‹ Notre=Dame de ProuilleChapitre 56 sur 81 · CAC 15 : TRE DURS MS · texte numérisé non relu

CAC 15 : TRE DURS MS

LA

des rivalités. Si les dames non religieuses sont, ou absorbées par le grand nombre, ou regardées comme étrangères, bientôt elles se plaindront, et comme l'établissement est fait en leur faveur, elles seront bientôt écoutées et prendront le dessus. Voulezvous conserver les religieuses? Qu’elles soient en petit nombre, qu’elles regardent les autres comme devant leur succéder, que celles-ci s’accoutument dans les emplois à prendre part à l’intérêt commun; , qu’elles voient le moment où elles pourront devenir religieuses comme un moment avantageux; alors les religieuses resteront toujours, et vous remplirez votre objet; sans cela vous le manqueriez absolument, et plus vous voudriez multiplier les religieuses, plus vous mettriez de l’incertitude dans leur sort... »

On le voit : Loménie de Brienne ne se préoccupe aucunement des graves inconvénients que suscitera à Prouille un corps d’agrégées. Or, pour la mère de Bellegarde, c’est le point important. Elle s’en ouvre au prince de Beauveau, le 15 janvier 1769, de façon catégorique. Et cependant, le prince de Beauveau prend occasion des déclarations de loyalisme de la Mère de Bellegarde pour lui prêter l'intention d’accepter le projet de Loménie de Brienne. « L'établissement dont Mgr l’Archevêque de Toulouse m'a montré le plan, m’a paru, Madame, si avantageux et si sage, que je n’ai pas Cru pouvoir vous louer mieux et vous témoigner plus fortement ma satisfaction de la manière dont vous vous y prêtiez qu’en l’admettant sur le compte de

votre façon de penser personnelle.-et de votre soumission aux volontés du Roy; je suis toujours également persuadé que ces deux motifs vous conduiront de même dans la suite de cette affaire. » Déjà, dans une réponse datée du 3 janvier 1769, le prince de Beauveau louait « la sagesse et la fidélité » avec lesquelles la mère de Bellegarde se prêtait «aux vœux du Roi, et aux vœux de la Province du Languedoc sur la maison de Prouille. » La mère de Bellegarde s’empresse de s’expliquer dans une lettre à Loménie de Brienne, datée du 15 janvier 1769. Si par facilité, on a entendu son « zèle pour les intérêts de la noblessse, lorsqu'ils sont conciliables avec la conservation de notre institut, la régularité de us maison, et mon respect pour les.ordres de sa majesté... je serais tranquille, parce que ce sont là mes véritables sentiments et que je signerais de mon-sang.. mais s’il a entendu que j’entrais avec facilité dans un plan d’un corps d’agrégées et des religieuses d’un genre singulier, j'en suis au désespoir. Une seule agrégée me fait peur, je ne puis goûter ce nouveau genre de religieuse. »

Et la Mère de Bellegarde revient sur une idée déjà exprimée qu’un plus grand nombre de pensionnaires remplirait mieux les intérêts de la noblesse. Le Loménie de Brienne, le 29 janvier 1769, veut expliquer le terme « facilité » employé auprès de lui … par le prince de Beauveau : et c’est un nouvel abus de la droiture d’intention de Madame de Belle:

garde; il ne cède rien sur la question des dames agrégées, qu’il appelle — croyant y gagner — «non engagées par des liens irrévocables », comme si cette nouvelle appellation changeait leur vrai caractère.

C’est alors que la Mère de Bellegarde crut pou: voir user de conciliation. Après avoir strictement réservé pour le présent et l’avenir ce que saint Dominique, et, après lui, les Constitutions de l'Ordre et les souverains pontifes avaient statué pour les religieuses de Prouille, elle propose à Loménie de Brienne, de réduire le nombre des agrégées à celui des religieuses, à condition toutefois, que les agrégées suivront la Règle, la clôture, la vie commune, comme les religieuses; on pourrait, pour le reste, accorder quelques adoucissements. A cette lettre, Loménie de Brienne se contenta de répondre qu’il avait rendu compte de sa mission : et Madame de Bellegarde trouvera peut-être qu’en haut lieu, « on est encore plus rigide » que lui, Loménie de

. Brienne.

La Mère de Bellegarde s’aperçut de la mauvaise foi de ses correspondants; qu'avec eux, sa droiture faisait fausse route. Elle résolut fermement de s’en remettre à Dieu et de maintenir, coûte que coûte, son point de vue. Après tout — comme le lui man-

dait un magistrat en janvier 1769 — « le mal ne . vient pas de la démarche juste en elle-même, mais de la disposition de ceux qui s’en irritent; le mal

est sur leur compte et ne peut être imputé à ceux qui ne font que ce qu'ils doivent faire; et comme il ne faut jamais faire que ce qu’on doit, rien que ce

qu’on ne doit faire ne saurait être regardé comme possible. Il est toujours très vrai que les règles du devoir sont indispensables, que l’alternative de l’omission du devoir ne saurait être balancée par la crainte sérieuse de la destruction du meilleur des établissements ni par la perte apparente du plus utile des supérieurs. Combien de fois a-t-on éprouvé que ce qui est impossible à l’homme ne l’est pas à Dieu? C’est à lui à agir lorsque les hommes n’y pourront plus rien; et s’il ne le fait pas toujours, l’homme n’en doit pas moins adorer sa providence, se tenir en repos et se croire en süreté puisqu'il est sous sa main et dans l’ordre, au lieu qu’en s’écartant de la Règle, l’homme se conduit lui-même, prévient les moments de Dieu et se prive de son secours. »

Ce fut désormais la ligne de conduite de la mère de Bellegarde. Elle maintient son point de vue devant les fins de non-recevoir du comte de Saint- Florentin, les détours de Loménie de Brienne. Elle ne veut des dames agrégées que dans la mesure où elles seront en nombre égal avec les religieuses professes, et qu’elles suivront la même Règle; c’est-à-dire qu’elle espère bien que devant la fermeté et la justice de son point de vue, on finira par céder et qu’on s’en tiendra uniquement à l’édu-. cation des jeunes filles.

Le P. Roques, prieur de Prouille, est alors choisi comme commissaire par le Père général. Il devra s'entendre avec Loménie de Brienne pour l’éla-" boration de statuts destinés au nouvel établisse-…

ment. Ses patentes reconnues par Louis XV ne furent jamais entérinées au Parlement du Languedoc. Dans son entrevue avec Loménie de Brienne,

> LP. Roques obtint que le nombre des agrégées

ETS

serait égal à celui des religieuses professes. La Mère de Bellegarde est loin d’en être satisfaite. Elle le dit à Loménie de Brienne lors d’une visite que celui-ci fit à Prouille le 13 janvier 1770. Devant cette fermeté, Loménie de Brienne protesta qu’il y aurait à Prouille des agrégées. « Que voulez-vous de nous? lui demanda-t-on. — Que vous consentiez aux agrégées et aux Règlements qui seront faits et autorisés par les deux puissances. —Nous recevrons toujours avec respect les ordres qui nous viendront des puissances, mais nous ne pouvons donner notre consentement. Ne trouvez pas mauvais que nous vous demandions du temps pour

faire nos réflexions. — Dix ans, si vous voulez, et

cependant vous périrez par consomption et l’on fera alors ce qu’on voudra.» Moriatur anima mea morte justorum, conclut la Mère de Bellegarde, car ce fut vraiment une conclusion à ce pénible entretien. Démonté, furieux, Loménie de Brienne se rejeta sur l’argument des faibles, accusant. de mauvaise foi la vaillante prieure dont une commission de vive voix avait été mal faite. Il se retira,

» pour ne plus revenir.

La mauvaise foi était de son côté, car, peu de temps après, faute d’avoir été averti sur la droiture de la prieure de Prouille, qui n’avait vraiment pas contredit aux ordres du roi au sujet des

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