CHAPITRE VINGT-SEPTIÈME
c' possèdent en la Nouvelle-France", (0 est plus intéressante encore et plus explicite.
Après avoir parlé de la seigneurie de Notre-Dame des Anges, l'auteur poursuit :
" La seconde seigneurie est celle des sauvages de <( Sillery dont les pères Jésuites sont establis par le Roy, *' les tuteurs et administrateurs,
" Or Pon peut dire que dans tout le Canada il n'y a " rien de semblable en matière de terres promptemen't " défrichées ; car, depuis deux ans seulement que l'Iro- " quois a donné plus de repos à ce quartier-là, Pon voit " déjà bien avant dans les bois deux belles campagnes " habitées par des françois, dont Pune est d'une lieue de " long, qu'on appelle la route de St-Michel, (2) et l'autie, * ' qui se nomme la route S.-Ignace (3) est de près de " trois quarts de lieue. Ces deux campagnes sont si belles " et chargées de si belles moissons que quiconque les " voit ne peut assez admirer comment en si peu de " temps se soyent pu faire de si grands et si beaux u déserts,
" Il est vray qu'une troisième peuplade de franu çois, qui est sur la mesme rivière tout le long du grand " fleuve, ne s'est pas faite si promptement. Il y a plus " de vingt ans que les pères l'ont commencée. Mais les " incursions fréquentes des Iroquois interrompaient tel- " lement les travaux qu'on peut dire qu'on fait plus à 11 présent en un moys, qu'on ne faisait alors en un an ; " ce n'est pas que les pères ne fissent dès lors tout leur
1 Aux arch. du Sém. de Québec, — fonds Verreau, — boîte 3, No 6.
2 Chemin Sainte-Foy.
3 Chemin Gomin.
" possible pour faire peupler ces terres tant parles franu çois que par les Algonquins, et c'est pour cela qu'ils " ont fait bastir deux forts avec de grandes dépenses, l'un M pour les françois et l'autre pour les Algonquins, qui M se compose de quatre murailles de pierre flanquées de " quatre tourelles eslevées aux quatre coings, dans lequel u les pères ont fait de plus construire une église affin que M rien ne manquast ny aux françois ny aux sauvages " pour les attirer à résider sur ces terres et les cultiver ; " mais, comme a esté ditT les meurtres que les Iroquois *' ont faits plus souvent en ces quartiers-là, qui sont la u frontière, qu'en tous les autres, retardèrent la colonie ; " ils n'ont sitost désisté de leurs incursions fréquentes " que, par le soing qu'on en a pris, on a vu, comme du " jour au lendemain, naistre des campagnes, et l'on voit, <l à présent deux ou trois belles colonies françaises d'une li lieue de long disposées de Rang à dos l'une de l'autre u et parallèles à celle du bord du grand fleuve S.-Lau- " rent. "
Beaucoup de ces concessions remontaient à 1646, 1649, 1652, (0 mais, si l'on s'en rapporte au Journal, un bien plus grand nombre furent accordées en 1663, à la fin de février : " Item, dit le précieux document, fut faite 11 distribution des concessions en quantité sur les terres " des sauvages de Sillery ". Malheureusement ces actes faits sous seing privé, par les pères Jésuites eux-mêmes, sont perdus et nous n'en connaissons quelques-uns que grâce à la mention qu'en ont faite les notaires de l'épo. que. Ainsi Adiien Sédillot et son frère Etienne, avec Jean Morin, reçurent, le dix-huit février 1663, des concessions de soixante arpents à la côte Saint-Michel, deux
1 Suftrà, pp. 205, 241, 24S, 249, et note, ibid .