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CHAPITRE VINGT-TROISIÈME

" s'embarquent à cette fois avec moy, afin qu'ils " voyent auparavant comme tu te comporteras à mon " égard. "

La décision faite, il y eut pendant une semaine de grandes réjouissances : le jour, on travaillait avec ardeur à fabriquer des canots pour le voyage, et la nuit se passait en festins d'adieu dont le plus magnifique fut celui du capitaine des Ours, pour prendre congé du gouverneur, des robes noires et des sauvages : " Prends cou- " rage, Ononthio, dit-il en son discours, prends courage, " Ondesonk. (x) Je vous quitte, il est vray ; mais mon " coeur ne vous quitte pas. Je m'en vay, il est vray ; " mais je vous laisse mes cousins, qui valent mieux qne " moy. Et pour vous témoigner que mon païs est u toujours à Québec, je vous laisse la grande chaudière " où nous faisons les actes de nos plus grandes réjouis- " sances. "

Un premier groupe partit dans sept canots agniers le deux juin et le Journal, notant le fait, ajoute : " C'est ici le commencement du débris des Hurons, " c'est-àdire de la consommation de leur ruine.

D'autres partirent au mois d'août (2) et le P. Le Moy ne retourna avec eux au pays des Agniers.

Le seize juin, ce fut le tour de la tribu du Rocher, qui se rendit sur trois chaloupes à Montréal où les Onnontagués devaient venir la chercher. Le départ eut lieu le vingt-six juillet en compagnie de seize Tsonnontouans

1 C'était le nom sauvage du P. Le Moyne. Ononthio ou Onontio, celui du gouverneur, veut dire Grande Montagne et avait d'abord été donné à M. de Montmagny, dont le nom a cette signification — (Mons rnagnus).

2 Le 21 et 26 août, Journal, XLIII, 54.

et de trente Onnontagués. Le P. Ragueneau et quelques Français qui étaient du voyage, furent, peu de jours après, les témoins consternés et impuissants du massacre des malheureux Hurons par leur perfides conducteurs. (0 Eux-mêmes ne durent leur salut qu'à leur vigilance et au fait qu'un certain nombre d'Iroquois étaient restés comme otages à Québec.

Le vingt-quatre octobre, M. d'Ailleboust, qui, après le départ de M. de Lauson-Charny, un mois auparavant, avait pris les rênes de l'administration, jusqu'à l'arrivée de M. d'Argenson, attendu sous peu, offrit aux Hurons et aux Algonquins, de la part des anciens d'Onnontagué, deux colliers en témoignage qu'ils n'avaient nullement trempé dans le massacre de la tribu du Rocher, et en réparation des dommages causés par leur jeunesse. Malgré ces protestations pacifiques, comme les Iroquois ne cessaient de paraître sur divers points, il fut permis aux sauvages de les attaquer, sauf dans le voisinage des habitations françaises, où les Français s'engageaient à protéger leurs alliés. Mais ils ne voulaient pas rompre les premiers la paix.

Le lendemain le bruit se répandit que des Agniers avaient dépouillé un vieillard du nom de Pinguet qui faisait la pêche à l'anguille un peu au-dessus du Cap. Rouge (2) et avait enlevé jusqu'à sa chemise. Vers dix

i Lettre du P. Ragueneau, Rcl . 1657, p. 54.

2 Journal. 24, 25 oct. 1657, XLIII, 66. " Pillèrent jusqu'à la chemise de M. Pinguet le vieux," etc. C'était Henri Pinguet alors âgé de soixante et dix ans. Sa propriété n'était pas éloignée de Québec. Plus tard ses enfants, Noël et Pierre, s'élablisscnt à Sainte l'oy. On reviendra sur cette famille qui a donné le terrain où se trouvent aujourd'hui le presbytère et l'église.

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