CHAPITRE VINGT-SEPTIÈME
Il ne sera pas sans intérêt de voir ce qu'était Sainte- Foy dans cet élan de prospérité imprimé par l'arrivée de Gaudais-Dupont et surtout de M. de Tracy et de Pintendant Talon.
Sans avoir, pour la seigneurie de Sillery, un beau document comme nous avons pour Gaudarville dans l'aveu et dénombrement du deux janvier 1668, d'importantes pièces permettront cependant de faire revivre tout ce passé d'une manière assez complète. Les recensements de 1666 et 1667, malgré leur imperfection, les anciens titres de concessions, rapprochés du liber baptis-atorum^ du cadastre de 1685 e^ même de l'aveu et dénombrement de 1733, le plus ancien que nous ayons pour Sillery^ nous fourniront en abondance les renseignements néces* saires.
Deux pièces importantes nous mettent d'abord sous les yeux l'état général de la seigneurie en 1663 et 1664.
L7une est la " Déclaration des terres que les Pères " Jésuites possèdent dans le pays de la Nouvelle- " France, " (l) présentée à l'intendant au mois d'octobre
Voici, au sujet de la seigneurie de Sillery, comment on s'exprime : u Par concession de messieurs de la Com- " pagnie de la Nouvelle-France le treize mars 1651, et " la confirmation par lettres patentes du Roy en juillet " 1651, régistrées en parlement le onze avril 1658 ; à " deux lieues au-dessus de Québec, les sauvages chres- " tiens résidents à Sillery ont la consistance d'une lieue " de terre sur le fleuve St-L,aurens sur quatre lieues de " profondeur dont les dits sauvages ont esté establis " seigneurs par la concession a eux faicte.
1 Edition Burrows, XLVII, pp. ^68-270.
PREMIÈRE PARTÏE, 1541-1670
" Or les pères Jésuites ayant esté establis tuteurs, " directeurs et protecteurs des dicts sauvages par lettres M du Roy en juillet 1651, régistrées en parlement le onze " avril 1658, ils ont ensuite partagé ce terres en soixante " et dix concessions données au nom des dicts sauvages " à autant d'habitants Français qui y résident, ayant " réservé seulement sept arpents de front où les dicts " pères ont faict construire un fort de pierre flanqué de u quatre tourelles dans lequel les sauvages se retirent " pour y faire en seurté (0 leur demeure ordinaire, avec " les dicts pères qui y ont basti une chapelle et une mai- " son en laquelle ils résident, huit ou dix personnes tant M eux que leurs domestiques.
" Les dits Pères possèdent de plus trente arpens de M terre dans l'ance du dict Sillery y compris le platon " sur lequel est basti un moulin à vent. (2) Le nombre " de tous les habitants de cette seigneurie peut bien " monter jusqu'à deux cent trente âmes. " (3)
Malgré l'expression " tous les habitants ", ce chiffre ne comprenait pas la population sauvage. (4)
Une autre pièce de 1664 intitulée : " Exposé tou- " chant les soins et la diligence que les Pères Jésuites "ont eus de faire habiier et défricher les terres qu'ils
1 Sûreté.
2 Le 2 nov. 1670, (Rageot), le frère Joseph BDursier, au 1
des PP. Jésuites, donne à ferme pour trois ans à Pierre Bessonnier, meunier, " un moulin à vent assis au-dessus et sur la terre de Sill< " garny de ses meulles et tournants et travaillants et autres ust " faisant tic bled farine," etc.
3 Ed. Burrows, XLVII, lac. cit. p. 262.
4 Dans tout le reste du document il n'est question que d< population blanche,