‹ Notre-Dame de Sainte-FoyChapitre 158 sur 295 · CHAPITRE DIX-NKUVIKMK · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-NKUVIKMK

où le poisson aime à se tenir. Tout le'reste du rivage, uni et sablonneux, n'offrait aucun avantage auxTpêcheurs.

Or Mme de Monceaux ayant acquis les terres des Hospitalières, avait le droit de pêche en face de son domaine. A cela il n'y avait rien à dire. (0 Mais en 1650 le gouverneur d'Ailleboust se fit concéder, pour lui et ses successeurs, par la compagnie de la Nouvelle-France, la pêche à l'anguille de la Pointe-à-Puiseaux, sur une étendue de trois arpents, (2) et l'afferma à des particuliers qui devaient " lui fournir vingt-trois barriques d'anguil- " les, dont chaque barrique estait vendue vingt-cinq livres u ce qui faisait en tout cinq cent soixante quinze li- " vres. " (3)

On peut s'étonner de voir un gouverneur de la Nouvelle-France descendre presqu'à ces détails mesquins. Mais il faut se rappeler que ces officiers généraux, tenus par leur position à un certain apparat, n'étaient guère favorisés de la fortune et ne recevaient pasjdes appointements de cinquante mille dollars. D'après le règlement de 1648, on leur payait annuellement la somme dérisoire, même en ce temps-là, de dix milles livres. Aussi ne faut-il pas se scandaliser si l'on en voit quelques-uns faire la pêche à l'anguille, ou clandestinement la traite des castors. La nécessité a parfois de cruelles exigences.

Les fermiers de M. d'Ailleboust, afin de tirer de leur pêche les soixante barriques de poisson sans lesquelles ils n'auraient pas fait leurs frais, étendaient " leurs pes-

1 "Mme de Monceaux a la pêche d'anguille, vis-à-vis de sa concession, à cela nous n'avons rien qu'à tolérer. " Req. du P. Ragueneau.

2 Greffe d'Audouart. Prise de possession, le 19 août, 1650.

3 Requête du P Ragueneau.

" ches de tous costez empêchant les pauvres sauvages " de jouir d'un droit que la nature leur avait donné dans " leur propre pays, dont il avaient joui paysiblement par u le passé." U> Ils finirent par s'emparer " absolument " de toutes les places de l'anse capables de recevoir des " nasses " et chassèrent " avec violence les pauvres sau- " vages chrestiens d'un droit qui leur estait acquis et " dont ils estaient en possession, de temps immémo- " rial.." (2)

Il est bien vrai que M. de Montmagny avait aussi fait la pêche à cet endroit. Mais il n'y faisait placer que trois on quatre nasses et ne cherchait pas à éloigner les sauvages. En outre il ne prétendait pas acquérir un dr< »it et n'agissait qu'avec la tolérance de ceux qui étaient chargés des intérêts de la bourgade. L'on pouvait bien lui faire cette faveur, lui, qui, conjointement avec le magasin, fournissait quantité de vivres pour la subsistance des néophytes. (3)

Il en était bien autrement en 1650. Le nouvel état de chose compromettait l'txistence même de la mi Saint- Joseph. Aussi le P. Dequen, qui en était supériem fit-il une opposition en forme à la prise de possession M. d'Ailleboust. (4)

Celui-ci reçut l'opposition et la référa aux Cent-Ai sociés. Mais en attendant leur décision, il affirma, 1< premier octobre 1650, sa volonté d'user de son droit jus

r /bief.

2 Tbid.

3 Tbid.

4 Cette opposition était adressée au gouverneur lui-même. copie aux arch. du Sém. de Québec a été extraite des ".V. g . a civil et criminel de Québec." On y lit en abrégé les allégations requête du P. Ragueneau.

Page 1