CHAPITRE VINGT-QUATRIÈME
centaine d'Algonquins (0 et de Hurons qu'on y avait soigneusement préparés. Pendant la cérémonie on chanta les louanges de Dieu en quatre langues, car, outre les chants liturgiques et les cantiques en langue vulgaire, les Algonquins et les Hurons chantèrent tour à tour d'une manière si touchante qu'elle fit verser des larmes aux assistants. (2)
Pour ces bons néophytes, qui n'avaient jamais vu d'évêque en habits pontificaux, Mgr de Laval paraissait un ange du paradis et ils ne pouvaient en détacher les yeux. (3) Ce qui acheva de les ravir ce fut un festin qu'il leur donna dans la salle des Jésuites. (4)
Ces festins demandaient peu d'apprêts mais ils étaient d'accord avec les coutumes sauvages. M. d'Argenson décrivait en ces termes un banquet qu'il avait fait aux sauvages lors de son arrivée : "Il consistait en " sept chaudières de communauté pleines de blé-d'Inde, " de pois, de prunes, d'esturgeons, d'anguilles et de " graisses : ce qu'ils dévorèrent après avoir chanté à " leur mode. Ils se servaient ordinairement d'avirons " pour bien mêler toutes les parties de cette pâtée. " (5)
1 II y avait exactement vingt Algonquins et trente-trois Algonquines, dont trois étaient parentes de Noël Négabamat. On fait grâce des noms : les spécimens offerts dans la note précédente suffisent. — Même source.
L,e vieux document contient encore d'autres listes de confirmation pour Tadoussac, en juillet 1668 ; Québec, 5 juillet 1669 et le 2 juillet 1689. Cette dernière n'est mentionnée nulle part ailleurs, ainsi qu'une autre confirmation à Sillery en 1682. Lettre du P. Bigot. Rel. des J es., éd. Burrows, IyXII, p. 126.
2 Rel. 1659, P- 3-
3 Rel. 1659, P- 2> s- presque textuel.
4 Journal, 22 juin 1659, XI/V. p. 98.
5 Ibid, 2 août, 1658, XUV. 102, B ; — V. Ferland, I, 449, note 2.
L,a mère M. de l'Incarnation écrivait de son côté : Il me semble que lorsque nous faisons festin à nos sauvages et que, pour en traiter splendidement soixante ou quatre-vingts, on n'y emploie qu'environ un boisseau de pruneaux, quatre pains de six livres pièce, quatre mesures de pois ou de blé-d'Inde, une douzaine de chandelles de suif fondues, deux ou trois livres de gros lard, afin que tout soit bien gras, car c'est ce qu'ils aiment, il me semble, dis-je, que l'on doit déplorer les grandes superfluités du monde, puisque si peu de chose est capable de contenter et de ravir d'aise ces pauvres gens. " (J)
Lorsque les convives furent en gaieté, ils haranguèrent l'évêque qu'ils appelaient Hariouaouagui, r Homme de la grande affaire.
Un Huron parla le premier : " Nous ne sommes plus, dit-il, que le débris d'une nation florissante, qui estoit autresfois la terreur des Iroquois, et qui possédait toute sorte de richesses : ce que tu vois n'est que la carcasse d'un grand peuple, dont l'Iroquois a rongé toute la chair, et s'efforce d'en sucer jusqu'à la moelle. Quels attraits peux-tu trouver dans nos misères ? Comment te laisses-tu charmer par ce reste de charogne vivante, pour venir de si loin prendre part à un si pitoïable estât auquel tu nous vois ? Il faut bien que la Foy, qui opère ces merveilles, soit telle qu'on nous l'a publiée, il y a plus de trente ans. Ta présence seule, quand tu ne dirois mot, nous parle assez haut pour elle, et pour nous confirmer dans les sentiments que que nous en avons. "
Un capitaine algonquin, Noël Négabamat. parla à
i Lettres, I, p. 92, 4 sept., 1640.