CHAPITRE VINGT-CINQUIÈME
quoises se firent instruire avec une grande docilité et quatre-vingts reçurent le baptême.
Quant à ceux qui étaient demeurés dans les forts de Sillery et du Cap de la Magdeleine, exempts, du moins jusque-là, des tristes désordres signalés plus haut, leur ferveur égala celle des religieux les plus zélés. Au milieu des secousses les plus terribles, leur asile le plus sûr était le pied de l'autel où ils adressaient avec une confiance naïve leurs prières à la Mère de Dieu, à saint Joseph et à saint-Michel. Le glorieux archange fut particulièrement honoré à Sillery, dont il était le patron, et les Français aussi bien que les sauvages y vinrent de loin se mettre sous sa protection et accomplir leurs vœux.
" Un vendredi entre autres C1), les sauvages des en- " virons firent une procession solennelle de deux, trois et " mesme, quelques-uns, de six à sept lieues de loin, pour " se rendre à la croix de Saint-Michel : il y avait des " vieillards tout caducs : il y avait des enfants de plus " bas âge qui s'estaient eschappez des mains de leurs pa- " rents, tous à jeun, et tous consacroient le chemin par " leurs prières, jnsqu'à ce que approchant du terme, les " sauvages habitans de Sillery furent bien loin à la ren- " CDntre, pour les recevoir faisant de leur costé, une " autre procession, et s'estant joints, arrivèrent tous en- " semble dans l'Eglise, ou après la Sainte Communion 14 que plusieurs eurent le bonheur de recevoir, ils se firent ;' de nouvelles protestations d'apaiser la colère de Dieu " par l'innocence de leur vie."
Cependant on s'habitue à tout. Après quelques semaines, bien que la terre continuât d'être de temps en
1 Rel. 1663, p. 8.
temps encore assez rudement secouée,, les craintes cessèrent petit à petit et les habitants se remirent à leurs travaux.
Cependant ces boule versements pouvaient faire craindre la famine. Au témoignage de la vénérable Marie de l'Incarnation, par l'effet des feux souterrains et des flammes qui avaient fait éruption par les crevasses du sol " une extrême sécheresse avait comme brûlé la " terre et consumé toutes les semences. Ensuite de ces M aridités Dieu permit qu'il tombât des pluies en si " grande abondance que les torrents avaient emporté " tout le reste de l 'herbe et tout ensemble l'espérance de M faire aucune moisson. Le contraire est arrivé car la 11 la moisson a été si abondante que jamais l'on a recueil- M li tant de blé ni d'autres grains dans ce pays. ".(*)
Ainsi Dieu frappait pour cor riger non pour détruire : il réservait au petit peuple, qui naissait alors aux bords du Saint-Laurent, de belles destinées. Jusque là ses progrès avaient été lents, mais cette année même (1663,) allait lui donner un nouvel essor.
1 Lettres. II, 273, s.