‹ Notre-Dame de Saint-SangChapitre 10 sur 12 · EPILOGUE · texte numérisé non relu

EPILOGUE

Cette notice était écrite, et venait d'être imprimée avec l'approbation élogieuse du savant prélat dont s'enorgueillissait le diocèse d'Arras, lorsque la nouvelle chapelle de Notre-Dame de Saint- Sang, toute resplendissante des beautés architecturales qui la décorent, allait s'ouvrir au culte. Profitant du séjour à Boulogne de Sa Grandeur, au lendemain de la solennelle consécration de l'église de Saint- Vincent de Paul, le zélé curé de Saint-François de Sales osa espérer que l'éminent prélat voudrait bien présider lui-même à l'inauguration du nouveau sanctuaire. Monseigneur Parisis se plut à exaucer ce pieux désir. Entouré des vicaires généraux et des chanoines qui l'avaient accompagné à Boulogne en cette circonstance, il officia pontificalement dans l'église de Saint-François de Sales, où

M. l'abbé Caboche, alors vicaire et depuis curé de Saint- Nicolas de la basse- ville, célébra dans un de ces discours théologiques qui lui sont familiers, la valeur, le mérite et la gloire du Sang divin. Tout Boulogne était-là. Chaque paroisse y avait envoyé sa députation, avec croix et bannières, comme aux grands jours de- Notre-Dame, ou du Saint- Sacrement. Monseigneur Haff Veingue, en habit de protonotaire, y assistait avec les prêtres de sa maison.

L'émotion fut grande, lorsque le successeur des évêques d'Arras, de Thérouanne et de Boulogne, renouant une tradition plusieurs fois séculaire, prit dans ses mains vénérables le sacré reliquaire que Godefroi de Bouillon avait envoyé à sainte Ide, sa mère, et que l'élevant au-dessus de la tête des fidèles pour les bénir, il le déposa, renfermé dans un magnifique ostensoir de vermeil, sur la civière d'honneur qui avait été préparée pour le recevoir. Il y avait sept ' cent soixante ans, presque jour pour jour, qu'en ce même lieu, le bienheureux évêque

Jean de Commjnes en avait fait autant, au milieu des chevaliers bardés de fer qui revenaient de la Croisade,

Une procession splendide, comme on en savait faire à Boulogne, à cette époque des grands pèlerinages, s'organisa pour se rendre de l'église à la chapelle. Les journaux du temps en ont consigné le souvenir, comme celui d'une des plus belles manifestations religieuses dont Boulogne ait été le théâtre (1). Il y avait foule compacte, sur près d'un kilomètre de développement. La vieille Image de Notre-Dame marchait en tête, portée par ses fidèles jardinières de la paroisse. La relique du Saint- Sang suivait, sous un dais de velours cramoisi ; mais les prêtres de la ville n'avaient pas voulu laisser aux laïques l'honneur de lui prêter leurs épaules. Vêtus de dalmatiques, suivant les rites du Pontifical, ils s'avançaient, comme les Lévites de la loi ancienne, inclinant leur chef vénérable sous

(1) Voir la Colonne et V Observateur du 24 juillet 1862.

le poids de l'Arche Sainte qui renfermait le Sang de la Nouvelle Alliance, au milieu du recueillement attendri des spectateurs.

Arrivé à la chapelle, monseigneur Parisis la bénit, en se servant, à cet effet, des prières du Rituel ; puis il y déposa l'antique statue qui en devait être le Palladium. Après quoi, le cortège sacré revint à Saint-François de Sales, où la très sainte Relique fut offerte à la vénération de l'assistance.

C'était le 20 juillet de l'année 1862, jour mémorable dans les annales de la nouvelle paroisse, où le culte du Saint-Sang, violemment interrompu par les saturnales révolutionnaires, fut de nouveau inauguré avçc une solennité et un éclat digne des anciens jours. Si les chevaliers des Croisades dorment pétrifiés sous les dalles de leurs tombeaux de marbre ; si leur valeureuse épée n'est plus là pour défendre les saintes Reliques contre les outrages des mécréants; si la plupart de nos Basiliques sont hélas ! veuves de leurs évêques, de leurs abbés, de leurs vénérables chapitres; si nous ne voyons plus, comme

dans le pompeux dôfilé des processions d'autrefois, se succéder le cortège varié des corporations monastiques, il nous reste, toujours exemplaire et zélé, le clergé des paroisses, toujours pieuse et fervente, l'élite du bon peuple chrétien. Le Dieu que nous servons est toujours le Dieu vivanfc. Quand on croit l'avoir vaincu, c'est alors qu'il triomphe, comme a triomphé Notre-Dame de Boulogne le 30 août 1857, comme triomphait le Saint- Sang dans la journée dont nous racontons l'histoire.

Rien n'y manquait, pas même la participation officielle de l'auitojité municipale, qui ce soir-là, dans la maison de M. Gosselin, maire de la ville, offrait au grand évêque d'Arras, les agapes d'honneur qui sont l'accompagnement obligé de toutes les fêtes.

L'allégresse était générale, la satisfaction universelle. La ville de Boulogne possédait un sanctuaire de plus dans une des parties les plus historiques de son territoire ; ses annales enregistraient dans leurs fastes séculaires une date nouvelle, non moins glorieuse

que les anciennes : et le prélat qui, durant son fécond épiscopat, avait récolté tant de consolations dans cette ville, surabondait d'une joie sainte et pure.

11 en existe un irrécusable témoignage dans la lettre suivante, qu'il écrivit le lendemain à l'auteur de cette notice, et qu'une autorité à laquelle je ne sais qu'obéir me commande de publier. La voici, — elle ne sera point déplacée dans cet Épilogue :

Mon cher abbé,

« C'est grâce aux vives lumières répandues par « vous sur la relique du Saint-Sang à Boulogne, t que j'ai pu en établir hier la dévotion puc blique. 11 est juste que je vous en témoigne ma « haute satisfaction et c'est pourquoi je vous auc torise à porter les insignes de bénéficier de « première classe.

« Vous êtes tellement aimé à Boulogne que par c là je vais faire bien des heureux ; mais je le

136 - « 8uia^gaoi-inej ae ^ vous ^p^gr me8 geî )ti- «jpttente aSkËhieux en N.-S.

t f P. L., Èv. d'Arras.

« 21 juillet 1862.

« A M. l'abbé Haigneré, archiviste, etc., à Bou- « logne-sur mer. »

Depuis lors, l'antique Image de Notre- Dame de Saint- Sang repose dans sa chapelle; et les pèlerins vont l'y prier avec confiance, devant l'autel où, le vendredi de chaque semaine, une messe est célébrée par le clergé de la paroisse.

Quant à la très vénérable Relique du Sang divin, sa place ne pouvait être ailleurs que dans l'église paroissiale, où, près du Crucifix, à l'entrée du deambulatorium de gauche, un autel en pierre et marbre a été élevé éous

son vocable par. les «oins d© M v 4'^bbé Senet, successeur de monseigneut'tieuîlliefeTv dans la cure de Saint- François de Sales.

C'est un petit monument d'un goût exquis, rehaussé par une riche décoration polychrome, et dont Péminent 'prélat a voulu faire lui-même la consécration solennelle, le vendredi 13 juin 1873, au lendemain des fêtes de son ordination épisôopale.

Le Saint- Sang y est conservé dans un magnifique tabernacle en bronze doré, d'où il ne sort qu'aux jours des grandes processions, et pour les exercices mensuels de l'Archiconfrérie érigée en son honneur ; car il y a Aujourd'hui, à Bréqnereoque, une Archiconfrérie du Saint-Sang, avec chapelets et scapulairefe, affiliée à celle du même nom, dont le siège est à Borne, à San Salvatore ai campi. Monseigneur Lequette, évêque d'Arras, en a autorisé l'établissement, par sa lettre du 6 juillet 1868, c dans le double but «c d'entretenir et de propager, parmi les « fidèles, la dévotion lau très précieux Sang « .de "Notre- Seigneur, et de former comme

« une garde d'honneur à la sainte Relique »

que la paroisse se fait gloire de posséder (1). Honneur et reconnaissance éternelle soient rendus à monseigneur François-de- Sales- Albert Leiiillieux, ancien -earé-fondateur de l'église de Saint- François de Sales, son très doux et suave patron, ancien évêque de Carcassonne, aujourd'hui archevêque de Chambéry, dont la piété active et généreuse s'est employée à l'œuvre sainte de cette insigne glorification du Saint-Sang, pour l'édification des âmes pieuses, les progrès spirituels de son ancienne et bien-aimée parokfte, et la confirmation de l'antique renommée de la cité de Notre-Dame et de Godefroi de Bouillon !

Menneville, le 1" juillet 1884.

(1) Manuel de VArchiconfrérie du Saint-Sang de N.-S. J.-O. établie dans l'église de Samt- François de Sales à Boulogne-sur-mer *, in-32 de p. 48, Boulogne, Oh. Aigre, 1869.

byGooQle

Reconnaissance authentique de la relique du Saint-Sang, le 4 octobre 1858.

Pbtbtjs Lodovïcub Parisis

Miseratione divina et Sanctœ Sedis Apostolicae gratia Episcopus Atrebatensis, Boloniensis et Audomarensis,

TFnivèrsis has présentes litteras inspecturis salutem in Domino.

Visa relatione a quatuor canonicis facta qua Nobis constat pretiosissimam Reliquiam vulgo de Sanguine Jem Christi nuncupatam, quae olim in ecclesla cathedrali civitatis Boloniensis ad mare exposita erat, per infausta révolu tionis gallicane tempora, a pluribus personis piis fideliter, etiam periculo vitœ, fuisse conservâtam et ad nos pervenisse intactam ;

Nos, qui quantum possumus, Auctoris nostrae salutîs glorise procurandse semper intenti en mus ;

Per preesentes declaramus supradictam Reliquiam habendam esse ea veneratione qua per septem sœcula in tota regione habita fuit.

Quapropter in sua antiqua capsa, figurée ro-

Traduction de Vacte de reconnaissance de la relique du Saint-Sang, du 4 octobre 1858.

PIERRK-LOUIS PàRISIS

Par la miséricorde de Dieu et la grâce du Saint- Siège Apostolique,

Évêque d'Arras, de Boulogne et de Saint- Omer ;

A tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut en Notre-Seigneur.

Vu le rapport qui Nous a été fait par quatre chanoines, constatant que la très précieuse Relique, dite du Sang de J ému-Christ, qui était autrefois exposée dans l'église cathédrale de Boulogne-sur-mer, a été conservée fidèlement, même au péril de ta vie, par plusieurs personnes pieuses, durant les temps malheureux de la Révolution française, et Nous est parvenue intacte ;

Toujours attentif à procurer, autant qu'il est en Nous, la gloire de l'Auteur de notre salut,

Nous déclarons par les présentes que ladite Relique doit être tenue en même vénération qu'elle l'a été pendant sept siècles dans tout le pays.

C'est pourquoi nous l'avons laissée dans son an-

tundse ex una parte parvo crystallo simulque encausto in qua legitur hœc inscriptio :

De Sanguine Jesu Christi,

ex altéra vero lamina argentea auro lita, ornataque lineis in modum rosse radiantibus, bene clausa, repo8itam reliquimus, et public» vénération! iidclium in moderua Ecclesia Sancti Francisci Saleaii, supradictae civitatis Boloniensis, de novo exponi permisimus. Quo vero hœc testatiora sint, supradictae capsse sigilluni Episcopale nostrum in cera Hispanica rubri coloris impressum filo serico etiam rubri coloris appendi curaviinus.

Datum Atrebati, in festo sancti Francisci, die quarta mensis octobris anni 1858.

Pro illustrissimo ac Reverendissimo DD. fipiâcopo Atrebat. etc., in decursu Visitation hiu pastoraliuxn.

(Scellé.) (Signé) Proyart, vie. gen.

tique reliquaire, de forme ronde, bien fermé, close d'un côté par un petit cristal, avec un émail, où on lit cette inscription : De Sanguine Jesu Christi, %

( Du sang de Jésus-Christ ) ;

de l'autre, par une plaque d'argent doré, ornée de lignes qui rayonnent en forme de rosace, et Nous avons permis qu'on l'exposât de nouveau à la vénération publique dés fidëles, dans l'Eglise de Saint-François de Sales, de ladite ville de Boulogne. Et afin de donner à cette reconnaissance un caractère plus certain d'authenticité, Nous avons fait mettre audit reliquaire notre sceau épiscopal, imprimé en cire d'Espagne, de couleur rouge, pendant à un fil de soie de même couleur.

Donné à Arras, en la fête de saint François, le quatrième jour du mois d'octobre de l'an 1858.

Pour Monseigneur l'Illustrissime et Révérendissime Evêque cF Arras, etc., en cours de visites pastorales.

Pboyaet, vie. gén.

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