‹ Notre-Dame de Sainte-FoyChapitre 205 sur 295 · CHAPITRE VINGT-CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-CINQUIÈME

sentence. Avant le supplice, un Jésuite, qui parlait sa langue, l'instruisit et le baptisa, et le loup (*) fut changé en agneau. Une fois attaché au poteau, il révéla qu'une armée de neuf cents Iroquois assemblés à la Roche- Fendue, près de Montréal, attendait trois ou quatre cents autres guerriers pour détruire Québec, les Trois- Rivières et Montréal. On se tint partout sur ses gardes. A Québec, pendant quelque temps, sur l'ordre de Mgr de Pétrée, les Ursulines et les Hospitalières allèrent passer la nuit dans une partie inoccupée du collège des Jésuites, où il était plus facile de se défendre. (2)

Mais après quinze jours, quand on vit que cette armée, arrêtée à l'embouchure du Richelieu, ne remuait pas, les craintes diminuèrent et les habitants se mirent à leurs travaux d'ensemencement.

Quelques jours plus tard, huit H urons iroquisës enlevèrent, à la côte de Beaupré, pendant que les hommes étaient aux champs, Marie Caron, jeune femme de Jean Picard, (3) et ses quatre enfants. Comptant sur les ténèbres pour échapper aux Français, ils remontaient, le soir, sans bruit, se dissimulant le long des côtes de la Pointe- Iyévy. Mais M. d'Argenson, informé à temps, y avait envoyé une vingtaine de Montagnais et d'Algonquins avec huit Français qui faisaient le guet dans le plus profond silence. A peine le canot fut-il à portée de mousquet, qu'ne lueur soudaine déchira l'obscurité, suivie aussitôt des éclats d'une détonation formidable. Des huit Hurons, trois furent tués ou noyés et les cinq autres

1 Les Mahingans ou Mohicaus — nom illustré par Fenitnore Cooper — étaient appelés Loups.

2 fournal, XL,V, 150, 152.

3 Ferland, I, 454 \—Joutnal, 5 juin 1660, XLV, p. 154.

faits prisonniers. Leur pauvre captive, malheureusement frappée dans l'attaque, d'une blessure mortelle, expira la même nuit à l'Hôtel-Dieu, bien heureuse cependant de voir, à ce prix, ses enfants délivrés.

Un des prisonniers fut donné aux Trois-Rivières ; à un deuxième, encore enfant, on fit grâce de la vie,(l) et, les trois autres furent brûlés. Ils avaient été baptisés jadis, et un des pères, qui les connaissait,ne pouvant les sauver, voulut du moins les réconcilier avec Dieu et les consoler dans leurs tourments. Deux des suppliciés étaient un jeune homde seize ans, de complexion délicate, et un vieillard de cinquante à soixante ans, puissant et robuste, son grandpère. (2) Touché des plaintes lamentables que l'adolescent ne pouvait retenir pendant qu'on lui appliquait un pied sur une pierre brûlante et qu'on transperçait l'autre avec un fer rouge, le vieux guerrier apostrophe ainsi les bourreaux. " Laissez-donc cet enfant ; ne suis-je pas ca- " pable de rassassier seul votre rage " ? Furieux ils se jettent tous sur lui et, pendant la nuit entière et une partic du jour suivant, s'ingénient à multiplier ses tourments sans pouvoir arracher une plainte à cet homme de fer. Quand il fut sur le point de rendre le dernier soupir, ils le jetèrent dans le feu pour l'achever. Mais alors, affreux spectacle ! cette masse informe et sanglante, les pieds calcinés, le cuir chevelu arraché, les lèvres coupées, des tisons ardents collés à ses blessures, se redresse tout à coup et prend sa course avec tant d'agilité qu'on eut peine à l'atteindre. C'était l'effort suprême, le malheu*

1 Journal, loc. cit. XLV. 154. La relation, i6S->. p. 34. dit qu'ils furent tous les quatre brûlés, mais le Journal contredit.

2 Voir cette description dans la Relation, p. rilist., de la Seigneurie de Lau/on.

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