CHAPITRE PREMIER
masse sombre de la prison et, tout auprès, le monument érigé près du champ de bataille où tombait, en 1759, Wolfe vainqueur, et où l'infortuné Montcalm trouvait aussi dans la défaite une mort glorieuse. (J)
Insensiblement la ville a fait place à la campagne» Partout sur la route, de grands arbres qui n'empêchent pas cependant d'apercevoir, au bord de l'autre falaise^ l'église de Saint-David de l'Àuberivière, et, dans le lointain, les premières ondulations de la chaîne des Aileghanys. Peu à peu ils se multiplient jusque former un voile épais qui nous dérobe la vue du fleuve et ne noua y permet plus qu'un coup d'œil, ci et là, auquel l'inattendu toutefois ajoute un nouveau charme.
Aux approches du Cap-Rouge, c'est le plein bois, avec son parfum pénétrant et sain. Libre au promeneur de prendre ses aises, de faire un repas champêtre sur un tapis de feuilles sèches, à l'ombre des feuillages Verts ; aux petits enfants — et aux grands aussi — *de se mettre en quête de ces menus fruits, framboises, mûres, bluets, cerises sauvages, qu'on trouve un peu partout, et dont ils sont si friands. Jusqu'à la pauvre bête de louage qui peut goûter au plaisir d'avoir quitté la ville, en attrapant sur le bord du chemin quelques brins d'herbe ou du moins un rameau verdoyant qui lui en donne l'illusion.
Le retour nous réserve d'autres jouissances. Là route vient tourner juste au dessus du Vallon du Cap- Rouge, vrai nid de verdure où un coquet village se presse autour de son église petite mais jolie, d'un couvent qui ferait honneur à la ville même, et du presbytère caché timidement sous un massif de grands chênes. Par maint
(1) Il mourut de ses blessures le lendemain matin.
détour, tantôt sous les arbres, tantôt entre les prés, la petite rivière glisse silencieuse vers le Saint-Laurent, pareil ici à un lac emprisonné entre ses hautes rives boisées.
A mesure qu'on gravit les hauteurs de Sainte-Foy, ce tableau charmant se développe et atteint des proportions grandioses. Au sud des Laurentides, qui forment l'arrière-plan et dont les croupes arrondies s'entremêlent colorées par la distance de teintes plus foncées, s'étend cette campagne sans rivale, large d'abord de plus de deux lieues et qui se déroule, sur une longueur de près de quinze, depuis les dernières habitations de la paroisse de Saint-Augustin jusqu'au pied du Cap Tourmente. Ci et là des villages populeux groupés autour de leurs clochers : l'Ancienne-Lorette à demi cachée derrière un rideau de sapins vert sombre ; la jeune Lorette échelonnée sur les contreforts mêmes de la montagne, et dont le temple monumental se détache en lignes nettes sur cet écran bleuâtre ; vis-à-vis de Québec, Charlesbourg bien digne, par la beauté de son site, du nom de Bourg-Royal ; plus loin Beauport, avec son église, une des plus belles du pays, dressant fièrement vers le ciel ses flèches gothiques ; ses rangées de maisons blanches, qui se pressent sur le penchant du coteau, vers le nord-est, serrées, un peu confuses, font penser à une procession de clercs en désordre. Puis, Saint-Grégoire, Y Ange-Gardien, le Château-Richer. Par un temps clair, l'oeil peut saisir dans le lointain, quelques points brillants tout au bord de la nappe bleue où baigne cette belle côte de Beaupn c'est la Bonne-Sainte-Anne, célèbre en toute V Amérique du non! par son pèlerinage si fréquenté.
Pour Saint-Joachim, il faut le deviner au pied du Petit-Cap.