EVE CS
se retiraient ensuite au dortoir pour y prendre leur epos.
Le sommeil est l’image de la mort. Ne serait-ce as le moment de parler de la mort des religieuses le Prouille? Encore faudrait-il que la mort eût été, pour elles, un événement qui tranchât sur le
reste de leur vie. Or les moniales de Prouille la considéraient comme le dernier acte d’une vie terrestre, d’une vie d’exilé qui va rentrer dans sa patrie. La mort ne surprenait pas ces filles de Dieu qui l’attendaient; elle se trouvait être, chez elles, la bienvenue parce qu’elle ouvrait sur le ciel de consolantes perspectives, pour déchirer enfin les voiles qui nous cachent ici-bas la Beauté suprême.
. C’est que Prouille était, au Moyen Age, ce
« jardin fermé » du Cantique où fleurissaient des
lis bien blancs, à la tige élevée, au parfum péné-
trant et très pur. « Jusqu’à ce jour, écrivait le . bienheureux Jourdain, ces servantes du Christ rendent à leur Créateur un hommage fidèle, se sanctifiant avec vaillance. Elles mènent une vie dont la pureté singulière est une source de salut pour elles, d’édification pour les hommes, de joie pour les anges, de satisfaction pour le cœur de Dieu. »
A la suite de la visite qu’il fit au monastère en : 1256, le bienheureux Humbert de Romans leur rend à peu près le même témoignage :
« Les sœurs de Prouille, vivant sous une clôture perpétuelle, sous le régime d’observances dignes d’admiration et d’un silence rigoureux, travaillant
M ns |
de leurs mains et vivant des jours pleins, dans une! grande innocence, offrent à Dieu un sacrifice d’agréable odeur. Croissant par les mérites, c’est avec raison qu’elles se sont développées par le nombre. Le parfum de leur cloître s’est répandu partout; un grand nombre de femmes pieuses ont voulu imiter leur ferveur dans le service de Dieu. »
Cette ferveur — au témoignage de Jean de Réchac — s’est maintenue pendant deux cents ans « bien que les guerres et les pestes eussent donné de fortes raisons pour se relâcher et se dispenser. » Un souvenir leur est demeuré de cette époque, aux moniales actuelles du couvent de Prouille : c’est l'intensité profonde de la vie de leurs devancières. Jourdain de Saxe l’a bien traduite en l’appelant. la vigueur de sainteté de ces premières-nées de saint Dominique.