CHAPITRE QUATRIÈME
Sur les pas des hardis découvreurs, animés souvent d'une ambition tout humaine, marchaient les missionnaires, chercheurs d'âmes. En Acadie, d'abord les abbés Aubry (1 604-1 605) (0 et Fléché (2) (1610), puis les Jésuites Ennemond Massé (3) et Pierre Biard (1611-1613), Jacques Quentin (161 3) avec le frère coadjuteur, Gilbert du Thet 4), qui périt en cherchant à défendre contre Argall la colonie de Saint-Sauveur dans l'île des Monts- Déserts, 161 3. A Québec, ce n'est qu'en 161 5 qu'arrivèrent les Récollets, les PP. Jamay, Dolbeau, Le Caron et le frère Pacifique Duplessis. Le frère Gabriel Sagard, auteur d'une si précieuse histoire de ces premiers temps, vint en 1623 avec le P- Nicolas Viel, noyé deux ans après, par des Hurons infidèles, dans la rivière des Prairies, à
1 V. le P. Rochemonteix, Les Jésuites et la Nv. France, I, p. 10 notes t, 2.
2 Rameau, Une Col. féodale, éd. Pion Nourrit, 1889, I, 47, dit: " Un religieux actif nommé Jessé Fléché." Le P. Rochemonteix, op. cit., I, 29, s., comme Ferland, I, 79, dit que c'était un prêtre du diocèse de Langres. V. ibid. note I. — V. aussi Relation de 161 1, p. 26.
3 Voir sur ces religieux, le P. Rochemonteix, op. cit., I, 23 & note 2, p. 24. Il en sera plus amplement question ailleurs, le P. Massé étant mort et ayant été inhumé, en 1646, dans la célèbre bourgade de Saint- Joseph de Sillery.
Le P. Jacques Quentin était né à Abbeville en 1572, fut plusieurs années professeur avant de venir en Acadie. De retour en France, il se livra à la prédication et mourut en 1647. — Voir éd. Burrows, Rel desJ.J.,LXXI, 138.
Le P. Biard, après sa mission en Acadie, enseigna la théologie à Lyon, puis prêcha avec grand succès dans le midi de la France. Il fut ensuite aumônier des troupes du roi et mourut à Avignon en 1622. D'après le P. de Rochemonteix, op. cit., p. 83, 84.
4 Voir la mort de ce courageux frère lai dans Rochemonteix, op. cit., I, 69.
l'endroit appelé Sault-au-Récollet. (0 C'est le premier martyr de la Nouvelle-France.
Appelés par les enfants de saint François, les Jésuites vinrent en 1625 partager leurs labeurs. Les premiers furent les PP. Ennemond Massé, Jean de Brébeuf, surnommé le géant des missions, et Charles Lalemant. Précédés par la calomnie, reçus avec malveillance, leur patience et leur dévouement eurent bientôt triomphé de l'une et de l'autre. Pour s'initier à la connaissance des langues sauvages, le P. de Brébeuf alla passer avec les Algonquins l'hiver de 1625 5 au Pr^x de °iue^s sacrifices, on pourra le voir bientôt par la peinture qu'a tracée le P. Le Jeune d'un hivernement avec les sauvages.
Mais le zèle des missionnaires (2) n'était guère favorisé par la compagnie de Montmorency, composée en partie de huguenots. Au moment où la fondation (3) de la Compagnie des Cent-Associés, exclusivement formée de catholiques, (r627), faisaitespérer des jours meilleurs, les travaux apostoliques, déjà lents, furent complètement arrêtés par la chute de Québec aux mains des Kertk en
1 V. Hist . du Sault-au-Récollet, par l'abbé Beaubien, p. 82, ss. C'est, à la Rivière des Prairies, que fut probablement célébrée la première messe en la Nv. -France. Sur la question des chapelains de Cartier, V. ch. II, p. 16, i.ote 1.
2 Ferland, I, 2001; Rochemonteix, op. cit., I, 105, 160; Faillon, Hist. de la Colonie Française I, 185.
3 Voir la part considérable prise par le P. Noyrot, S. J.. à cet heureux événement, Rochemonteix, op. cit., 1, 160, ss. Sur le P Noyrot, ièid., p. 145, note 3. Il périt dans une expédition tentée en 16a
Les Cent-Associés. Le vaisseau qu'il montait, avec d'autres Jésuites, se brisa sur les rochers «le Canseau et l'intrépide missionnaire, moins heureux que ses compagnons qui purent se sauver, fut englouti par
le-. Ilots. Ibid ', [70, s.