. Sans doute, je ne conduirai plus, de- . sormais, votre marche fraternelle, s'ecria-t-il enfin ! Avant Ja procession de 1'automne, ma course ici-bas sera terminee. Gardez, mes enfants, les avis de votre vieux cure. Conservez comme le premier des biens, votre foi, votre innocence. Aimez toujours Marie,, et en memoire de moi, revenez chaque annee a son sanctuaire. Mon amey sera avec vous. Etvous, vierge de Montaigu, adieu ! Adieu 6 Reine, 6 Mere ! je vous verrai la haut ! Ensuite, au milieu des larmes qui coulaient de tous lesyeux, le vieillard benit de ses mains, que les annees faisaient moins trembler que 1'emotion,

la foule prosternee qu'il avait, en effet, accompagnee pour la derniere fois.

Les annees se sont succede depuis, mais combien de fois le souvenir de cette journee est revenu a notre memoire comme une apparition benie !

L'elite de la chretiente s'est rencontree dans les deux sanctuaires eleves par les pieux archiducs pour y venerer la Vierge Reine.

Nous devons redire ici les noms de quelquesuns de ces vassaux glorieux. Leur histoire se confond avec celle de notre pelerinage national, avec les fastes du catholicisme dans notre religieuse patrie.

Deja nous avons rappele les visites faites a Montaigu par les archiducs, fondateurs de la chapelle de pierre et du temple actuel.

Parmi les premiers princes de 1'Eglise qui tinrent a honneur de faire le pelerinage de Montaigu, Ton compte le cardinal Charles de Lorraine, qui fit don a la sainte Image d'une lampe d'argent et d'une rente affectee a son entretien, le cardinal Alphonse de la Cueva,

le cardinal Francois de Guibedagne et TEminentissime Guide Bentivoglio, 1'auteur celebre des guerres des Pays-Bas depuis itf 5 jusqu'a

Avant de monter sur le tr6ne pontifical sous le nom d'Alexandre VII, Fabius Chigi, alors nonce legat d'Innocent X a la Pacification de Munster, vint a Montaigu, et chanta dans une elegante elegie latine la puissante Protectrice.

Une tradition ancienne rapporte que le legat, en visite dans le couyent des Oratoriens, y trouva un religieux malade, occupe a rediger un recueil de Maximes pieuses. Le moine dit ingenument au noble visiteur qu'il lui ferait hommage de ce livre, lorsque celui-ci serait devenu Pape. Chigi fut, peu de temps apres, eleve au supreme pontificat. II daigna se souvenir du Couvent de Montaigu, le combla de cadeaux et envoya un present special au bon vieillard (bono seni paralytico), prophete naif de sa grandeur future. Peu de temps apres, le prevot de 1'oratoire porta a Rome le recueil

ascetique du fils 'de S. Philippe. Alexandre VII touche de cette marque d'attention, delegua son nonce Jerome ,de Vecchiis pour porter a Montaigu un magnifique tapis de haute lice.

Suivantun bref du 17 avril 1662 accompagnant 1'offrande papale, le tapis devait, sous peine de censure, etre exclusivement reserve au service de 1'autel de Marie. Dans Tun des parloirs des Dames Ursulines occupant aujourd'hui le terrain de 1'ancien college des Oratoriens, Ton peut voir le portrait peint du vieillard infirme de 1'Oratoire. C'est une toile d'une touche magistrate et dune puissance d'expression peu commune. L'auteur de ce tableau n'est point connu. II est probable que les traits de 1'humble religieux auront ete retraces, grace a une delicate attention du . Pontife qui 1'aimait.

Le cardinal infant Ferdinand, frere de Philippe IV, roi d'Espagne, etait devenu, apres la mort de 1'archiduchesse Isabelle, gouverneur general des Pays-Bas. S'il faut en croire les historiens, ce prince avait ete eleve pour

1'Eglise. II fat rappele dans le siecle, avant la reception des ordres majeurs, et possedait les qualites d'un heros. Ce fut grace a son energie que Tarmee de Louis XIII, deja maitresse d'Aerschot, de Diest et de Tiriemont, fut chassee de son camp devant Louvain, et poursuivie dans son mouvernent de retraite, avec des pertes considerables (1635).

Deja, avant ce fait d'armes, le gouyerneur, suivi d'un cortege princier, etait venu offrir a Notre-Dame de Montaigu les hommages auxquels la piete de ses devanciers avait accoutume les Beiges. Malheureusement 1'habilete de Ferdinand ne devait pas prevaloir contre la force du nombre. Frederic Henri de Nassau, Stadthouder de Hollande, allie de Richelieu, le -veritable roi de France sous Louis XIII, avait reduit Breda a capituler.

En 1640, Arras sevit, a son tour, aupouvoir des Francais. Le cardinal en mourut de chagrin, 1'annee suivante (1641).

Ses successeurs, Leopold-Guillaume, frere de rempereur Ferdinand II et archiduc d'Au-

triche (1648), et Don Juan d'Autriche (1656) tinrent, comme lui, a rehausser par leur presence un sanctuaire qui semblait devenu un apanage de famille.

Le congres d'Utrecht (iyi3),convoque des le mois de Janvier 1712, mit fin aux entreprises des rois de France. Leur fortune avait chancele enfin, et des defaites sanglantes avaient succede a d'insolentes victoires.

Les Pays-Bas espagnols, le duche de Milan et le royaume de Naples furent attribues a I'empire d'Autriche. La Belgique, tant de fois ruinee par les armes et par la diplomatic , ces deux fleaux de I'humanite trop patiente a les tolerer, jouit de nouveau de la seule liberte qu'elle reclamait : celle de s'adonner en paix aux arts, aux lettres, a 1'industrie. En quelques annees, elle devint plus prospere que jamais. Malgre les tyranniques exactions du marquis de Prie, gouvernant nos provinces avec des rigueurs dignes du due d'Albe ; malgre le soulevement de la capitale et 1'assassinat legal de Frangois Anneessens, le chevaleresque martyr

des libertes communales (1719), le negoce se mettait a reprendre dans nos contrees. La deuxieme moitie du xvm e siecle fut une des epoques florissantes de la patrie beige. Bientot le regne de Marie-Therese rappela les annees de felicite que la Belgique avait goutees sous Albert et Isabelle. Ce fut un peu auparavant, en 1739, que la princesse Marie-Elisabeth- Lucie, soeur de 1'empereur Charles VI et gouvernante des Pays-Bas vint a Montaigu avec 1'elite de sa maison. La princesse fut accueillie au seuil de Teglise par le superieur des Oratoriens et toute sa comrminaute. Apres le salut, la recitation du Rosaire et le chant des Litanies de la Vierge, Son Altesse regut la benediction du tres Saint-Sacrement, et se retira au couvent de 1'Oratoire pour y passer la nuit dans le pavilion des Princes. Le lendemain 17 juin, 1'archiduchesse entendit la messe, que celebra leR. P. Amiot, son confesseur. Pendant 1'offertoire, deux camerlingues lui remirent une lampe d'argent, dont elle voulait faire don a 1'eglise. La princesse la prit de leurs mains

et, accompagnee du comte de Harrach, grandmaitre de sa maison, elle porta le lampadaire sur 1'autel, ou elle fut admise par le celebrant a baiser la patene. L'archiduchesse communia, et entendit une seconde messe en actions de graces. Enfin le prevot de 1'Oratoire chanta la messe solennelle. Sur la fin du diner servi au couvent, Marie-Elisabeth voulut voir le tresor de 1'eglise. On lui toucha la tete avec 1'image miraculeuse de Marie, comme c'est la coutume pour les visiteurs de rang. La princesse visita ensuite 1'abbaye d'Averbode. Apres les psalmodies de Tapres-midi et le chant du. Te Deum, elle revint a Montaigu. Le lendemain, elle assista aux offices dans le sanctuaire, et demanda de recevoir la benediction du Tres- Saint-Sacrement, avant de retourner dans la capitale.

Suivant les archives du temps, la lampe d'argent offerte par Tarchiduchesse etait du poids de six cents onces. Son Altesse fonda une rente pour son entretien perpetuel. Les Etats firent graver par maitre Rottier une

medaille en souvenir de cette offrande royale. Sur Tune des faces se voit le buste de la gouvernante avec le chronogramme :

BELCARUM OUBERNATRIX, PARTHENlI CULxUs

STUDIOSA.

La gouvernante des Beiges, devouee au culte de la sainte Vierge.

L'autre face portait 1'arbre traditionnel de Montaigu, avecl'image miraculeuse suspendue a ses rameaux. A 1'un des cotes de 1'arbre se voit un genie aux ailes deployees tenant par trois chainons une lampe aux armes d'Autriche; de 1'autre cote, un ange venere a genoux la Mere du Sauveur. Dans le lointain se profile le dome de Montaigu. Au-dessous, on lit ces mots. Divce lucet et ardet : Elle brule et luit en Thonneur de Marie (i) !

L'Allemagne avait deja depeche au Sanctuaire Maximilien, frere de Tempereur Ferdi-

(i) Notre savant compatriote et excellent ami, M. Edward van Even, possede une de ces medailles, dans sa belle collection d'antiquites.

nand II, grand-maitre de la chevalerie; les princes electeurs et archeveques de Mayence et de Cologne Jean de Crombercq et Maximilien Henri de Baviere ; les dues de Cleves et de Juliers, le Margrave de Brandebourg, le comte Wolfgang de Cleves qui, apres sa conversion au catholicisme, fit don a 1'eglise d'un ornement d'autel fort riche.

En 1606, le due Jean-Guillaume de Cleves, neveu de I'archiduc Albert, vint offrir a la Vierge de Montaigu quatre flambeaux d'argent et d'autres bijoux de choix, avec un ornement d'autel complet. Sa femme, Antoine-Caroline de Lorraine, y ajouta, en 1608, un ciboire d'or incruste de diamants, avec son diademe de noces. Leur fils Philippe- Guillaume et sa femme Anne- Catherine de Pologne y joignirent un calice d'or et un anneau de grand prix. Ce prince et sa seconde epouse, Amelie-Isabelle de Hesse, firent hommage a 1'autel de deux bas-reliefs d'argent. En 1639, la reine d'Angleterre Marie- Hemiette fit parvenir au tresor un calice d'or : 1'inscription temoignait que la

souveraine attribuait a Notre-Dame de Montaigu le retour de sasante.

En 1654, la princesse de Nassau-Adomar enrichit le sanctuaire d'une statuette d'argent; et, deux annees plus tard, la duchesse d'Arondel offrit un don semblable, en action de graces pour la naissance d'une fille.

Une princesse plus celebre, Christine de Suede, se rendant en France, en 1658, apres son abdication, visita Montaigu pour s'y ranger, un peu tardivement peut-etre, sous la protection de la Reine du Ciel. Ladislas, roi elu de Pologne a la place de son jeune frere Casimir, vint y mettre aussi son royaume sous la garde de Marie.

La France fut a son tour representee au temple de Montaigu par la fleur de sa noblesse. Nommons seulement le versatile Gaston, due d'Orleans, fils ingrat de 1'infortunee Marie de Medicis et frere de Louis XIII ; Louis de Bourbon prince de Conde, le heros de Friedlingue, de Fribourg et de Rocroy, qui eut la gloire d'etre loue par Bossuet.

La Savoie, la Venetie, la Lorraine envoyerent a Notre-Dame de Montaigu le prince Thomas de Carignan, Marguerite de Gonzague et de Mantoue, femme de Henri due de Lorraine (1609) et le due lui-meme. Ces genereux visiteurs laisserent, en souvenir de leur pelerinage, un calice d'or et un coffret en cristal de roche dune haute valeur. Les registres des visiteurs nomment encore Catherine, femme du due Charles de Nevers, donatrice d'un ciboire de vermeil tres admire, et sa tante Dorothee, veuve du due de Brunswick (1603), a laquelle 1'autel de Notre-Dame doit le riche ornement employe dans les solennites du Jeudi-Saint. Ce jour-Ik, Ton expose aussi, dans le saint sepulcre, un coffret a bijoux attribue a Tinfante Isabelle, figurant assez bien un petit mausolee. Des arabesques d'or fin sont incrustees dans le bois d'ebene de la cassette ; les

quatre colonnettes torses en cristal de roche, couronnees de chapiteaux d'argent , qui soutiennent les panneaux, sont fort prisees des antiquaires.

N'oublions pas. parmi ces pelerins illustres. le due Charles de Lorraine, son frere le prince Nicolas-Francois et toute leur maison; le comte Francois de Vaudemont. qui fit present a 1'eglise d : tine robe de drap d'argent et d'un ornement d'autel dont on se sert encore aujourd'hui aux grandes fetes de la Vierge.

En 1778. les dues d'Arenberg inaugurerent la chaussee d'Aerschot a Wesemael. A cette occasion, ils firent le pelerinage de Montaigu avec le comte de Duras et le baron de WelinkhoTen. La petite Tille etait en fete : aux salves de 1'artillerie. au son du carillon et des fanfares militaires, le magistrat Tint au devant de leurs Altesses, a la porte de Diest. et les conduisit a 1'eglise. La. le superieur de 1'Oratoire les harangua. et les introduisit dans le sanctuaire, ou elles prierent assez longtemps devant Tlmage miraculeuse. Trois annees plus tard, le 15 septembre 1781. la Princesse de Salm- Salm. Duchesse de Hoogstraeten, Tint a son tour, ayec ses deux fils. offrir ses hommages a Notre-Dame de Montaigu. Le 18 octobre de

cette meme annee. la chaussee dAerschot fat terminee. Ce jour arriverent a Montaigu. dans un splendide equipage, le due et la duchesse d'Arenberg. la duchesse Douairiere, Son Excellence le nonce Apostolique. le prince et la princesse de Ligne. le prince et la princesse de Starenberg . le comte de Duras et I'ambassadeur dAngleterre pres la Cour de Bruxelles. Lorsque le cortege des visiteurs fut parvenu a I'eglise. le cure fit descendre 1'Image sainte de son socle : le nonce lui fit toucher son anneau. et la yenera avec tous les nobles pelerins. Apres que ceux-ci eurent yisite le tresor et satisfait a leur devotion, ils retournerent au chateau d'HeTeiie, residence charmante des d'Arenberg. aux portes de Louvain.

Ces nobles seigneurs, comme les princes de Rubenpre. les dues de Duras. les comtes de Maldeghem et les dues de Cleves, avaient comble 1'eglise de Montaigu de riches fondations : elles ont etc ruinees avec le courent des Oratoriens, dans la tourmente revolutionnaire du dernier siecle.

Nous avons dit, dans le cours de ce travail, ce que firent pour Notre-Dame de Montaigu Juste-Lipse, Andre Streithaagen, Philippe Numan et Erycius Puteanus, Thistoriographe diffus de la Vierge du Chene. Signalons encore dans le senat des princes du savoir 1'historien Aubert le Mire; le savant cure de Bets, Godefroid Wendelin de Herck-la-Ville, le premier interprete de la Loi Salique; Laurent Chifflet, de la Compagnie de Jesus, erudit de premier rang; Antoine Sanderus, du chapitre de la Collegiale d'Ypres, auquel Ton doit le grand ouvrage sur les antiquites sacrees du Brabant; le jesuite Nicolas Boonaert, de Bruxelles, auteur d'une Apologie de la devotion a Notre-Dame de Montaigu; le chancelier de Brabant, Pierre Peckius (1625) de Louvain, 1'un des jurisconsultes les plus renommes du xvn e siecle, qui chanta luimeme, dans une ode touchante, sa guerison instantanee d'une fievre incurable, obtenue dans le temple de Montaigu, ou il s'etait fait transporter.

Tous ces maitres de la science dedierent a Notre-Dame du Chene un petit poeme votif.

Sanderus a conserve ces chants pieux a 1'edification de la posterite (i).

Pourrions-nous omettre le nom d'un autre pelerin de Marie, entre tous cher aux Beiges ? L'angelique Jean Berchmans de Diest, recemment place sur les autels, pendant qu'il demeurait encore chez maitre Pierre Emnieryck, cure de Notre-Dame de Diest, se rendait chaque semaine en pelerinage a Montaigu.

Depuis qu'elle a coipquis son independance, notre catholique patrie a tenu a honneur de perpetuer 1'eclat des pelerinages d'autrefois. Les chefs veneres de nos eglises ont, en cela, donne aux fideles d'eloquents exemples. Plus d'une fois, Ton a vu les membres reveres de 1'Episcopat se confondre avec leur peuple aux pieds de 1'autel de la Vierge.

Parmi les prelats, qui firent le pelerinage de Montaigu, vers la seconde moitie de ce siecle,

(l) Chora graphic, sacra Brabantig, T. III.

mentionnons M Kr Delebecque, Eveque de Gand (28 aout 1843); M gr Henni, Eveque de Vilvawki dans le Visconsin (5 Janvier 1849); 1'illustre Cardinal Wiseman (30 juillet 1861); le Cardinal Ledochowski, alors Nonce de Belgique (4 juillet 1863); M>" Fitz-Patrick, Eveque de Boston (12 juin 1864); M^ r Lootens, Eveque de Constabula et Vicaire apostolique du district de Idaha en Oceanic (i er octobre 1870); son Excellence le Nonce Cattani (5 mai 1871). Ce dernier prelat conduisit a Marie une foule de quarante mille pelerins: spontanement ite s'etaient reunis aux pieds de leur Mere, pour donner un temoignage public de leur amour filial envers 1'Eglise de Jesus en butte a tant d'attaques, en ces temps troubles.

Le Nonce actuel, M& r Seraphin Vannutelli, Archeveque de Nicee, est venu, a son tour, le 12 mai 1876, avec 1'Auditeur de la Nonciature, M. 1'abbe Rinaldini, recommander a Notre-Dame du Chene les hauts interets qu'il gere avec une sagesse que les Beiges n'oublieront jamais.

L'illustre Primat de Belgique, S. E. le Cardinal Sterckx se plaisait a venir invoquer Marie dans le cher sanctuaire, 1'un des plus insignes joyaux de 1'archidiocese de Malines. Comme son predecesseur sur le siege rnetropolitain, le Cardinal Dechamps s'est, de tout temps, montre le promoteur zele de notre pelerinage national. En ces dernieres annees, il a ete accorde a son Eminence de donner une nouvelle et eclatante preuve de cette predilection.

Sur les instances de 1'illustre Archeveque, le Pape Pie IX octroya que la Vierge de Montaigu fut solennellement couronnee, et S. S.

accorda, a cette occasion, des faveurs considerables aux pelerins de Montaigu.

II faut rappeler le bref si consolant de Pie IX :

Venerable Frere, Salut et Benediction Apostolique.

L'lmmaculee Vierge Marie, Mere de Dieu, qui, surtout dans ces jours si calamiteux pour Nous et pour 1'Eglise Romaine, Nous a fait

visiblement sentir 1'efficacite de son secours, est pour Nous 1'objet d'une veneration toute particuliere. Aussi Nous Nous efforcons, autant qu'il est en Notre pouvoir, dlnculquer de jour en jour plus profondement son culte dans le coeur des fideles. C'est pourquoi Nous avons ete heureux d'acceder aux prieres de Notre cher fils, Jean Gregoire Jonghmans, cure de Teglise Notre -Dame a Montaigu, situee dans votre diocese de Malines. Des que Nous avons recu la supplique dans laquelle il Nous demande humblement de vouloir permettre, en vertu de Notre autorite apostolique, que la statue de la Bienheureuse Vierge Marie, placee dans son eglise paroissiale et si celebre par la veneration des fideles, soit solennellement couronnee, Nous avons cru devoir deferer aux desirs de ce cher fils, d'autant plus que ses prieres etaient specialement recommandees par vous, Venerable Frere. Ainsi, par la teneur des presentes, en vertu de Notre autorite, Nous vous confions le soin, Venerable Frere, de couronner en Notre, nom, ou par

vous-mme ou par un autre Eveque a designer par vous, la statue de la Sainte Mere de Dieu dans 1'eglise paroissiale de Montaigu, situee dans votre diocese de Malines. Et aim qu'une solennite de cette nature profite au bien spirituel des fideles et que les faveurs que Nous leur offrons en vue d'obtenir le salut eternel, les excitent a prier avec plus de ferveur leur Celeste Patronne et a lui demander plus instamment que ies flots si violemment dechaines centre 1'Eglis.e de Dieu soient refoules et que la paix soit rendue au peuple chretien, Nous vous accordons par les presentes, en vertu de la meme autorite, a vous, Venerable Frere, ou a 1'Eveque designe a cet effet par vous, le pouvoir de.donner, apres la Messe solennelle, le jour meme du couronnement a fixer par vous, la benediction Apostolique aux fideles presents, avec une indulgence pleniere.

Enfin, en vertu de la meme autorite, Nous accordons, par les presentes, dans la misericorde du Seigneur, a tous les fideles -de Tun et

de 1'autre sexe, qui vraiment contrits se seront confesses et auront communie, une indulgence pleniere applicable par voie de suffrage aux ames qui, unies a Dieu dans la charite, ont quitte cette terre. Us pourront gagner cette indulgence soit le jour du couronnement, s'ils sont presents en due forme a la Benediction donnee par vous ou par le Prelat dont nous avons fait mention plus haut, soit ce meme jour ou un des sept jours qui suivent immediatement, au choix de chacun, s'ils visitent devotement la dite eglise paroissiale, et prient pieusement Dieu devant la statue couronnee de sa sainte Mere, pour la Concorde entre les princes Chretiens, 1'extirpation des heresies et Texaltation de notre Mere, la sainte Eglise.

Nous accordons ces faveurs, nonobstant toutes dispositions contraires, mais seulement pour la circonstance presente.

Donne a Rome, a Saint-Pierre, sous 1'anneau du pecheur, le 16 Avfil 1872, la vingt-sixieme annee de Notre Pontificat.

Le 25 aout 1872, en vertu de la delegation

expresse du Souverain Pontife Pie IX, le Cardinal-Archeveque se rend'it a Montaigu, pour y proceder au couronnement de 1'image miraculeuse de Marie.

Ce jour fut un triomphe insigne pour Notre- Dame de Montaigu. La fete coi'ncidait fort a propos avec la solennite du pelerinage pour les besoins de 1'Eglise. Depuis quatre heures du matin, le sanctuaire etait comble.

A sept heures, ecrivait le Courrier de la 3\feuse, journal du Limbourg, M? r Dechamps, assiste de M. le chanoine Bormans, inspecteur diocesain pour le Brabant, et de M. le chanoine Goossens, secretaire de 1'archeveche, celebra en plein air le Saint Sacrifice a 1'autel de Notre-Dame, en presence de plusieurs milliers de fideles accourus de toutes les provinces de Belgique et de Tetranger.

Une Messe basse, en musique, fut dite a neuf heures, a un autel d'une rare magnificence, dresse devant le portail du Temple.

Un soleil splendide semblait aj outer a la fete de la terre* le sourire du ciel, sous une voute

l6o LE PELERINAGE

d'azur, dont aucun nuage n'alterait la transparence. .*"

Apres I'fivangile, M. le chanoine J. De Beche, Tun de nos orateurs flamands les plus en renom, monta dans une chaire elevee pres de 1'autel, et adressa a 1'immense auditoire un emouvant di scours sur les luttes et les triomphes spirituels de 1'Eglise et de la Papaute.

A dix heures, se mit en marche le cortege qui devait porter I'lmage miraculeuse de la sacristie jusqu'a 1'autel provisoire. Au comjte

des OEuvres Pontificales etait echu Thonneur d'ouvrir la marche.

Dans ses rangs marchaient les representants des plus anciennes maisons de la patrie beige. Derriere eux venaient, compactes comme les flots d'un ocean, plus de cent mille pelerins. Toutes les cites brabanconnes et la plupart des villages avaient envoye a Montaigu une garde d'honneur, pour participer en leur nom a cette fete unique dans nos annales religieuses.

L'immense terrain qui de toutes parts entoure le Temple etait rempli par la foule des sup-

LES PROCESSIONS l6l

pliants. Toutes les institutions pieuses s'etaient donne rendez-vous autour du tr6ne de leur Souveraine.

Dans Fair embaume par les foyers de Fencens flottaient des centaines de bannieres et d'oriflammes. A chaque angle des routes voijSines de 1'eglise s'elevaient des arcs de verdure ornes de chronogrammes et de banderolles.

Presque a toutes les facades se deployait le drapeau national. Des groupes d'enfants et de jeunes filles en habits de lin eclatant portaient des symboles sacres et des corbeilles de fleurs. Un clerge nombreux,des deputations de tous les ordres reguliers, en costume de ceremonie, rehaussaient la pompe : chanoines des abbayes norbertines de Pare, de Postel, de Tongerloo et d'Averbode en soutane blanche ; chanoines croisiers avec leur croix rouge sur la poitrine; dominicains blancs en cape noire, franciscains en bure brune ; jesuites, conventuels, augustins, pretres seculiers revetus de surplis.

Les couronnes destinees aux saintes Images

etaient portees sur un coussin de velours rouge par M. 1'abbe Smets, de Diest. Elles etaient d'or pur : celle de 1'Enfant Jesus etait enrichie de quatre cents perles fines : le diademe de la Vierge en comptait six cents. Les membres du chapitre metropolitain et les hauts dignitaires precedaient 1'Archeveque (i). Tous etaient en habit de choeur. Us etaient suivis de sa Grandeur Monseigneur Anthonis, Eveque de Constance, auxiliaire de 1'Archeveque de Malines, Doyen du Chapitre, et de M. Jonghmans, le venerable cure de Montaigu, portant sous un dais 1'Image miraculeuse. Quand parut la statue seculaire, un frisson d'indefinissable emotion passa sur la foule. Six siecles de misericorde et de graces

(i) Les chanoines assistants de Monseigneur 1'Archeveque etaient Monsieur le docteur A. van Gameren, Theologal du Chapitre ; Monsieur De Molder, visiteur des Communautes de Religieuses; Monsieur De Coster dirigeaii la Procession, en qualite de Maitre des ceremonies de la Metropole. Monseigneur le grand vicaire Lauwers, Monsieur le chanoine Bormans, inspecteur diocesain, et Monseigneur Roelant?, president du College du S. Esprit de Louvain, aidaient TArcheveqite dans la Ceremonie du couronnement des saintes Statues.

etaient personnifies dans le frele et humble embleme. Tous les souvenirs passes se reveillaient a la fois : la petite chapelle de bois et le premier sanctuaire de pierre, la piete des bons Arcblducs, la fondation de la cite et 1'erection du Temple, Juste-Lipse et le Bienheureux Berchmans, les pretres de 1'Oratoire, toutes les graces surnaturelles prodiguees par la Vierge clemente, toutes les prieres recitees devant la Statue benie, toutes les conversions obtenues a ses pieds ! Ce fut, dans un instant, comme un6 vision infinie.

Derriere 1'Image sainte, dans toute la majeste de ses ornements pontificaux, precede de la croix d'argent, marchait le dernier des pelerins, le tres-haut et tres-illustre prelat, Monseigneur Victor- Auguste Dechamps, Archeveque de Malines, Primat de Belgique , tenant sa crosse pastorale et benissant les multitudes.

Le cortege se repandit de tous cotes a Tentour de 1'autel, et le prelat, montant sur 1'estrade, benit, au nom de sa Saintete le Pape

Pie IX, les deux couronnes ; puis, au milieu des chants sacres, repetes par des milliers de voix, d'une main fremissante, il placa les diademes sur la tete de la Vierge Marie et sur le chef de 1'Enfant divin.

A ce moment, le murmure des invocations et des sanglots interrompit 1'unanime silence. Des larmes brillaient sur bien des visages, tandis que les fanfares, eclatant par volees, portaient aux campagnes lointaines 1'echo de cette indescriptible solennite.

II etait dix heures et demie. L'Eveque auxiliaire, Mg? Anthonis, commenca la messe solennelle que termina la benediction papale donnee par 1'Archeveque. Puis Sa Grandeur, couronnee de la mitre et la crosse a la main, parla du haut de 1'autel aux peuples assembles! Dans un discours d'une simplicite grandiose, il expliqua 1'economie des divins conseils dans les tribulations de "TJEglise, le secret de la patience du Seigneur et des victoires de sa justice. Comme d'elle-meme, la parole de 1'insigne orateur fut a la hauteur de cette jour nee

triomphante, qui ne perira jamais dans le souvenir des populations.

Les offices, les exercices pieux et les processions seprolongerent durant toute rapres-midi. Le soir, 1'eglise et les arcs-de-triomphe furent eclaires aux feux de Berigale, et la cite de la Vierge s'illumina tout entiere comme par enchantement. Un grand feu d'artifice couronna la fete, qui ne se termina que bien avant dans la nuit.

En vue de perpetuer les fruits de salut de ce jour beni, le zele cure de Montaigu supplia le Souverain Pontife d'accorder a perpetuite une indulgence pleniere applicable aux defunts, le dernier dimanche d'aout, anniversaire du couronnement des saintes Statues. L'auguste Pontife acceda d'un coeur paternel a cette demande et etendit la faveur demandee a toute 1'octave, et cela aux conditions ordinaires : le Pape y ajouta seulemen-t la touchante obligation de prier quelque temps a son intention personnelle devant I'lmage miraculeuse.

Trois annees plus tard, Montaigu fut temoin

d'une pompe presque aussi emouvante. Le premier septembre 1876, Ms 1 " Doutreloux , Eveque de Gerra et Coadjuteur de S. G. M r de Montpellier, Eveque de Liege, arrivait au sanctuaire, a la tete d'un long cortege de pelerins. Le 18 du meme mois, le chef venere de 1'antique eglise liegeoise conduisait lui-meme a Marie une imposante procession. Les Vicaires generaux et les membres du Chapitre en costume de chceur; un grand nombre de dignitaires du clerge, de Cures et tous les eleves du grand seminaire avec leurs professeurs,etplus de huit mille -pelerins vinrent, ce jour-la, se prosterner devant I'lmage sainte et enrichir le Temple de dons precieux. Pendant la messe solennelle, Monseigneur de Montpellier harangua son peuple avec 1'ardeur apostolique et 1'emotion profonde qui caracterisent sa parole. Les fils de la ville devouee au siege romain firent honneur a leur reputation de piete.

Rarement une procession aussi imposante avait paru a Montaigu, et ce ftit a regret que les habitants virent s'eloigner, a une heure

deja avancee de la soiree, ces pieux freres de la Meuse, leurs pretres eminents et le noble successeur des Princes-Eveques de Liege.

Ainsi est ne, ainsi grandit et se transmit aux generations le culte de Notre-Dame de Montaigu.

C'est par le peuple qu'il a commence : le peuple en garde la tradition fidele. La generosite et les exemples de nos gouvernants ont imp rime une impulsion vivace a cette devotion nationale. En nos jours, elle a rencontre une egale predilection dans la personne de notre Souveraine bien-aimee dont le grand coeur, 1'esprit, les aimables vertus, rappellent si vivement la memoire des bons Archiducs.

Plus d'une fois, la reine Marie-Henriette est venue en pelerinage au sanctuaire de Notre- Dame du Chene. Aux belles journees de 1'ete ou de 1'automne, la Reine passait la bruyere avec ses chevaux rapides, dans cet equipage simple et distingue qu'elle affectionne et arrivait, sans etre connue, au cher santuaire. La foule des croyants ne soupconnait pas que

cette pelerine agenouillee dans leurs rangs etait la descendante de la maison imperiale de Habsbourg, la petite-fille de Marie-Therese la bien-aimee, la compagne auguste de leur Roi.

Au mois de septembre 1877, Sa Majeste Marie-Henriette se rendit a Montaigu avec la jeune princesse Stephanie qui, cette annee-la, venait de faire sa premiere communion. Sans s'etre fait connaitre, Sa Majeste entendit la messe que celebra devant la statue miraculeuse M. le cure Jonghmans, et s'approcha de la sainte Table. Apres 1'office, Elle voulut visiter en detail le Calvaire et le tresor de 1'eglise.

Ce ne fut qu'apres son depart qu'on se mit a pressentir la qualite de la royale pelerine. La Reine avait arrete ses poneys dans les sapinieres voisines de la nouvelle paroisse de Schoonderbueken. Soudain un flot de cultivateurs, d'enfants, de jeunes filles, debouche de tous les senders, avec cette curiosite un peu vive des nai'fs campagnards. L'incognito n'etait plus possible. La gracieuse souveraine, avec sa bonte accoutumee, fit distribuer des lar-

gesses aux habitants de la bruyere, ou la visite royale ne sera pas de sitot oubliee.

Daigne la Vierge puissante, invoquee par tant de fideles, par tant de heros et de princes glorieux dans le sanctuaire de Montaigu, benir et sauvegarder notre patrie bienaimee !

En ces jours troubles, meles de vertus heroiques et de defections funestes, qu'Elle obtienne a ses enfants, avec 1'intelligence sans cesse grandissante de la doctrine de Jesus, le loyal amour de toutes les nobles vertus qui sont 1'efflorescence de 1'Evangile !

O Diva potens As fro in Regnatrix, nostri unde ruinas Belgi miserans venerata levas :

Unde stupentes solvere nervos, Unde egelidos animare oculos Potis es, claudisque alas addere :

Per te et febris querquera nulla est, Functisque redit vita beatis.

Et, quod magni magis attollunt, Potis es vitiis pridem suetas, Et retrogradas vertere mentes !

A. DAUSQUEIUS, Canonic. Theol.

Tornacensis : B. M. Aspricolli Supp'icium.

vSalut, 6 lis eclos deshaleines divines!

Ton eclat de la neige eclipse la blancheur Et ta corolle epand, aux tevrestres collines, Des fleurs du Paradis 1'arome en sa fraicheur ! Salut, du firmament, o mystique nuee !

Qui versez la rosee et le pardon du Ciel !

Salut ! toi que les temps ont de loin saluee, Aube du soleil eternel !

Ah! devant le Seigneur que notre age blaspheme, Vierge toute puissante, intercede pour nous!

Nos fautes ont du ctel provoque 1'anatheme Et fait courber nos fronts au poids de son couiroux. Vois ! Le doute et 1'erreur, precurseurs des orages, Ainsi qu'au vent des mers unvaisseau demate, Emportent sur les riots vevs de sinistres plages, L'aveugle et sourde humanite !

Sur 1'abime beant bu regne la nuit sombre, Ou grondent dans 1'eclaiv les foudres de la mort, Fais qu'un de tes rayons vienne irradier dans 1'ombre Qui cache aux passagers et la route et le port ! Brille, phare sauveur, sur POcean du monde, A travers les ecueils ramene 1'homme a toi, Et garde-le du gouffre ou, dans la mer profonde, Sombrentles peuples et leur foi!

Madame CLARA ANESSY.

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