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CHAPITRE PREMIER

Par delà Québec, dont on aperçoit, à quatre milles, les faubourgs et les édifices les plus élevés, apparaît l'île d'Orléans couronnée, à l'ouest, par la jolie paroisse de Sainte-Pétronille.

Et partout, éparpillées dans la plaine, sur les pentes opposées, au flanc même des Laurentides, des milliers de fermes prospères : maisons commodes et parfois d'une élégance toute bourgeoise, témoins de l'aisance de nos cultivateurs, longues granges blanchies à la chaux, où tranchent en tons voyants les larges portes qui, au temps de la fenaison et de la récolte, livrent passage aux chariots chargés de foin ou de gerbes d'avoine. (l)

Les étrangers admirent cette nature magnifique, que la main de l'homme a encore embellie, mais sauraient-ils l'aimer comme ceux qui vivent en son intimité, à qui elle réserve des spectacles que le passant ne saurait soupçonner ?

Oh ! la belle campagne ! en tout temps, à toute heure ! Au printemps, quand l'herbe commence à poindre et les feuilles à s'ouvrir, si fraîches, si tendres. Sous les chauds rayons de l'été, dans le plein épanouissement de sa riche végétation, soit qu'une atmosphère pure permette au regard d'errer au loin, soit que l'air embrasé, vibrant à la surface du sol, brouille un peu les contours des choses et enveloppe comme d'une gaze le paysage sans bruit. A l'automne, quand les moissons mûres alternent, comme les carreaux d'un gigantesque échiquier, avec le beau vert des pâturages ou des prairies récemment fauchées ; ou, plus tard, lorsque les premières morsures du froid teintent les feuillages de mille nuances délicates, depuis le jaune pâle des bouleaux et des hêtres

( i ) L,e blé ne se cultive plus guère ici.

jusqu'au pourpre des érables et des chênes, mis en relief par la sombre et inaltérable chevelure des pins. Voyezla même l'hiver, sous son vêtement de glace, quand, au matin, les rayons du soleil, frôlant la plaine blanche, la colorent d'un rose léger ; qu'en face, sur les hauteurs, dans la montagne, granges et maisons au toit chargé de neige, frappées d'aplomb par la lumière, resplendissent et que les croisées s'illuminent de faisceaux étincelants. Parfois, à la suite d'un brouillard, les arbres dessinent sur le ciel bleu leurs rameaux chargés de givre, parfois la pluie congelée les change en énormes cristaux qui scintillent.

Le roi-prophète a dit que le Seigneur est admirable sur les hauts lieux et qu'admirables sont les soulèvements de la mer. Le Seigneur est admirable dans les vallées comme dans les montagnes, dans le ver qui rampe sur la terre humide comme dans l'aigle planant sur les cimes, et je comprends que le poète royal ait invité à bénir le Seigneur, tous les êtres, depuis les plus nobles jusqu'aux plus humbles, — même les souffles des tempêtes dociles à sa voix. Faut-il que tant d'hommes oublient ce devoir, passent à côté des merveilles de la nature sans les voir et sans y reconnaître le vestige de Dieu ! que tant d'autres les voient et les admirent sans comprendre, comme dit Le Sage, combien plus admirable encore en est l'auteur !

Pendant deux siècles la paroisse de Sainte-Foy a partagé seule avec Ouébe le plateau qu'on vient de décrire, où se sont déroulés tant d'événements importants et où se rencontrent partout les traces de l'histoire.

Saint-Colomb de Sillery, (0 érigé en 1856, (^ a

1 Dans la seconde partie, il en sera amplement question.

2 Edita et ordonnances, s février 1S56. Voir " Liste desmunicipalités " par C. E. Descnamps, Lévis, 1SS6, p, 256. I. 'érection

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