CHAPITRE SEIZIÈME
Passé lui-même en France à l'automne 1647, pour les affaires de la colonie, (0 il revint chargé d'en prendre la conduite. Le règlement royal de 1647, instituant un conseil pour l'administration du pays, était modifié en quelques points par un nouveau règlement. Ainsi les appointements du gouverneur général étaient, de trentecinq mille livres, réduits à dix mille, etceux des gouverneurs de Montréal et des Trois-Rivières, de dix mille à six mille conjointement. (2) On épargnait par là dix-neuf milles livres destinées à la défense du pays, dont la charge principale auparavant incombait au gouverneur.
Ces trente-cinq mille livres devaient être prélevées sur le profit de la traite des fourrures, désormais abandonnée à la compagnie des habitants ; et, pour y pourvoir, il était réglé que toutes les pelleteries seraient apportées aux magasins et payées à un taux uniforme fixé par le Conseil : l'écart entre le prix donné aux traiteurs et le prix de vente en France ccnstituait le revenu public.
Deux conseillers de leur choix représentaient les habitants au Conseil. Mais il eût été étonnant qu'un tel état de choses satisfît tout le monde ; aussi essayait-on parfois d'écouler sa marchandise par une autre voie. M. Chartier, chapelain des Ursulines, sur le point de retourner en France, dans l'automne 1647, ^ avait chez lui des peaux de castors, au poids de deux cent soixante
1 Journal, oct. 1647, XXX, 194. — Voir Faillon, op. cit. II, p. 90, s. où il s'efforce de justifier MM. d'Ailleboust et de Maisonneuve d'avoir par leurs démarches obtenu le rappel de M. de Montmagny.
2 L'abbé Faillon, op. cit. II, 37, 87, 88, 93. — Ceci servira à expliquer la dépense faite pour fortifier Sillery de 1648 à 165 1.
3 Journal, XXX, 194.
livres, qui représentaient ses appointements. Il eut la malheur de s'en vanter et de dire qu'il ne les laisserait aux magasins qu'à bon compte. (0
Les officiers de la compagnie des habitants vinrent les saisir et lui donnèrent des bons au taux commun sur leurs agents en France.
A Sillery, et ailleurs sans doute, la traite se faisait clandestinement. Les PP. Jérôme Lalemant, Vimont et Le Jeune conférèrent ensemble pour décider si la chose pouvait être tolérée. (2) Les- conclusions furent : i° u Si le magasin était raisonnable, on était obligé en conscience de ne point envoyer les pelleteries ailleurs ; 2° s'il n'était pas raisonnable, on pouvait dissimuler en conscience vu le droit naturel de traiter, et la permission donnée par le roi : 30 en aucun cas les pères ne devaient faire la traite eux-mêmes. Dans la bourgade rien d'important n'avait marqué le commencement de 1648. A la fin de mars, Gabory, un des serviteurs des Jésuites, avait été blessé par la chute d'un arbre. (3) On ne voit pas que la blessure ait eu de conséquences fatales, comme il arriva à un serviteur de M. de Launay qui ne survécut que vingtquatre heures à un semblable accident arrivé le même jour.
Le vingt-six avril, le P. Jérôme Lalemant vint encore faire à Sillery les exercices de la retraite et, le
1 Ibid, juin, p. 1S2.
2 Journal, 71 ; XXX, 1S6, 91 : " 30 Que le magasin fut raisonna "ou non qu'il ne fallait point que nous traitassions. " " Ce que le traducteur anglais a rendu de cette manière : " That whetl the warehouse were reasonable or not, \ve were not cotnpellcd to tra au lieu de " we were not allûWed to trade. " Il y a une diff<
me on voit.
3 Journal XXXII, 7-