ACTE DEUXIEME
GERVAISK.
Le coule ost bel et bon, iiiiiis on csl l'Égyiito dans tout cela ?
M \ 11 1 K ni:.
Voici. Il arriva un jciui' à Ht'iiiis des espèces de cavaliers fort singuliers. C'étaient des bobéiiiiens et des truands qui venaient en droite ligne de la basse Egypte par la Pologne, pour dire la .bonne aventure au nom du rdi d'Alger. Ils vous regardaient dans la main et vous faisaient des prophéties à étonner un cardinal. La pauvre Clianletleurie fut prise de curiosité. Elle voulut savoir le sort qu'aurait sa lille, et la porta aux Égyptiens. El les Égyptiennes d'admirer l'erifant, de la baiser avec leurs bouches noires , cl de s'émerveiller sur sa petite main. Elles lirenl fête surtout aux jolis pieds et aux jolis souliers. Et quant ii la bonne aventure qu'elles tirèrent à la petite, ce devait être une beauté, une vertu , une reine. La Cliantellenrie retourna toute lière dans .son galetas. Le lendemain, elle jirolita d'un momeut où l'enfant dormait sur son lit, laissa tout doucement la porte entr'ouverte, et courut raconter à une voisine qu'il viendrait un jour où sa fille serait servie à table par le roi d'Angleterre et l'archiduc d'Elhiopie, et cent antres surprises. A son retour, elle trouva sa porte plus grande ouverte qu'elle ne l'avait laissée. Elle courut au lit. La place était vide, l'enfant n'y était plus.
Ah ! mon Dieu !
GERVAISE
Plus rien ?
MAniKTTK.
Si. Un des petits souliers roses. La mère s'élança hors de sa chambre, en criant : — Mon enfant! qui a mon enfant? qui m'a pris mon enfant ? — Elle alla par la ville, fureta toutes les rues, courut çà et là la journée entière, folle, égarée, terrible, flairant aux portes et aux fenêtres, comme une bête farouclie qui a perdu ses petits. Elle arrêtait les passants en criant : — Ma tille ! qni a ma lille? — Elle rencontra M. le curé de Saint-Remy et lui dit : — Monsieur le cure, je labourerai la terre avec mes ongles, mais rende/.-nioi mon enfant ! — C'était déchirant! Tout à couji elle se mit à crier : — Au camp des Égyptiens! au camp des Égyptiens ! Des sergents pour brûler les sorcières ! — Les Égyptiens étaient partis. Il faisait nuit noire; on ne put les poursuivre. Le lendemain, la (^hantelleurie avait les cheveux gris. Le surlendemain, elle avait disparu.
r.KnvAisE.
Elle petit soulier?
Disparu avec elle.
MAniKTTK.
Pauvre petit soulier! — C'est une tenible histoire! et je ne m'étonne plus, Mahietle, que vous ayez cette peur des Égyptiennes.
EUSTACHE
Mère. |mls-je manger la galette à présent?
MAHIETTE
iNou pas; nous allons il présent la donnera larecluse.
EISTACIIK, h.'urUnt nlleiil^tliveinenl ses .leus é|>aule« .le se« .leux oreilli-s.
Tiens ! ma galette !
GERVAISE
Il ne faut pas regarder toutes trois à la fois dans le trou, de peur d'effaroucher la Sachetle. Elle me connaît un peu. Je vais voir comment elle est. (Elle sapproche
ftnuoeiiu'nt Pt roganli! par la lucarne.)
Kh bii'ii ■
GERVAISE
Elle est accroupie, immobile, sur la dalle, ses deux bras croisés serrant ses genoux contre sa poitrine. On dirait (|u'clle est d« pierre. — Elle regarde fixement dans un coin quelque chose.
Distinguez-vous ce qu'elle regarde ?
GERVAISE
iNon , je ne peux pas voir.
Parle/.-liii: lAihez qu'elle vienne à la lucarne.
GERVAISE, appelant.
La Sachette ! — Vous avez bien froid; voulez-vous 1111 peu de feu ?
oc DARDE.
Elle ne répond pas.
GERVAISE
Elle fait signe que non. — Eh! bieu , prenez de cet liypoeras, il vous réchauffera. Buvez.
LA SACliKTTE, -iins élre vue.
Ile l'eilll!
MAHIETTE
C'est elle qui a parlé ?
GERVAISE
Oui. Elle se lève, (l-renam la jalelle .le» mains irEusUche.) —
Tenez, prenez celte giilette de mais.
LA SACHETTE
Du pain noir !
GERVAISE, lui I.Mi.lanI un TiMement.
Voilii un surldiil contre b' froid. Mettez-le sur vos épaules.