SCÈNE PREMIERE Entrent GERVAISE et 0 U D A R D E , avec M A H I ETT E
tenant a sa main un pros fc-ar.on, EU STAC HE, .qui tient à la sienne une grosse galette; — plus tard, LA SACHETTE.
GERVAISE
Nous sommes it la place île Grève, Maliictle.
.MABIETTE.
Et la cellule de la Saclielle?
OUDARDE
La voilii.
MAHIKTTE, à son garçon.
Eustache, que je te voie mordre dans la galette! tu sais que nous l'apportons à la recluse. — Ah! oui, voilà le Tiou-aux-Rats. — Et voilà le pilori, n'est-ce pas ?
GERVAISE
Oui. Avez-vous jamais vu pilorier, ma clière
Sans doute, à Reims.
GERVAISE
Ail bah! qu'est-ce que c'est que ça, votre pilori de Keims! Une méchante cage où l'on ne tourne que des paysans
MABIETTE.
Que des paysans! Nous y avons vu de fort beaux criminels, et qui avaient tué père et mère. L'homine ([u'on va flageller là tout à l'heure n'en a déjà pas tant làil, iiii'il y ait de quoi prendre de ces airs!
GERVAISE
Oh! sûrement! ce n'est, aujourd'hui, qu'un fouet très ordinaire, pour l'e.vécutiou de ce sonueur bossu, qui a tenté d'enlever une femme.
MAUIETTE.
Non pas même une femme, — une Égyptienne!
OUDARDE
Vous n'aimez guère les Égyptiennes, Mahietle.
MAUIETTE.
Elles me font peur. Surtout quand j'ai avec moi mon garçon.
OUDARDE
Pouriiuoi?
MAHIETTE
Parce que ce sont des voleuses d'enfants.
OUDARDE
Ce qui est singulier, c'est que la Sachette a la même idée des Égyptiennes. On ne sait d'où lui vient cette horreur. Elle a surtout en exécration la Esmeralda, qui n'est pourtant pas méchante. Toutes les fois que la danseuse passe sur la place, elle l'accable de malédictions et d'jnjures.
MABIETTE, saisissant de ses deux mains la tète d'Eustache.
() mon Eustache, ne me quitte pas. Je ne veux pas qu'il m'arrive ce qui est arrivé à Paquette la Chante-
lleuiie.
GERVAISE
Quoi donc ?
MAHIETTE
Ce n'est qu'une histoire de Reims.
Dites-la toujours
GERVAISE
MAHIETTE
Au fait, je ne suis jias fâchée que vous la connaissiez avant que nous parlions à la recluse. — Eh bien, Pa- (|uette la Chantelleurie était, il y a quinze ans, une jolie lille de chez nous, dont la vie était loin d'être régulière. .Mais on avait jiitié d'elle parce qu'elle était restée, toule jeune, orpheline et pauvre; et puis elle avait un enfant! une petite lille, qu'elle adorait, et tjui était si gentille qu'on venait comme en pèlerinage la voir par curiosité. — Eustache , je vous ai dit de ne pas manger la galette ! — R est certain que cette petite était plus emmaillotée de rubans et de broderies qu'une daupliine du Dauphiné. Elle avait entre autres une paire de petits souliers, que le roi Louis XI n'en a sûrement pas eu de pareils. C'étaient bien les deux plus mignons souliers roses qu'on put voir. Ils étiiieut longs tout au plus comme mon pouce, et il fallait en voir sortir les petits pieds de l'enfant pour croire iiu'ils avaient pu y enuer. Au resie, elle n'avait pas que les pieds de joli; c'était un amour ! Sa mère en devenait tous les jours de plus en plus folle. Elle la caressait, la baisait, l'attifait, la mangeait. Elb' eu perdait la tète, elle eu remerciait Dieu.