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CHAPITRE VINGT-SIXIÈME

<l et les restes pitoyables d'un inonde entier, autrefois " peuplé d'une infinité d'habitans. Ce ne sont main- •c tenant que des carcasses qui te parlent, à qui l'Iroquois " n'a laissé que les os, en ayant dévoré la chair, après " l'avoir grillée sur les échafauds. Il ne nous reste plus <{ qu'un petit filet de vie ; et nos membres dont la plu- " part ont passé par les chaudières bouillantes de nos <l ennemis, n'avaient plus de vigueur, quand avec bien " de la peine, ayant levé les yeux, nous avons aperçeu " sur la rivière, les navires qui te portaient, et avec toy, " tant de soldats, qui nous sont envoyez par ton grand <l Ononthio et le nostre.

" Ce fut pour lors que le Soleil nous parut esclater " avec de plus beaux rayons, et esclairer nostre ancienne u terre, qui depuis tant d'années estoit devenue couverte " de nuages et de ténèbres. Pour lors nos lacs et nos " rivières parurent calmes, sans tempeste et sans brisans, " et pour te dire vray, il me sembla entendre une voix " sortir de ton vaisseau, qui nous disait, d'aussi loin que " nous pusmes te découvrir : Courage, peuple désolé ; tes " os vont estre liez de nerfs et de tendons, ta chair va " renaistre, tes forces te seront rendues, et tu vas vivre, " comme autrefois tu as vescu. Je me défiais au corn- " mencement de eette voix, et je la prenais pour un doux u songe, qui flattait nos misères, quand le bruit de tant " de tambours, et l'arrivée de tant de soldats m'ont dé- " trompé. Après tout, quoy que je te voye de mes yeux " et que j'embrasse tes pieds, la joye que tu apportes est si " inopinée, que j'aurais peur d'estre deceû par un beau " songe, si je ne me sentais desja tout fortifié de ta seule " présence. Je te vois, ô généreux Ononthio ; je t'en- " tends, je te parle, sois le bienvenu, et reçois ce petit

" présent du crû de nostre terre, pour marque de la joye u que nous ressentons de ton heureuse arrivée, et de " l'hommage que nous rendons au plus grand de tous les " Ononthio de la terre, qui a eu compassion de nos mi- M sèresT et qui t'envoye pour nous en délivrer. "

Quelques jours après Noël Kégabamat vint à son tour avec les capitaines algonquins présenter ses hommages, reconnaître le roi de France pour maître de toute la terre et offrir la hache de ses guerriers pour l'expédition qu'on allait entreprendre.

L'arrivée de M, de Tracy avec des colons si nombreux et cette imposante force militaire apportait au Canada la joie et l 'espérance.

Les sauvages — et même les Français nés au pays — étaient dans l'étonnement en voyant un si grand nombre de soldats évoluer, fanfare en tête, avec un entrain et un ensemble dont ils n'avaient pas d'idée. M. Tracy qui, pour donner une haute estime de l'autorité royale, ne sortait qu'en grande tenue, accompagné d'officiers, de gardes et de laquais nombreux, inspirait à tous le respect.

Douze chevaux envoyés par le roi, les premiers qu'on ait vus au pays, sauf un donné naguère à M. de Montmagny, eurent leur bonne part de l'admiration des sauvages charmés de la soumission de ces orignaux de France à la main de l'homme.

Les dernières compagnies de Carignan étant arrivées trop tard pour marcher, dès l'automne 1665, contre les Iroquois, M. de Tracy fit du moins préparer l'expédition en envoyant relever le fort Richelieu (Sorel) et bâtîii ceux de Saint-Louis (Chambly) et de Sainte-Thérèse, plus haut sur la même rivière.

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