‹ Notre-Dame de Sainte-FoyChapitre 26 sur 295 · CHAPITRE TROISIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIEME

simplement, comme on a vu, du mica pulvérisé : jamais, depuis, le Cap-Rouge n'a passé ponr un Klondike. — Néanmoins Roberval satisfait commanda à Cartier de retourner avec lui, mais celui-ci, ayant appareillé secrètement en pleine nuit, poursuivit sa route. Pourquoi ? Nul ne le sait. Les historiens ont pn exagérer la rivalité de ces deux hommes. Mais ce n'est pas certes une injure gratuite à la nature humaine, — dont il faut toujours tenir compte, même en histoire, — de croire que Cartier ne voyait pas sans peine un antre lni donner des ordres, en ces contrées nouvelles ouvertes par son génie ; surtout lorsque cet autre laissait voir, ' dès les commencements de l'entreprise, tant d'incapacité. On peut obéir à plus sot que soi, mais, en cette circonstance, n'était-ce pas beaucoup demander à un homme de mer, même excellent chrétien ? v1)

Roberval avait quitté la France à la mi-avril 1542, (2) avec trois grands navires affrétés aux dépens du roi et portant deux cents personnes,' parmi lesquelles étaient plusieurs repris de justice (3). Quelques gentilshommes, les sieurs de Saint-Nectaire, (4) de l'Espinay, de Guinecourt, de Noire-Fontaine, de la Mire, et Jean Alfonce, pilote de Xaintonge, faisaient partie de l'expédition. Pour apaiser une querelle soulevée entre des pêcheurs français et portugais, et faire provision d'eau fraîche, Roberval

ï Voir M. N.-E.Dionne, La Nouvelle France, p. 50, ss.

2 Voir Ferland, I. 42, ss. M. Dionne pense que Roberval avait fait un autre voyage en /541, mais à cause delà saison avancée n'avait pas remonté le Saint-Laurent. Nouvelle-France, p. 26-27, 47, ss.

3 M. Dionne en donne une liste, Jac. Car. p. 277.

4 Paul d'Auxhillon, seigneur de Saint-Nectaire. Ne pas confondre avec Raoul d'Auxhillon, seigneur de Senneterre. Cf. M. N.-E. Dionne, y. C. p. 277, et Ncuv. France, p. 23, et 29.

passa une grande partie du mois de juin à Terre-Neuve. Enfin, dit la relation (0, environ le dernier jour du mois, nous fismes notre départ. .. .passâmes l'île de l'Ascension (2) (Anticosti) et arrivasmes à quatre lieues (3) à l'ouest de l'isle d'Orléans. En cet endroit, nous trouvasmes un havre commode pour nos navires ; nous y jetâmes l'ancre nous nous rendîmes à terre avec nos gens : et fismes choix d'une place commode pour nous y fortifier, capable de commander à la Grande- Rivière et de pouvoir résister à l'attaque des ennemis. En sorte que vers la fin de juillet nous avions apporté à terre toutes nos provisions et autres munitions, et commençâmes à travailler pour nous fortifier."

C'était précisément le lieu choisi par Cartier, Charlesbourg-Royal, et probablement Roberval n'eut qu'à compléter les bâtiments déjà construits. (4) Sur le sommet du cap un fort fut bâti, " lequel était beau à voir et d'une grande force." Il comprenait "deux corps de logis, une grosse tour et une autre de la longueur de quarante ou cinquante pieds où il y avait diverses chambres, une salle, une cuisine, des chambres d'office, des celliers haut et bas, et proche d'iceux il y avait un four et des moulins, aussi un poêle pour y chauffer les gens et un puits au-devant de la maison." (5)

Au pied de la montagne sur le bord de la petite rivière, qui coule tout auprès, fut élevé un autre loge-

1 Relation, p. 92.

2 Nommée V Assomption par Jac. Cartier, — Xasticotck, par les sauvages, d'après Charlevoix \—Xatas/ikouck, — " lieu où l'on va chercher l'ours " — par les Montagnais : M. Pope, note, p. 61 .

3 Cette distance désigne juste le Cap-Roi;

4 Note de M. Faribault, dans l'éd. canad. de la relation p. 93.

5 Relation, ib .

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