‹ Notre-Dame de Sainte-FoyChapitre 191 sur 295 · CHAPITRE VINGT-DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-DEUXIÈME

mille algonquine et lié solidement le chef, la femme encore libre saisit une hache et en deux coups rapide comme l'éclair jette raide morts deux des bandits, coupe les liens de son mari et s'avance la hache levée, contre les trois autres qui jugent prudent de déguerpir. A Montréal plusieurs furent fait prisonniers par les Français, ce qui décida un de leurs chefs C1) à demander un échange de captifs qui fut accepté.

La paix était confirmée, mais les Algonquins et les Hurons n'y étaient compris qu'en autant qu'ils ne paraîtraient pas au-dessus des Trois-Rivières. Ce qui n'empêcha pas trois ou quatre cents de ces perfides Agniers de venir, au printemps de 1656, faire une sanglante razzia dans la malheureuse colonie huronne de l'Ile d'Orléans et d'y enlever soixante onze prisonniers. Remontant dans leurs canots rangés en ordre de bataille, ils eurent l'audace de chanter leur triomphe jusque sous le fort de Québec, sans que, malgré les désirs de la population, M. de Lauson (1 651-1656), fort avancé en âge et peu guerrier par tempéramment, osât rien faire pour leur donner la chasse et leur arracher ieur proie. (2)

Deux jours auparavant, ils avaient attaqué un convoi d'Onnontagués qui, avec cinquante Français et six Jésuites, (3) remontaient dans leur canton- Ils attri buèrent ensuite à un malentendu cette attaque contre leurs propres compatriotes : le fait est qu'ils voyaient

1 Relat., 1655, p. 2. — Ferland, I, 421.

2 Rel. 1657, p. 5, ss. Le mot de faiblesse ou de lâcheté viendrait bien vite sous la plume si l'on ne songeait aux ressources dont disposait M. de Lauson et aux circonstances. Qu'on lise les pages éloquentes que M. J.-E. Roy consacre à ce gouverneur, Hist. de Lauzon, ch. IX. et qu'on ose ensuite l'accuser de couardise.

3 Ferland, I, 426.

d'un très mauvais œil les Français aller s'établir au milieu d'eux.

Trois mois après, le trente août, soixante canots montés par quelques Hurons et deux cent cinquante Outaouais venus, sous la conduite de deux jeunes Français, faire la traite pour la première fois, retournaient

PONT RUSTIQUK

dans leur pays avec des missionnaires, lorsqu'ils furent assaillis et mis en déroute par cent vingt autres Agniers, embusqués en un poste avantageux sur la rivière des Outaouais. Le P. Léonard Garreau (0 qui, avec le P.

1 Né à Vrieix, dioc. de Limoges en 1610, vint au Canada en 1643 et passa une partie île l'année 164.} à Silîery. Rochemonteix, II 151, s note. Voir le liber bjptisatonuH, où son nom paraît souvent cette année-là.

Page 1