INTRODUCTION
Dans la nouvelle paroisse de Saint-François de Sales de iiréquerecque, au pied de la colline dOstrohove, sur les limites de la commune de Boulogne, on remarquait autrefois une petite chapelle de misérable apparence, dédiée à la Sainte- Vierge, avec cette inscription : Notre-Dame de Saint- Sang, PRIEZ POUR NOUS. Aucun intérêt artistique ne la recommandait à l'attention du voyageur : seule la piété populaire, fidèle au culte des souvenirs, n'avait pas oublié ce Heu de prière. Chaque jour, les habitants des environs s'arrêtaient en passant pour y réciter la salutation de l'Ange, et pour y jeter y à travers les ais disjoints de la porte , quelques centimes d'offrande. Il n'y a pas longtemps que les marins de la côte boulonnaisè y venaient encore faire dire la sainte Messe, à certains jours, afin d'obtenir de la bonne Vierge le succès de leur pêche et sa protection sur les flots; mais, depuis plu-
sieurs années, cette pieuse pratique avait été interrompue. L'état de délabrement dans lequel était tombé le modeste sanctuaire ne permettait plus au prêtre d'y célébrer décemment les saints mystères. Si quelques rares pèlerins, venus d'un lointain pays, sollicitaient parfois la permission d'entrer dans la pauvre chapelle, leur cœur attristé souffrait à la tue de V indigence qui en attestait le complet abandon. Le pavé, partout rompu, s'inondait de Veau du chemin ; le toit effondré s'ouvrait à la pluie; les murs croulaient. Sur l'autel une croix de bois, ornée d'un crucifix de plomb, s'élevait entre deux vieux chandeliers de cuivre. On voyait au-dessus une petite statue de Notre-Dame de Boulogne, grossièrement sculptée; et quelques images de papier, appendues aux murailles humides, témoignaient qu'au temps jadis on y avait offert des ex-voto.
La chapelle de Notre-Dame de Saint-Sang, qui, depuis i810, appartenait à la fabrique de V église de Saint- Nicolas de la Basse- Ville, avait vu des jours meilleurs ; mais tel était l'état déplorable dans lequel elle se trouvait à la fin de Vannée 1856, lorsque Monseigneur Parisis créa la paroisse de Saint-Françoitde
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Sales. Par suite de cette création, le vieux sanctuaire fut distrait de l'a paroisse de Saint-Nicolas et mis sous la juridiction du curé de la nouvelle paroisse.
Persuadé qu'une divine influence est profondément inhérente aux lieux où les géfiérations antiques ont longtemps prié, V ecclésiastique éminent que Villustre évêque avait chargé de travailler à la régénération spi* rituelle de cet important quartier, Monseigneur Léuillieux, aujourd'hui archevêque de Chambéry, voulut tâcher de réveiller dans là population confiée à ses soins le Ctolte de Notre-Dame de Saint-Sang. Ne pouvant y offrir le Saint-Sacrifice, il résolut d'y faire quelques processions. Aux fêtes de la sainte Vierge, après le chant des vêpres, le pieux pasteur, précédé de la croix paroissiale, prenait le chemin de la petite chapelle. Les religieuses Augustines du quartier, les enfants des écoles, quelques personnes de la paroisse, bientôt Un certain nombre de fidèles, accourus de toutes les parties de la ville, y vinrent apprendre le chemin d'un oratoire dont on ne savait déjà plus V origine. En peu de temps il fut possible de songer à une restauration de V édifice. Tout seconda mer-
veilleusement sur ce point les desseins de M. le curé de Saint-François de Sales. La dévotion populaire ne tarda pas à se montrer enflammée de zèle; les offrandes les plus généreuses et les plies spontanées encouragèrent l'entreprise ; le doigt de Dieu parut s'y manifester, par les grâces signalées qu'obtint la prière, par le recouvrement de Vancienne image de Notre-Dame, perdue depuis la Révolution française, et principalement par la reconnaissance officielle que V autorité diocésaine fit de la relique insigne du Sang très-précieux de Noire-Seigneur Jésus-Christ, que les chanoines de Boulogne y portaient en procession, chaque année, le deuxième dimanche après la Pentecôte.
La possession d'une relique aussi importante, dans un siècle où la dévotion au Précieux - Sang a pris un développement considérable, ne permettait pas de rebâtir sur de mesquines proportions la cliapélle de Notre-Dame de SainUSang. Sans doute on devait lui laisser le caractère d'oratoire qu'elle avait toujours eu ; mais il fallait que cet oratoire fût digne de son objet. C'est pour cela qu'on résolut d'en faire une sorte de Sainte-Chapelle, une châsse de pierre,
un édifice qui, par sa décoration et son architecture, commandât V attention et le respect.
Le plan dressé par M. Charles Hansom, de Clifton, fut approuvé par la commission diocésaine des églises et presbytères, et Von résolut de commencer les travaux. Pour agrandir V enceinte primitive, et afin d 'établir autour de la nouvelle construction un chemin de ronde, ou deambulatorium, qui permît aux pèlerins d'en faire le tour en disant des prières, suivant les habitudes du pays, quelques parcelles de terrain furent données par Vun des propriétaires voisins ; d'autres parcelles furent acquises, et bientôt Von put se mettre à V œuvre.
La première pierre fut posée le jour de la fêle de saint Joseph, 19 Mars 1859. Tous les matériaux de l'ancien sanctuaire ont été religieusement enfouis dans les fondements du nouveau; et à la place des vieux murs croulants, on vit doucement s'élever en belles pierres de taille un gracieux monument de style ogival. C'est un carré long, mesurant à l'intérieur 4 mètres 20 centimètres de largeur, et 12 mètres de longueur, terminé en abside par trois pans de forme
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octogonale. Le portail est orné à Véxtérieur dune statue de la sainte Vierge, debout dans la niche du fronton. Un bas -relief, sculpté en pleine pierre, décore le tympan.
Les murs sont appuyés par une série de contreforts, surmontés de pinacles élancés.
Une galerie fleurdelisée relie les contreforts à là base du toit ; et une flèche à jour, en bois sculpté, domine l'ensemble de la décoration supérieure.
V édifice, pavé en carreaux de Minton,aux douleurs diaprées de l'émail le plus pur, est éclairé par onze fenêtres garnies de vitraux peintSi dont six sont des grisailles. Les autres retracent les scènes de la vie de Notre-Seigneur qui sont relatives au Précieux-Sang. La voûte en pierres, à nervures, est ornée de motifs sculptés qui représentent les instruments de la Passion. Un autel en pierre, avec colonnettes en marbre du Hainaut, porte un double tabernacle destiné à recevoir la statue de Notre-Dame et le Reliquaire du Saint-Sang. Toutes les sculptures, dues au ciseau habile de M. Farmer, de Londree, sont exécutées avec une fermeté, une aisance, une grâce et un fini des plus remarquables. Ces feuilles et ces fleurs qui
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courent dans les baies des fenêtres, dans les gorges des corniches, semblent avoir pris racine dans le sol, s'être développées aux rayons du soleil, abreuvées de la rosée du ciel, jusqu'à ce qu'une main enchanteresse les ait tout à coup pétrifiées sur place, sans froisser leur corolle délicate, sans rien diminuer de la netUftê, de levure contours, et sans courber la verte vigueur de leur attitude. Rien n'a été épargné pour faire de cet oratoire un bijo 1 ^ d'architectvire ; et le sentiment populaire, toujours si juste et si droit, Va su bien apprécier. La chapelle de Notre-Dame de Saint-Sang est le monument le plus parfait que possède aujourd'hui la ville de Boulogne.
Raconter les origines de cette chapelle, avec les traditions qui s'y rapportent ; faire Vhistoire de la vénérable image de Notre- Dame de Boulogne qu'on y conserve ; démontrer l'authenticité de la très-précieuse relique du Saint-Sang de Notre-Seigneur qu'on y révère, tel est l'objet de cette notice. Puissions-nous, en la publiant, inspirer aux populations si chrétiennes de notre pays le zèle et la foi nécessaires pour que le rétablissement de l'ancienne dévotion à Notre-Dame
de Saint-Sang soit aussi complet que la reconstruction de Védifice a été merveilleuse. Cest la meilleure récompense que nous voudrions ambitionner pour notre travail.
Boulogne-sur-mer, le 15 mars 1861.
En la fête du Trèâ-Précieux-ScmgdeN.-S. J.-C.