ON LES
Cette lettre marque nettement la position des
religieuses de Prouille dans la lutte engagée. On
veut le but que se proposent les auteurs du projet : l'intérêt de la noblesse du Languedoc. On réserve
- absolument l'intégrité de la vie religieuse à Prouille,
et l’on poursuivra la révocation de la défense royale par laquelle on interdit de recevoir des postulantes à l’habit, des novices à la profession; quant aux agrégées, la mère de Bellegarde s’ingéniera à montrer le danger qu’il y aurait, pour le maintien de la vie religieuse à Prouille, à persister dans le projet. C’est le sens de toutes ses lettres.
La réponse du comte de Saint-Florentin, datée du 2 janvier, maintient toutes les positions du projet, et enregistre précieusement la déclaration de la Mère de Bellegarde par laquelle celle-ci proteste avoir en vue « le bien évident » de la noblesse. Ce sera la tactique des séculiers : ne rien
. céder sur les positions du projet et prendre acte
des moindres bonnes volontés de Prouille.
A Loménie de Brienne, le 16 décembre 1768, la Mère de Bellegarde demande le maintien, à Prouille, d’au moins 40 professes, au lieu de 20 ou 24, que comportait le projet; les professes vivront en commun, et l’on jouira de la paix. Ce régime donnera confiance aux demoiselles pensionnaires et à leurs familles, et le recrutement des professes ne manquera pas de se faire. Elle demande aussi qu’on les dispense des agrégées qui transformeront le monastère en école d’amusement
et d’indiscipline. Loménie de Brienne répond de Montpellier le 25. décembre 1768 : « Vous ne pouvez pas douter, Madame, du plaisir que j'aurai à entrer dans vos vues; mais vous auriez mauvaise opinion de moi si je les adoptais ou si je me chargeais de les proposer alors que je les vois contraires à l’établissement que le Roy projette et dont il a bien voulu me charger de jeter les fondements. « Une communauté de religieuses avec un certain nombre de pensionnaires ne remplirait pas le désir de procurer aux filles de condition, qui ne. veulent pas s'engager irrévocablement, un état honnête et convenable qui leur donne le temps d’attendre ou le moment d’une véritable vocation ou celui d’un établiséement sortable. C’est cet avantage qu'il s’agit d’assurer à Ja noblesse; c’est celui dont jouissent les chapitres nobles, mais auxquels ils ne sont pas nécessaires; aussi ai-je eu l’honneur de vous assurer qu’on ne ferait pas de Prouille un chapitre; mais je vous ai dit en même temps qu’il fallait en faire plus qu’un couvent et un pensionnat. Un grand nombre de religieuses engagées par des vœux irrévocables serait nuisible dans un pareil établissement. Le corps des religieuses qui doit exister doit représenter la partie la plus. saine de la maison; il doit être tiré successivement des autres dames, comme celles-ci des pensionnaires; il doit être moins nombreux, sans cela il. ne pourrait se recruter; j'ajoute, se soutenir : car il ne peut se soutenir qu’autant qu’il ne se. lèvera pas, entre les autres partis, des joues et.