LA K S M E R A L D A
L'an (ItMiiier.
(; Il I N i; o I R E .
Avez-voiis vos pari'iils?
LA ESMKBALDA fredonne, la Wle en arrière, In» yeux au ciel.
Mon père est oiseau ,
Ma mère est oiselle; Je passe l'eau sans nacelle, Je passe l'eau sans bateau ;
Ma mère est oiselle,
Mon père est oiseau.
GRINGOIBE.
Fort bien! — Peu importe voire nom, d'ailleurs; vous avez maintenant le droit de porter le mien.
LA E s M E R A L D A .
Le tien! je ne le sais seulement pas, ton nom.
GRINGOI RE.
Si vous le voulez, le voici : Pierre Gringoire.
LA ESMERALDA
J'en sais un plus beau.
GR IMGOIRE.
Mauvaise! — Mais vous m'aimerez ]ieut-êlre en me connaissant mieux. Sachez d'abord quelle est ma naissance. Je suis fils du fermier du tabellionage de Gonesse , Seulement, mon père a été pendu par les Bourguignons, et ma mère éventrée par les Picards. Orphelin! n'ayant pour semelle à mes pieds que le pavé de Paris, que faire? quel état prendre? Soldat? je n'étais pas assez brave. Moine? je n'étais pas assez dévot; et puis je bois mal. J'avais plus de penchant pour être maître d'école; il est vrai que je ne savais pas lire, mais ce n'est pas une raison. Bref, voyant que je n'étais bon à rien, je me fis de mon plein gré poète et compositeur de rythmes; c'est un étal qu'on peut toujours prendre quand on est vagabond, et cela vaut mieux que de voler, comme me le conseillaient quelques jeunes fils brigandiniers de mes amis.— Vous m'écoutez, n'est-ce pas ? — Un jour, enfin , j'eus le bonheur de rencontrer le révérend archidiacre de Notre-Dame, dom Claude Frollo...
LA ESMERALDA, se réveillant de sa rêverie, elTrayée.
Claude Frollo! oh! je le connais! je le connais!
GRINGOIRE
Il prit iutcrêt à moi, et c'est à lui que je dois d'être aujourd'hui un véritable lettré. Je suis l'auteur du mys-
tère qu'on a représenté tantôt, avec grand triomphe, en pleine grand'salle du Palais, et mon mystère me rapportera beauroiip d'argent, si on me le paye. J'ai fait aussi un livre qui aura six cents pages, sur la comète prodigieuse de 1405, dont un homme devint fou.— Vous voyez (lue je ne suis jias un méchant parti de mariage. Tel quel, je suis il vos ordres, damoiselle, moi et mon esprit, et ma science, et mes lettres; prêt à vivre avec vous, comme il vous plaira; chastement ou joyeusement; mari et femme, si vous le trouvez bon; frère et sœur, si vous le trouvez mieux.
LA ESMERALOA, qui est retombée dans sa rêverie.
Plid'bus!... — Phœbiis, qu'est-ce que cela veut dire?
GRINGOIRE
C'est un mot latin qui veut dire soleil.
LA ESMERALDA
Soleil! (Elle se lève.)
GRINGOIRE
C'est le nom d'un bel archer, qui était dieu.
LA ESMERALDA répète avec un accent passionné. Dieu! (Elle sort à pas lents, pensive.)
GRINGOIRE, sans s'apercevoir qu'il est seul.
Et, sous un autre nom, Phœbus, c'est Apollo, dieu des vers; dieu de l'harmonie, dieu que je... Tiens!
elle n'est plus là! (On entend le bruit d'un verrou.) Elle s'en-
ferme! (Avec une grimace.) Chastement! — M'a-t-elle au moins laissé un lit? — Ce coffre!... Bah! je tombe de
sommeil, (s'étendant sur le coffre.) Ah! qUC c'cst duj!
Allons! il l'aut se résigner. Mais voilà une étrange nuit de noces!
(il ferme les yeux. Tout à coup il se redresse en sursaut. Un affreux charivari se fait entendre an dehors. Clopin entre brusquement, suivi de cinq ou six truands.)
CLOPIN
Frère, voici le jour. On te donne une aubade pour ton bonheur conjugal.
GRINGOIRE
Ah ! bonne idée !
J'ai à t'infurmer d'une chose. Si dans un an tu n'apportes pas ton tribut à la société, un lils adroit et fort, ou une fille éblouissaule de beauté, à moins que tu ne préfères un enfant à deux têtes, — tu seras pendu.
GRINGOIRE
Encore ! (Reprise du charivari.)