LA BASILIQUE DU ROSAIRE ET LES PÈLERINAGES
Les pèlerinages. — La basilique du « Vœu du Rosaire ». Le pèlerin de Prouille,
Dès les premiers temps de la reconstruction du monastère, les pèlerins, isolés ou en groupes, reprirent les chemins qui conduisaient à Sainte-Marie de Prouille. On se rassemblait dans la chapelle privée de la vicomtesse Jurien, attenante à l'hôtellerie :
- c'était peu, mais on renouait les traditions de l’an-
cien Prouille.
Quand Léon XIII, le 17 septembre 1883, eut convié le monde catholique par son Encyclique : Supremi Apostolatus à supplier N.-D. du Rosaire contre l’envahissement des doctrines antichrétiennes, l’évêque de Carcassonne, Mgr Billard, fit appel au clergé et aux fidèles de son diocèse. Le, 18 octobre, 1883, il inaugurait les fameux pèle-
rinages du Rosaire à Prouille.
Comment reproduire la physionomie de ces pèlerinages qui ont laissé dans la mémoire de tous les
habitants de la région et des diocèses circonvoi-
sins un si profond souvenir? Des comptes rendus parus dans la Semaine religieuse de Carcassonne nous y aideront. C’était un événement. De 1883
à 1901 ils eurent lieu sans interruption. L'âme en était Mgr Billard, ce grand évêque au cœur vibrant, qu’on a si justement nommé : l’Évêque du Rosaire et qui, dès les premiers jours de son épiscopat, prodiguait à l’œuvre de Prouille le plus admirable et généreux dévouement.
Mgr Billard « imprégné dans toutes les fibres de son âme de l’esprit et du génie du P. Lacordaire, affilié au Tiers Ordre dominicain, et si sensible à toutes les gloires passées de son Église, s'était intimement attaché à la restauration de N.-D. de Prouille. Le bon/évêque, dominant toute fatigue, recevait les pèlerins, chantait la messe, prêchait. avec un feu extraordinaire, suivait les processions, | récitait le Rosaire, son entrain gagnait la foule 1. »
Ces pèlerinages étaient préparés et organisés par le P. Doussot, l’aumônier de N.-D. de Prouille, Pancien aumônier des zouaves pontificaux, qui, à Patay, recueillit le drapeau du Sacré-Cœur troué de balles et rougi de sang, et le remit au Général. de Charette. Il s’occupait, dans ces circonstances solennelles, de ses hôtes illustres, des PRÉ é appelés, de l’ordre des cérémonies. ja
Au pèlerinage d’octobre 1890 assistaient le car dinal archevêque de Toulouse et ses sufiragant
4. Mgr Billard, Lettre de Mgr de Cabrières au vic. de 1 de Carcassonne.
- de Pamiers, Montauban et Carcassonne, et 250 - ecclésiastiques. Les évêques d’Aix, de Cahors, de Montpellier vinrent aussi les années suivantes. On y entendit des voix éloquentes. Mgr Billard inaugura les pèlerinages en 1883 en disant les origines et les triomphes du Rosaire. Le P. Raynal, + directeur régional du Rosaire, parla souvent à ces … pèlerinages. Le P. Coconnier expliqua « le sens - des prières du Rosaire. » Le P. Guillermin (1885) … traita du « Rosaire, dévotion populaire, immortelle, opportune, »
…. En 1892, Mgr de Cabrières fit ressortir la sain- teté, la simplicité, la profondeur, la tendresse et - l'efficacité de la dévotion du Rosaire. En 1893, le - P. Feuillette montra que Marie, corédemptrice du … genre humain, peut nous sauver et que, Reine … des Victoires, elle le doit. R … En 1894, le P. Garaud dit que le Rosaire est t le « chant des mondes, de l’âme et des âmes, des anges, de la Trinité. » En 1895, le P. Boulanger présenta le Rosaire comme une puissance de pré- . dication et une puissance d’intercession. En 1896 le P. Montagne prêcha Marie, Reine de la Vérité. En 1899, le P. Ollivier montra la ressemblance qui existait entre le xrie siècle, le siècle d’origine du . Rosaire, et le xix® où il a été proclamé par le - pape comme l'instrument du relèvement religieux des peuples.
Que dire maintenant de ces mouvements de po- - pulation qui atteignirent parfois jusqu’à 15.000 . pèlerins! En 1883 et depuis jusqu’à ce que la
basilique s’élève au tiers de sa hauteur, autour de la plate-forme qui lui servira d’assises, on plantait des mâts gigantesques, surmontés de blanches. oriflammes aux armes de saint Dominique et de l’évêque, et reliés entre eux par des festons de buis vert. L’autel se dressait à l’orient de ce ne. | supportant la Vierge du Rosaire.
Autour de cette église aérienne et de son autel se groupaient les pèlerins venus de tous les points de la région : Fanjeaux, Montréal, Villasavary, Bram, Villesicle, Laforce, Lasserre. Des prêtres nombreux entouraient l’autel.
Mgr Billard tenait à officier. Et c’était une reproduction des grandes manifestations de Lourdes. Après la messe, fine procession se formaient en longue file, les pèlerins longeaient la basilique naissante, traversaient la crypte, contournaient le monastère et son vaste enclos, montaient à la « mote de Prouille, » couronnée depuis d’une belle statue de N.-D. du Rosaire. C'était le sermon, en plein air donné, soit par un des évêques présents, soit par un prédicateur de renom.
Mais ces grandioses manifestations demandaient une église appropriée. Le vœu en fut émis au pèlerinage d’octobre 1885, et accueilli par Mgr Billard et les acclamations de 6.000 personnes. On ouvrit” aussitôt une souscription; pauvres et riches tinrent 4 à honneur d’y figurer.
DR
- Le concours généreux de ses diocésains et des — associés du Rosaire permit à Mgr Billard de bénir la première pierre de l’église le 22 juillet 1886, en …. présence d’un grand nombre de prêtres et de fidèles. Et le soir, le P. Saudreau, qui, 22 ans aupara- vant, comme Provincial et successeur du P. Lacor- - daire, avait béni les efforts de la vicomtesse … Jurien de la Gravière, chantait la terre de Prouille destinée à de grandes gloires, et exaltait le double = berceau de l'Ordre et du Rosaire.
Le Révérend Père Larroca, alors Maître Général … des Frères Prêcheurs, et sa sainteté Léon XIII, + vinrent encourager l’œuvre de la basilique de - Prouille, l’un par une circulaire à tout l'Ordre, - l’autre par un bref, en date du 29 janvier 1889. Dans la lettre par laquelle Mgr Billard commu- | niquait le bref de Léon XIII, l’évêque de Carcas- “sonne, après entente avec la prieure et l’aumô- “4% nier de Prouille, assurait à perpétuité aux sous-
23 3 l'Office des Morts pour les bienfaiteurs défunts, 1 |chaque semaine ; - 4° Un diplôme d’honneur garantissant une par-
1 | ticipation à tous les suffrages, satisfactions et
| souscripteurs qui auront offert une somme de 4 cinq cent francs au moins. ,
On répondit avec empressement au triple appel du Général de l’Ordre, de Mgr Billard, et de Léon XIII Dominicains et dominicaiïnes, Wtertiaires, réguliers et séculiers, associés du Rosaire, clergé et fidèles du diocèse de Carcassonne, de France, de Belgique, d'Allemagne, d’Italie, "de ! Sologne, d’ Angleterre, d'Amérique, du Canada, ete., contribuèrent à l’érection de l’église du vœu du Rosaire à Prouille.
Ces ressources permirent de construire la « basilique » au deux tiers de sa hauteur définitive. La mort soudaine de Mgr Billard et les circonstances qui attristèrent l’Église de France arrêtèrent les travaux. Que sera l’édifice terminé? l’architecte nous en donne, dans son rapport, un juste idée : . « La future basilique du Rosaire, dit-il, conçue dans le style roman-byzantin, est, en ce moment, construite au tiers de sa hauteur définitive.
« L'espace restreint compris entre le monastère et l’hôtellerie a forcé de donner aux construétions une forme particulière laissant à l’intérieur le plus de place possible à une nombreuse assemblée de fidèles. 2 .. « La grande nef est un carré de 20 mètres & ‘côté, et s'élève à environ 30 mètres de hauteur. Elle sera surmontée d’une coupole à lanterne; . le sommet atteindra 45 mètres. à
« A droite et à gauche de la nef sont disposées | dix chapelles communiquant ‘entre elles. pe
« L'accès est situé sur le troisième côté, et forme L un porche ou galerie reliant le monastère et: PRé-
DR Er fu
… tellerie, et dans lequel on trouve de chaque côté. … des trois grandes portes, un escalier conduisant … aux tribunes. Ces dernières occupent les trois côtés “ de la nef, et produisent, d’en bas, un coup d’œil mposant par les trois grandes baies, dont les colonnes jumelles supportent un tympan qui sera orné de mosaïques représentant la vie de saint … Dominique. Dans le fond de ces grandes tribunes, t prenant jour sur les côtés latéraux, deux … grandes rosaces de six mètres endroit pro- REC . duire des jeux de lumière dans les baies de ces galeries.
« Mais, franchissons le seuil, et examinons la
… forme extérieure.
… «Sur la façade principale, la galerie de la tribune … est accusée par une série de niches à colonnettes,
qui abriteront plus tard, les statues des saints les lus illustres de l'Ordre de Saint-Dominique. Et andis que les extrémités sont immédiatement - couronnées par une galerie à pinacle, les grandes bunes s'élèvent bien plus haut et forment avec - le chevet de l’église, les bras de la Croix, au centre > laquelle s’élèvera le grand dôme.
-« Au-dessus de la porte centrale, une baïe gémi- - née donne accès à un balcon destiné à donner la » bénédiction papale à la foule qui n’a pu trouver
place dans l’église.
Le fronton principal sera orné d’une statue olossale de la Vierge, patronne de la basilique, et n bas-relief en marbre blanc, représentera dans
proportions gigantesques, saint Dominique
recevant le Rosaire de Marie entourée d'une Aie titude de séraphins. |
« Mais, entrons à l’intérieur, et examinons de sanctuaire occupant le quatrième côté de la nef. Sa largeur est de 12 mètres, et l’arc triomphal qui. le sépare de la nef mesure 18 mètres de hauteur.
Il a 10 mètres de profondeur et est entièrement réservé aux cérémonies du culte. ART « Sur les côtés, vingt-deux stalles, en chêne, enca-
dreront le maïtre-autel à double face.
« Des bas côtés permettent aux fidèles de de culer autour du sanctuaire et donnent accès aux quatre petites chapelles semi-rondes, qui avec les dix de la nef et le maître-autel, complètent les | quinze chapelles Rosaire.
« Derrière le maïître-autel et devant la grille de … clôture du chœur des sœurs, règne un petit sanc- | tuaire réservé pour les prises d’habit. {
« A la suite, et de chaque côté, deux petits escaliers tournants accèdent à des tribunes, dont les baies géminées, à colonnes de marbre, donnent au sanctuaire un caractère imposant. LA
« On accède également par ces escaliers, à Vp pi crypte, conçue dans le style roman primitif. Cette crypte, située sous le sanctuaire et le chœur des sœurs, et qui pourra plus tard s’étendre sous toute ” la nef, a des entrées et des sorties placées sous les” chapelles de la nef. Elle rend de très grands services en temps de pèlerinage. 24
« Les deux sacristies situées entre. Je couvent
Lier. mit