‹ Notre-Dame de Sainte-FoyChapitre 193 sur 295 · CHAPITRE VINGT-TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-TROISIÈME

Pain bénit donné à Sillery en 1657. — Les PP. Druillètes et Bailloquet desservent la bourgade. — L/e P. Dequen supérieur à Québec. — Onnontagués dans le fort de Sillery et à la côte de Lauzon . — Négociations pour le départ des Hurons. — Jean Le Mire tire sur un Iroquois. — Le moulin de M. de Maure. — La tribu de la Corde refuse départir. — Départ de celles de l'Ours et du Rocher. — Cette dernière est massacrée.— Nouveaux meurtres commis par les Iroquois. — Nombreux Français traînés en captivité. — Iroquois également nombreux pri s en divers lieux. — Négociations et perfidies. — Ambassade du célèbre Garakontié. — Le P. Le Moyne retourne aux Cinq-Cantons et ramène un certain nombre de captifs. — Les Algonquins tuent neuf Iroquois. — Représailles. — Guillaume Routier est fait prisonnier au Cap- Rouge. — Les sauvages de Sillery se dispersent pour un temps.

Pendant ce temps tout était tranquille à Sillery. Les sauvages étaient partis pour la chasse. (0 Le Journal raconte que le jour des Rois (1657) u on commença " à donner le pain bénit en la 11 chapelle de Sillery, où pour " lors il n'y avait point de sau.

" vages, après en avoir obtenu " la permission du Père Supé- " rieur par une requête à lui présentée et accordée trois

1 Voir Rel. de 1648, p. 28, ss.

" jours auparavant. " C1) Ce fait démontre que la chapelle tenait lieu d'église paroissiale (2) aux Français déjà nombreux établis aux environs de la bourgade. La relation de 1657 dit expressément qu'elle était l'asile et le refuge des Français voisins.

On peut même affirmer sans témérité que l'existence de cette église dans le voisinage n'avait pas été sans contribuer pour une grande part à fixer, dès cette époque reculée, des colons sur les terres de Sillery et de Gaudarville.

Ni les Relations ni le Journal ne nous disent qui desservait alors la mission, mais on voit par le liber baptisatorum que le P. Druillètes et le P. Bailloquet y passèrent presque toute l'année 1656 et la suivante.

Le premier était sans doute supérieur. Le P. Dequen, qu'on y retrouve encore en 1655 et en 1656, devenu ensuite supérieur des Jésuites, résidait à Québec où il avait rédigé la relation de 1656. Le Journal est presque tout de sa main, de février 1656 à septembre 1659, ^) un mois avant la mort du vénérable missionnaire.

A la fin d'avril, les Onnontagués parurent dans le voisinage de Montréal et des Trois-Rivières, déclarant qu'ils allaient en guerre contre l'Algonquin et le Huron. (4) Ils s'approchèrent de Québec. Le six mai, huit

1 Jusqu'à ce qu'il y eût un évêque, les Jésuites, en vertu de pouvoirs reçus de Rome et très étendus, administraient toutes les affaires ecclésiastiques. V. Rochemonteix, II, 189, ss.

2 Rel. 1657, p. 26. De ce que le pain bénit fut donné à Sillery pour la première fois en 1657, il n'en faut pas conclure qu'il fut donné alors pour la première fois dans le pays. C'est bien différent.

3 Quelques courts passages chaque année sont des PP. Druillètes, Chaumonot ou Le Moyne. — Voir commencement de la Rel. de

4 Journal, 25 avril, 1657 — XLIII. 34.

d'entre eux entrèrent dans le fort de Sillery, dont la porte se trouva ouverte, et se donnèrent pour messagers de la paix. Quarante autres, campés au sud du fleuve vis-à-vis de la bourgade, abattirent une vache de Pierre Miville (1) sur la grève en face de son logis. Il déchargea sur eux un pierrier, mais sans les atteindre. (2)

Par bravade sans doute ils lui tuèrent un autre animal très intéressant — le Journal écrit sans périphrase : Une truie pleine. (3)

Adieu, veau, vache, cochon, portée !

L'habitation de Thomas Hayot, au Cap-Rouge, (4) fut aussi visitée par ces larrons, qui tentèrent même de s'introduire de nuit chez Ruette d'Auteuil, à Monceaux : un Français leur tira un coup de fusil pour leur faire peur et ils s'enfuirent. (5)

Le jour même de leur arrivée, le P. Le Moyne vint chercher trois de ces Iroquois, et deux assemblées de sauvages et de Français furent tenues à Québec en présence de M. de Lauson-Charny, administrateur du pays après le départ de son père. Le dix mai, il y eut un autre conseil à Sillery. Il s'agissait de décider les Hurons, selon une promesse qu'ils en avaient faite l'automne précédent, à se rendre au pays des Iroquois. Ils avaient d'abord promis d'aller chez lesOnnontagués, puis chez les Agniers.

1 Habitant de la côte de Lauzon, d'origine suisse. Voir Hist. de la Seigneurie de Lauzon, I, 71, ss.

2 On a vu que cette habitation n'était pas éloignée de Mon», eaux, propriété de M. d'Auteuil, voisine du domaine dessam

3 Journal, XLIII, 34, s.

4 C'est-à-dire à la côte Saint-François-Xavier, comme on a dit. L,a terre de Thomas Ilayot n'était séparée du domaine de Monceaux que par celle de Nicolas Pelletier. V. SUprà, pp. 205 et 1

5 Jouinal, ibid. 36, presque textuellement

De sorte que ceux-ci étaient aussi venus pour les inviter. Les pauvres Hurons ne montraient guère d'empressement à se donner aux bourreaux de leur nation. La tribu de la Corde, ou Attignenonghac, ne voulait pas quitter les Français, la tribu du Rocher penchait vers Onnontagué et celle de l'Ours vers les Agniers. (x) Deux incidents faillirent rompre les négociations. Pendant qu'on délibérait à Sillery, la nouvelle arriva qu'un Onnontagué avait été blessé d'un coup de fusil à la cuisse, par Jean Le Mire qui voulait réprimer son insolence et celle de ses camarades en train de piller sa maison, située, comme on a dit, environ un mille à l'ouest de la pointe Saint- Joseph. (2) Le capitaine onnontagué fit des plaintes mais le P. Le Moyne ferma la blessure en offrant un collier de porcelaine. Le chef, de son côté, fit un présent aux Français qui avaient été molestés et un autre pour les animaux qui avaient été tués par la jeunesse de son pays. (3)

On paraissait content, de part et d'autre, lorsque, deux jours après, un jeune Huron, neveu de l'habile et courageux capitaine Anahotaha, fut assommé d'un coup de hache près du moulin de M. de Maure. (4) Alors les Hu-

1 Rel. 1657, p. 20. Ferland, I, 435.

2 Suprà, p. 250. Plus tard, terre de Jean Routier.

3 Journal, 10 mai, 1657, XLIII, 38-40.

4 Ce moulin était situé sur le ruisseau S. Denis qui coule à l'est de Spencer Wood, ancienne châtellenie de Coulonge ; c'est par la ravine creusée par ce ruisseau dans la falaise, que les Anglais gravirent la côte en 1759. Voir V étude de M. Ernest Gagnon, déjà citée et le plan.

Voir aussi les notes de M. J.-E. Roy, sur Nicolas LeRoy et ses descendants, (Côté, Québec 1877), à la bibliothèque du Parlement. A la page 49, on voit que, par un bail du 16 juin 1656, fait à Québec,

rons" retiennent prisonniers deux des Onnontagués. Ceux-ci à leur tour s'emparent de deux canots hurons revenant de la chasse, et les choses prenaient une fort mauvaise tournure quand le P. Le Moyne, à force de démarches, parvint à apaiser les deux partis. (x)

Enfin, après beaucoup de délibérations et de conseils, le P. Le Moyne déclara, au nom de M. de Charny, qu'Ononthio ne s'opposait pas au départ de ses enfants " assez grands, dit-il, pour être hors de tutelle ".

Les tribus de l'Ours et du Rocher se décidèrent à partir pour le pays des Iroquois. " Mon frère, dit le t: capitaine des Ours au chef des Agniers, c'en est fait, je " suis à toi. (2) Je me jette les yeux fermés (3) dans ton " canot, sans sçavoir ce que je fais ; mais quoy qu'il en 'l puisse arriver, je suis résolu de mourir. Que tu me " casses la teste lorsque nous serons à la portée (4) du " canon d'icy, il n'importe, je suis tout résolu : je ne " veux pas que mes cousins des deux autres nations

dans la maison du sieur de Tilly par le notaire Audouart, " la terre, vl pêche et moulin du lieu appelé Saint-Denis, sis entre Québec et " Sillery " étaient affermés par Jean Juchereau, sieur de Maure, à Guillaume Le Lièvre, Jacques Noury et Jacques Marette, pour une période de six années. Les fermiers s'engageaient à payer cent dix minots de blé bon et loyal, soixante minots de pois, dix barriques d'anguille, quatre chapons et six poulets ; à charroyer à Québec vingt-cinq cordes de bois, à fournir huit journées de harnais de quatre bœufs en été pour les semences, huit journées de deux bœufs en hiver, à moudre gratis les grains du bailleur et à lui laisser choisir deux porcs parmi ceux qu'ils engraissaient. . . . , etc.

1 Rel. 1657, 23. Journal, 10 mai 1657, XLIII, 42.

2 /die/, 21 .

3 II y a textuellement " à yeux clos."

4 Probablement "hors la portée." L'éd. Burrows dit ...

•• à la portée," mais traduit •• oui the range 0/ the caution hère"

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