‹ Notre-Dame de Sainte-FoyChapitre 213 sur 295 · CHAPITRE VINGT-SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-SIXIÈME

si on du pays et se fit rendre foi et hommage par tous les habitants au nom du roi, établit des officiers pour rendre la justice selon les règles du droit et organisa la police pour surveiller le commerce et sauvegarder Tordre dans la société civile. Le Canada devenait une province française, et Québec, qui comptait soixante et dix maisons, 0) prit le nom de ville. On fit l'élection cPun maire et de deux échevins. t2)

Le roi avait établi, par une ordonnance du mois d'avril 1663, im conseil souverain composé du gouverneur, de Pévêque ou du premier ecclésiastique de la colonie, et de cinq autres membres choisis par eux, avec pouvoir de juger en dernier ressort toutes les causes civiles et criminelles du pays, de régler l'emploi des deniers publics et le trafic des habitants avec les sauvages et les habitants du royaume,

La population, après plus d'un demi-siècle, ne s'élevait pas à plus de deux mille cinq cents âmes.

Sur les instances de Mgr de Laval le roi résolut d'envoyer des colons. Dès l'été de 1663, trois cents personnes furent embarquées sur deux bâtiments de la marine royale et envoyées au Canada. (3) Par malheur plusieurs étaient des jeunes gens incapables de travailler : une soixantaine moururent en mer et à peine vingt, au débarquement, pouvaient se tenir sur leurs pieds. (4) Trois cents autres colons mieux choisis et pla-

1 Ferland, II, 37, note 1.

2 Lettres de la Ven. M. de l'Incarnation, II, 267. Cette nomination, mal vue du public, fut révoquée deux mois après. V. Ferland, II, 19.

3 La vén. M. de l'Incarnation dit ; " cent familles qui sont cinq cents âmes". Lettres, II. p. 269.

4 Ferland, ibid.

ces par petites bandes sur des vaisseaux marchands arrivèrent plus heureusement, l'année suivante.

C'étaient déjà de précieux renforts, mais l'année 1665 vit presque doubler la population entière du Canada. Soldats, marchands, colons, tous comptés, il vint plus de deux mille âmes. Les vingt-quatre compagnies du régiment de Carignan-Salière, d'un peu plus de cinquante hommes chacune, formaient à elles seules près de treize cents hommes. (0

Tous ces soldats sous les ordres de M. de Tracy, nommé lieutenant général, étaient destinés à porter la guerre aux Iroquois, dont Louis XIV, bien qu'il eût cédé la colonie à une nouvelle société appelée Compagnie des Indes Occidentales (1664), avait résolu d'abattre pour toujours la puissance.

M. de Tracy devait aussi juger M. de Mésy qui avait poussé la violence et l'arbitraire, envers Mgr de Laval et quelques membres du conseil, jusqu'aux plus regrettables excès. Cet infortuné gouverneur, dont l'esprit avait été aigri par de faux rapports, mourut heureusement dans les dispositions les plus chrétiennes, le cinq mai, avant l'arrivée de ses juges et de son successeur M. de Courcelles.

M. de Tracy arriva le trente juin, et le gouverneur, accompagné du célèbre intendant Talon, le douze septembre 1665.

Les sauvages vinrent saluer le lieutenant général et faire des présents selon leur coutume. La harangue de l'orateur huron fut éloquente. " Grand Ononthio, " dit-il, tu vois à tes pieds les débris d'une grande terre,

1 Ibid. II. 37.

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