février
“IAARDONNEZ-MOI, 6 mon Dieu, si P j'écris ces lignes ; je le fais en esprit d’obéissance ; et si cela peut servir
à la gloire de votre sainte Mère, j'en serai très heureuse. Faites aussi, 6 mon Dieu,
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que cet acte d'obéissance serve à expier res péchés.
‘“ Depuis neuf mois que j'étais malade, je souffrais beaucoup, non-seulement de corps, mais aussi d'esprit. Ce qui se passait dans mon cœur est impossible à dire. Je ne pouvais me résigner à mourir, et à laisser derrière moi mes parents dont je suis le soutien, et ma petite nièce que j'avais élevée. Pourtant, chaque jour et à toute heure, je disais : Mon Dieu, que votre volonté soit faite. Mais aussitôt la mort apparaissait à mes yeux; mon cœur désavouait ce que mes lèvres venaient de dire ; je n’avais plus de repos ni le jour ni la nuit.
‘ Dieu est un bon Père ; mais il veut tout ou rien. Les trois dernières crises furent très rapprochées. Il se servit de celles-là pour me rappeler à ses ordres. Comme je souffrais beaucoup, mes maîtres cherchèrent autant que possible à adoucir mes souffrances. Ils appelèrent de nouveau l:5 r1decins qui me déclarèrent incurable. J'entendais souvent dire : ‘ Elle ne peut se remettre, ‘elle finira dans une crise.” Je dois bien un peu de ma résignation à ma maîtresse, car elle me disait souvent: “ Ma pauvre ” Estelle, pour souffrir comme cela si long-
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‘temps, il vaudrait mieux que le bon Dieu ‘vous prenne, car tout porte à croire que ‘vous ne vous remettrez jamais.” Alors je rentrais en moi-même, et pleurais beaucoup en disant : Que deviendront mes parents? Le jour où je reçus l’Extrême- Onction, je devins plus calme, et dis souvent, après avoir reçu le bon Dieu: Mon Dieu, vous savez mieux que moi ce qu’il me faut, faites ce qu’il vous plaira; seulement, faites- -moi faire mon sacrifice généreusement. Cette fois je le dis du foad de mon âme. Dieu entendit ma prière.
‘ Après cette crise, je me remis un peu ; l'espoir renaïssait dans mon âme ; cela ne dura pas longtemps. Au bout de quelques jours, je retombai pire que jamais. (Cette fois je ne me décourageai plus ; je tenais à bien mourir, et dans mes grandes souffrances je disais souvent: Mon Dieu, pour expier mes fautes, faites-moi souffrir. Me
voici, frappez comme il vous plaira, seulement, donnez-moi la force, la patience et la résignation pour faire votre volonté. Si mes Jèvres laissent échapper quelque plainte, que ce soit une prière sortie de mon cœur qui monte vers vous.
à , “ Après quelque jours je devins plus faible #
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encore, je ne pouvais plus prier, mon sacrifice était fait, je ne demandais plus rien, La sainte Vierge intercédait pour moi; aussi c’est avec une reconnaissance bien sincère et une humilité profonde que je vais écrire les faveurs dont elle m’a comblée. Je suis bien indigne de ses grâces, car après toutes mes ingratitudes elle devait plutôt m’abandonner que me favoriser. Que ceux qui liront ces lignes, si elle méritent d’être lues, soient bien convaincus d’une chose, c'est que ce n’est pas pour mes propres mérites que la sainte Vierge a obtenu de son Fils ma guérison; c’est au contraire pour faire voir à beaucoup que, malgré nos péchés, nous avons une bonne Mère qui nous gâte et intercède pour nous. Quelles obligations n’ai-je pas à lui rendre pour tant de bontésP
‘ Pendant cinq nuits je vis à peu près la même chose. Dans la nuit du 14 au 55, c'est-à-dire du lundi au mardi, j'étais très malade. Je ne sais trop ce que j'éprouvais ; si c’est du sommeil, je n'en sais rien. Je cherchais à me reposer, quand tout à coup apparut ie diabie au pied de mon lit. On!
que j'avais peur! Il était horrible ; il me faisait des grimaces. A peine était-il arrivé
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que la sainte Vierge apparut de l’autre côté, dans le coin de mon lit. Elle avait un voile de laine bien blanc qui formait trois plis.
Je ne pourrais assez dire ce qu'elle était belle ! Ses traits étaient réguliers, son teint blanc et rose, plutôt un peu pâle. Ses grands yeux doux me remirent un peu, maïs pas tout à fait, car le diable apercevant la sainte Vierge se recula en tirant mon rideau et le fer de mon lit. Mais ma frayeur était abominable. Je me cramponnais à mon lit.
Il ne parla pas, il tourna le dos. Alors la sainte Vierge lui dit sèchement: “ Que “ fais-tu là? Ne vois-tu pas qu’elle porte
| ma livrée et celle de mon Fils ?” I] dispa-
rut en gesticulant. Alors elle se retourna vers moi, et me dit doucement : “ Ve crains
À “rien, tu sais bien que tu es ma fille?” Et « je me souvins alors que depuis l’âge de 14 4 ans j'étais enfant de Marie ; j'avais moins
peur. Elle me dit: “ Courage, prends ‘€ patience; mon Fils va se laisser toucher.
ù “ Tu souffriras encore cing jours, en Fhonù ‘‘neur des cing plaies de mon Fils. Samedi,
‘du seras morte ou guérie. Simon Filste “rend la vie, je veux que tu publies ma ‘€ gloire” J'étais si surprise alors que je
© répondis vivement: Mais comment faire P
Moi je ne suis pas grand'chose, je ne sais pas ce que je pourrais faire. Aussitôt je vis entre elle et moi une plaque de marbre blanc que je reconnus pour être un ex-vofo.
Je lui dis: Mais ma bonne Mère, où faudrat-il le faire poser ? Est-ce à Notre-Dame des Victoires à Paris, ou à Pellevoi...? Elle ne me donna pas le temps d'achever le mot Pellevoisin. Elle me répondit : “ 4 Motre- 6 Dame des Victoires, ils ont bien assez de 6 de marques de ma puissance, au lieu qu'à Pellevoisin, à n'y a rien. Lis ont besoin € de stimulant.” Elle resta encore quelques instants sans rien dire. Je ne peux expliquer ce qui se passait en moi. Je tremblais, et pourtant que j'étais heureuse! Je lui promis, de faire ce qui dépendrait de moi pour sa gloire. Elle me dit encore : “ Cow:
‘“rage, mais je veux que tu tiennes lu promesse ; ” et puis tout disparut. Je regardai longtemps, mais je ne vis plus rien le reste de cette nuit.
# La seconde nuit, je revis le diable, et je reprenais la peur. Il se tenait un peu plus loin. La sainte Vierge parut presque aussitôt. que jui, et elle me dit: “V'aie donc pas peur, je Suis là. Cette fois mon Fils s'est “€ Jaissé, attendrir. T1 te laisse la vie; tu
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€ seras guérie samedi.” Là-dessus je répondis: Mais ma bonne Mère, si j'avais le choix, j'aimerais mieux mourir pendant que je suis bien préparée. Alors la sainte Vierge me dit en souriant : “ Zmgrate, si mon Fils “ je rend la vie, c'est que tu en as besoin.
Qu'a-t-il donné à l'homme sur la terre de € plus précieux que la vie? En te rendant ‘ Za vie, ne crois pas que tu seras exempte de souffrances; non, tu souffriras,et lu ne “seras pas exempte de peines. C'est ce qui € fait le mérite de la vie. Simon Fils s'est ( Jaissé toucher, c'est par ta grande résigna- ‘Cgion et ta patience. N'en perds pas le fruit par ton choix. Ne lai-je pas dit :
«6 S’i7 te rend la vie, tu publieras ma gloire? ” Le marbre blanc était présent, et à côté, autant de papier de soie blanc qu’il y avait d'épaisseur de marbre ; cela en formait une quantité. Je cherchai à soulever quelques feuillets, cela me fut impossible. La sainte Vierge me regardait toujours souriant. Elle me dit: “ Maintenant regardons le passé.”
Son visage devint un peu plus triste, mais toujours très doux. Je suis encore toute confuse des fautes que j'ai commises dans le passé, et qui, à mes yeux, étaient des fautes légères. Je garde le silence sur ce
que la sainte Vierge me dit en particulier.
Je dirai seulement qu’elle me fit de graves reproches que j'avais bien mérités. J'aurais voulu crier pardon! Mais je ne le pouvais Pas, ma peine était trop grande, j'étais Stupéfaite. La sainte Vierge me regarda avec bonté, puis elle disparut sans rien dire. Combien j'avais de chagrin |!
“ La troisième et la quatrième nuit, je revis le diable. Il se tenait si loin que c'est à peine si je distinguais ses gestes.
La troisième nuit, la sainte Vierge me dit :
Allons, du courage, mon enfant.” À cet instant les reproches de la veil me revinrent à l'esprit. Je Cralgnais et t:emblais,
‘ Elle me fit de nouveaux reproches, mais avec tant de douceur que je me suis rassurée. Elle me dit: “ Tout ceci est Passé; tu “as par ta résignation racheté ces fautes.” Elle me fit voir quelques" bonnes actions que j'avais faites. C'était bien peu de chose à côté de mes fautes. La sainte Vierge vit bien ma peine, car elle me dit: € Je suis “ toute miséricordieuse + maîtresse de
“mon Fils. Ces quelques bonnes actions et ‘quelques prières fer
erventes que {nu m'as ‘adressées ont touché MON cœur de mère, “entr'autres cette petite lettre que tu m'as