CHAPITRE SEIZIÈME, 1648-IÊ
1648, la perfidie de ses compatriotes le fit le considérer «comme un traître et mettre aux fers. On l'envoyait en France, de crainte qu'il ne révélât à sa nation la faiblesse de la colonie. Ce malheureux mourut à Paris dès la fin de janvier 1650 après avoir reçu le baptême.
Saint-Joseph de Sillery eut à subir en 1650 de cruelles épreuves. (T)
Au printemps, des chrétiens partirent avec une bande d'Algonquins des Trois-Rivières et de Hurons pour aller " couper les pieds à leurs ennemis afin qu'ils " ne vinssent plus les troubler dans leurs prières. " Quelques-uns des guerriers contents de la capture d'un Iroquois, qu'on fit en chemin, voulaient revenir sur leurs pas, mais leur capitaine, homme courageux, désirant s'illustrer, résolut de pousser plus loin. Malheureusement, un Huron envoyé à la découverte et surpris par un parti d'Iroquois, eut la lâcheté, pour avoir la vie sauve, de trahir ses compagnons. Au moment que ceuxci, comptant sur leurs éclaireurs, étaient sans défiance, les Iroquois tombent sur eux comme là foudre, et malgré une vaillante résistance, les tuent presque tous ou les font prisonniers. Parmi les captifs se trouvait un jeune Algonquin, originaire d'une petite tribu près du pays des Hurons, et nommé Joseph Onaharé. La piété des chrétiens de Sillery lui avait fait une si heureuse impression qu'il avait demandé la grâce du baptême. Il avait passé un an avec les pères et avait été adopté par un excellent néophyte, Charles Kariskatisitch. Au témoignage de deux Hurons captifs, qui purent s'enfuir, sa mort fut d'un héros et d'un saint. Les Iroquois pendant trois jours et trois nuits, épuisèrent à le torturer toutes les ressources
Rel. 1959, p. 29, ss.
de leur férocité. Pour lui, priant sans cesse-, et soutenu par la pensée des joies éternelles, il endura, sans faiblir et sans se plaindre, cet effroyable suppliée.
Le- Huron, auteur de ce désastre, osa bien, durant l'été, revenir parmi les Français sous prétexte d'apporter 'le la part des Iroquois des paroles de paix. Il y avait de graves soupçons de son infâme conduite. On l'arrête, on l'interroge, il se coupe dans ses discours et enfin, serré de plus près, il avoue que l'amour de la vie lui avait fait commettre cette trahison. Il fut condamné à mort. ( )n le baptisa le vingt juin et, le lendemain, le bourreau et le sergent l'attachèrent au pilori (0 et abandonnèrent l'exécution aux Algonquins et aux Hurons. L'un d'eux armé d'une hache lui dit : " Tu mérites la mort pour " avoir trahi nos amis et nos alliés. "
— Il est vrai, répond le coupable, tuez-moi. L'autre lui décharge sur la tête deux coups de hache. " — <2> Justice était faite. Exemple touchant de l'esprit chrétien de cette époque, ce furent madame d'Aillebout, femme du gouverneur, et madame de Monceaux, (3) qui ensevelirent ce malheureux.
Pendant ce même été, le père adoptif de Joseph Onaharé, Charles Kariskatisiteh, remontant de Tadoussac dans une chaloupe chargée de chrétiens, fut surpris par une furieuse tempête et périt avec tous ses compagnons.
Ce double malheur plongea la bourgade de Sillery dans la désolation.
1 Au rarcan, dit le Journal* XXXV, ^8. Voir Relata
1 Journal, loc. rit. — AV/., [650, 3 t ...." redouble jusqu'à '
fois " ...
3 Anne Gasnier, veuve de Jean du Clément du Vuault, donl
parlera plus 1< in. Hist. des Ursulim ç, I, 278, 279.