‹ Notre-Dame de Saint-SangChapitre 3 sur 12 · CHAPITRE I er · texte numérisé non relu

CHAPITRE I er

lia chapelle de Noire-Dame de Saint-Saàg eat le premier Oratoire chrfétiett qui ait été bâti à Boulogne.

Deux traditions, qui ne s'excluent point, ëe rattachent à la chapelle de Notre-Dame dé SaintHSang. L'une attribue à ce sanctuaire le souvenir de la première prédication de l'Évangile dans le Boulonnais; l'autre est relative à la réception de la relique du Saint- Sang de Notre- Seigneur. Nous allons exposer successivement ces deux traditions, qui ne s'appuient sur aucun texte contemporain des événements* mais qui ne sauraient être

sans valeur. Tout lé monde sait combien la

ville de Boulogne est pauvre en documents historiques, antérieurs au xvi e siècle. Mais, si le temps a dévoré les pages de l'histoire écrite, nous avons l'histoire orale que la mère racontait à sar fille, sous la dictée de l'aïeule, dans les pieuses veillées du foyer domestique, et qui est toujours très respectable, quand aucun témoignage contraire n'en vient infirmer l'autorité.

Les historiens Boulonnais sont unanimes à dire que, vers la fin du m 6 siècle, l'un des premiers apôtres de la Morinie, saint Victorique, laissant à saint Fuscien, son compagnon, le soin d'évangéliser Thérouanne, est venu apporter à Boulogne la bonne Nouvelle du Salut. On ne lit rien sur ce sujet dans les Actes des saints Martyrs ; mais il faut remarquer que ces Actes sont plutôt le récit de leur glorieuse passion, que l'histoire de leur apostolat. On y voit qu'ils allèrent prêcher à Thérouanne, où ils firent de nombreux miracles pour prouver la vérité de leur enseignement ; mais, comme c'est la seule phrase où il soit question de leur mission dans ce

pays, le champ est bien libre pour les détails traditionnels.

Après avoir prêché les vérités saintes anx pauvres, aux déshérités de ce monde, qui habitaient les faubourgs de l'opulente ville romaine de GesoHacum, saint Victorique aurait fondé, à quelque distance des murs de la cité, près des tombeaux qui avoisinaient la route (1), ce modeste oratoire, où son fidèle troupeau s'assemblait pour adorer le Christ Sauveur et invoquer la Mère de la grâce et de la miséricorde. Avant la Révolution française, on voyait dans la chapelle un monument destiné à rappeler et à perpétuer la mémoire de la prédication de saint Victo-

(1) La partie du territoire de Boulogne qui est comprise dans la nouvelle paroisse de Saint- François de Sales, est connue sous le nom de Bréquerecque (Bracquerecque dans un document de Tan 1415) ; et c'est là qu'ont été touvés, à diverses époques, un grand nombre de tombeaux romains, des traces de constructions antiques; un vaste cimetière, fouillé en 1824, et les restes de la chaussée impériale d'Amiens à Boulogne.

rique. L'historiôn Dubuisson (1) nous apprend que, « sur l'un des tableaux dont cette « chapelle était décorée et qui en faisait le « lambris, paraissait un vieillard, assis au « pied d'un arbre, l'Évangile à la main, et * environné d'une foule de peuples, auxquels « il annonçait la parole de Dieu. La ville « Haute était d'un côté avec là Tour-d'Ordre ; « un ange descendu du ciel venait couronner « de fleurs celui qui prêchait les merveilles t de Jésus-Christ, et au pied du tableau était < écrit t

« Sakctûs Vîctoricus Christi fidem « pr^dic asse bonokiensibus et ^diculam « Dec hic erexisse traditur ; martirio

t CORONATUS EST AmBIANI, ANNO CCCIJI.

« C'est-à-dire :

c On tient par tradition que saint Vie- € toric annonça icy aux Boulonnais la foi de

(1) Antiquités du Boulonnais, Ms de la bibl. de Boulogne, pp. 101 et 102. L'auteur, huissieraudiencier au siège de l'amirauté de Boulogne, est né à Enocq, commune de Brexent-Enocq, le 4 octobre 1716) et mort à Boulogne, le 17 novembre 1786.

t Jésus-Christ; et qu'après avoir élevé cet « autel à Dieu, il reçut à Amiens la cou- € ronne du martyre, Van 303. »

La date citée ici par Dubuisson n'est qu'approximative. D'après les Actes des saints Martyrs, leur mort eut lieu sous le règne de Maximien. Gazet (1), Bosweyde (2) et Malbrancq (3) la rapportent à l'an 300 ou 302 ; Tillemont (4) croit que ce fat en 286 ; d'autres auteurs (5) proposent 292. Si les apôtres de la Morinie ont reçu leur mission du pape saint Fabien** vers Tan 249, ils exercèrent au moins pendant trente ans leur saint ministère dans nos contrées, et il est évident qu'ils ne bornèrent point leur prédication

(1) Histoire ecclésisastique du Pays-Bas. (1614), p. 271.

(2) Les Fleurs des Vies des Saints (de Ribadeneira), édit. de Douai, 1630, p. 1438, col. 2.

(3) De Mœinis 9 t. I, p. 135.

(4) Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique des six premiers siècles, t. IV, p. 455.

(5) Voir le Légendaire de la Morinie, p. 348. — Cf. Ghesquiere, Act. SS. Bclgii, 1. 1, pp. 162 et 163, ubi Btweus ex t. II, octob. p. 355.

à la seule ville de Thérouanne. Quoi qu'il en soit de la date précise à laquelle ces faits ont eu lieu, M. l'abbé Parenty, chanoine d'Arras, vicaire général de monseigneur Parisis, n hésite pas à faire, d'après Malbrancq, le récit suivant des travaux du saint martyr Victorique, à Boulogne. « Ce fut, dit- il, dans les cantons « qui bordaient la mer, qu'il voulut exercer c son zèle. U se rendit donc dans le Pagus « Gesoriacus, qui comprend aujourd'hui le « Boulonnais. H se trouvait sur la cote plu- < sieurs ports qui contribuaient à donner à c cette partie de la Morinie une grande im- (t portance. Celui de Boulogne, en particuc lier, était très fréquenté. Ce fut là que « Victorique voulut exercer son zèle apostoc lique, mais il n'y fut pas plus heureux qu'à c Thérouanne. Cette ville des Césars, dit t Malbrancq, toute fière de la préférence que c lui accordaient les chefs de la puissance c romaine et de leur séjour dans l'enceinte t de ses murs, ne voulut point souffrir qu'un « homme obscur, un inconnu, vînt y établir « le culte nouveau d'un Dieu inconnu.

c H crut donc devoir songer à l'établisc sèment d'un oratoire en dehors de cette c cité nouvelle, sur un terrain qui s'étend « en avant de Boulogne, du côté de l'ouest, c qui servait alors de digue aux flots de la c mer qui remontaient dans le bassin de la « rivière de Lianne. On voit (1), dit Mal- « brancq, sur la droite de la route de Monc treuil, une chapelle qui pourrait bien, ce c me semble, rappeler à juste titre la petite « église fondée par saint Victorique. Aujour- < d'hui encore elle est dédiée à la sainte « Vierge. C'est là, dit une pieuse tradition, « que saint Birin, premier évêque de Dorc cester, célébra les saints Mystères en 635.

(1) Voici le texte de Malbrancq, t. I, p. 132. Etiamnum illic visitur sacrariolum via Monstroliensi ad dexterum latus recedens, crediderimque non levé Victorici œdiculœ esse monimentnm, et quidem hactenus Virgini dedicatum : ubi dioemus ad ann. 635, S. Birînum rem sacram fecisse, et ad annum 1099 Godefridi Bononiensis tum Hierosolymitani régis munera excepta : porro quotannis Bononienses canonici Pentecostalibus eo supplicationem instituunt.

« C'est là aussi qu'en 1099 furent apportées « et reçues les offrandes envoyées par Godec froi de Bouillon, qui venait d'être cou- « ronné roi de Jérusalem. Chaque année, à « la fête de la Pentecôte, les chanoines de la c cathédrale se rendent en grande solennité « à cette chapelle vénérée (1). >

Malbrancq ajoute que là se réunissaient, venant du Haut et du Bas- Boulonnais, ainsi que du Ponthieu, les chrétiens que saint Vietorique avait amenés, par ses vertus et ses travaux, à embrasser la doctrine de Jésus- Christ (2).

Nous ne rappellerons pas ici comment les deux Saints retournèrent aux environs d'Amiens, où ils reçurent, avec Gentien, leur hôte, la cdttronUé du martyre i ces

(1) Vie des SS. Fusden, Victoriqae et Gentien, par M. l'afcbé Parenty, pp. 334 et 336 du Légendaire de la Morinie.

(2) Hue conveniebant e fossa Bononica, e Gesoriaco Pago, e Pontivo Christiani, quos multis yirtutibus laboribusque egregius ille victor ad capessedum Christi jugum imputera^ i* I, p. 132.

détails n'ayant qu'un rapport très éloigné avec l'histoire de Notre-Dame de Saint- Sang.

Vers l'an 635. le prêtre romain Birinus ou Birin, dont il vient d'être parlé, se rendit en Angleterre pour y prêcher la foi catholique.

D'après le récit de MaJbrancq (1), il s'embarqua à Boulogne ; et, avant de partir, il offrit le Saint- Sacrifice dans un oratoire que l'on croit avoir été la chapelle bâtie par saint Victorique. A cette occasionne même auteur raconte un miracle dû à la grande piété de saint Birin. A peine le vénérable missionnaire était-il sorti du port qu'il se souvint d'avoir oublié sur l'autel un corporal (pal»

lam), dont le Pape lui avait fait présent, et auquel il attachait avec raison le plus grand

(1) T. I, p. 345. In littorali œdicula operatus est, quam extra Bononise muroa in littore érection insiçlere via Monstrolieasi, et Victorieum apostolum. diximus agnoscere conditorem. V. La Chronique de Jorewall, publiée sous le nom de John Bromton, par Twysden (Hist. Anglic. script. X. Londres, 1652, col. 755).

prix. Or, comme les matelots ne voulurent point retarder la marche du navire, ni retourner au port, pour un objet d'aussi minime importance à leurs yeux, saint Birin arrêta miraculeusement le vaisseau, en descendit promptement, marcha sur les eaux de la mer jusqu'à l'oratoire où il avait célébré les saints Mystères, retrouva sur l'autel le précieux objet de sa sollicitude, et revint de la même manière rejoindre le navire qui se tenait immobile à l'endroit où il l'avait laissé. Saint Birin aborda ensuite heureusement aux rivages de la Grande-Bretagne, où il gagna beaucoup d'âmes à Jésus- Christ. L'Église honore sa mémoire le 3 décembre, jour de sa mort, arrivée l'an 652.

L'histoire des âges suivants ne nous fournit aucun renseignement sur la chapelle qui fait l'objet de cette Notice. Il paraîtrait qu'elle a été rebâtie, ou du moins restaurée, en 984, d'après une inscription que Dubuisson (1) a vue sur une des pierres du portail.

(1) Ouvrage cité, $. 101.

On ne sait rien de plus jusqu'à l'époque de Godefroi de Bouillon, où commence la seconde tradition sur la fondation de Notre- Dame de Saint- Sang.

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