CHAPITRE QUATORZIÈME
arpents de terre. " (0 Cela donna lieu dans le courant de Pété à un petit incident.
Vers le milieu d'août la vache d'un M, Nicolas (2) avait son habitation dans le voisinage, tentée par la bonne mine des blés, en vint tondre la largeur de sa langue, peut-être davantage. Les sauvages, d'après leur jurisprudence peu compliquée, jugèrent le cas pendable et tuèrent le pauvre animal. Mais ainsi ne l'entendait pas M. Nicolas ni le gouverneur : les meurtriers furent cités en justice, et, la bête trépassée ayant été estimée à soixante quinze francs, se virent condamnés à payer au sieur Nicolas six castors qui valaient environ dix francs la livre. (3) On leur dit en outre que lorsqu'ils auraient souffert quelque dommage, ils devaient porter plainte et qu'on leur ferait compensation.
Le lecteur se demandera peut-être qui était ce M. Nicolas.
On sait, ou l'on ne sait pas — ce qui est bien permis — , que vers ce temps-là, à Sillery et dans les environs, les MM. Nicolas foisonnaient : Nicolas Marsolet, Nicolas Pelletier, Nicolas Goupil, Nicolas Patenotre, Nicolas Pinel, Nicolas Bonhomme, Nicolas Gaudry dit Bourbonnière.
1 Ibid.
2 15 août, 1546. Le Journal, XXVIII, 224, dit seulement M. Nicolas.
3 C'est le prix qu'il se vendit cette année-là, Journal, oct., 1646, XXVIII, 234. Avec l'anguille, c'était la monnaie du temps, le numéraire étant fort rare. On payait en nature. L'histoire des Ursulines et de la Congrégation nous montre que de bonnes familles, même des Seigneurs, ne payaient pas autrement la pension de leurs filles.
La traite, qui appartenait aux habitants depuis 1645, rapporta cent soixante poinçons (de 200 livres) de castor à six francs la livre.
204 PRKMIÈRK PARTIE, 1541-1670
Nicolas Marsolet et Olivier Le Tardif sont qualifiés, dans un acte de baptême à Sillery en 1641 : (l) Hujus loci incolœ — habitants de ce lieu. Mais cela doit s'entendre atm gj'ano sa/is-avec un léger tempérament : les terres d'Olivier Le Tardif étaient à l'est de la Pointe-à- Puiseaux, et ont formé partie plus tard de la Châtellenie de Coulonge.(2) De même, en confrontant un acte de Tronquet, (3) daté ." du dernier jour de septembre 1646, " avec un d'Audouart, (4) en date du dix-neuf octobre, 1662, on voit que la concession de Marsolet était aussi dans la banlieue. A moins donc que sa vache n'ait eu plus que de raison l'humeur voyageuse, elle n'a pas dû venir de si loin faire des ravages dans les champs des néophytes de Sillery.
Bonhomme et Bourbonnière (5) étaient aussi des habitants de la banlieue.
Il serait trop long d'éplucher ici tous les autres Nicolas. Des chapitres spéciaux, du reste, seront consacrés à l'étude des premières familles françaises qui ont habité
1 Liber baptisatorum, 17 octobre. On l'y retrouve ensuite plusieurs fois de même que sa femme et ses filles.
2 Voir l'étude déjà citée, de M. Krnest Oagnon, Rapport (tes travaux publics., 1899, p. 94.
3 Cession de vingt-cinq arpents de terre sur le coteau Ste Geneviève, " avec une petite maison, façon de cabane, et une grange neuve " de 27 pds sur 55, "bornés d'un côté & Nicolas Marso/ct, de l'autre à Antoine Brassari. René Maheu à René Chartier. prêtre.
4 Cession d'Antoine Brassart à son gendre, Ls Fontaine, de sis arpents de terre bornés d'un bout à la grande route de Québec au Cap-Rouge, de l'autre à Noël Pinguet, d'un côté aux Ursulines, et de l'autre à Jacques Hédoin. Conc. de M. de Montmagny en 1647.
En 1666. nous trouverons les Pinguet, les Brassart et les Fontaine à Sillery.
5 Voir étude «le M. Km. Gagnon, loc. cit. ; et le plan cadastral de 1685